Caféine et PIO, pas grand chose à voir

La consommation de café et de thé est très répandue dans le monde et de nombreux bénéfices et méfaits ont été attribués à ces breuvages. Cette fois la question posée est de savoir s’ils sont capables d’augmenter la pression intraoculaire (PIO) et donc de favoriser la survenue d’un glaucome.

Selon certaines études, les effets aigus de la consommation de caféine se limiteraient à une augmentation modeste et transitoire de la PIO, de l’ordre de 4 mm Hg une à quatre heures après l’ingestion. Qu’en est-il en cas d’exposition chronique ? Chez le sujet sain, aucun effet n’a été observé, mais en cas de glaucome à angle ouvert, la consommation de plus de 200 mg de caféine par jour serait associée à une augmentation non significative de la PIO de 2,3 mmHg (versus < 200 mg/jour). Autre question : le café augmente-t-il le risque de glaucome ? Les études épidémiologiques ont abouti à des résultats discordants plus ou moins tributaires des antécédents familiaux de glaucome. Les études pangénomiques -les GWASs (genome-wide association studies)- ont, pour leur part, établi que la PIO était un trait polygénique et que la génétique n’était pas étrangère à la consommation de caféine.

L’UK Biobank à la rescousse

La base de données britannique, UK Biobank, a été mise à contribution pour clarifier les relations potentielles entre l’exposition à la caféine sous ses différentes formes et la PIO, en passant par le risque de glaucome. Cette source énorme de données se prête également au génotypage à grande échelle qui a permis, en l’occurrence, de définir un score polygénique associé à la PIO et déterminé par la combinaison des effets de 111 variants génétiques. Un autre score du même type, pour sa part relié à la consommation de caféine, a été utilisé pour procéder à une randomisation mendélienne dans le but de rechercher un lien de causalité entre cette dernière et la PIO.

Cette étude résolument transversale a porté sur un échantillon de 121 374 participants âgés de 39 à 73 ans à l’état basal. La consommation de thé et de café a été évaluée entre 2006 et 2010, cependant que les mesures de la PIO ont été effectuées en 2009. L’exposition à la caféine a été estimée avec plus de précision au sein d’un sous-groupe de 77 906 sujets grâce à des questionnaires de fréquence alimentaire remplis à cinq reprises entre 2009 et 2012. La même démarche s’est appliquée dans un autre sous-groupe constitué de 9 286 cas et de 189 763 témoins indemnes de cette affection oculaire.

Cela dépend des facteurs génétiques

L’analyse par randomisation mendélienne n’a révélé aucun lien de causalité entre l’exposition à la caféine et variations de la PIO. Les consommations les plus élevées de caféine (≥ 232 mg/jour), comparativement aux plus faibles (< 87 mg/jour) ont été associées à des valeurs un peu plus faibles de la PIO, la différence n’étant que de 0,10 mm Hg (p = 0,01). Cette association a été cependant modifiée par le score polygénique associé à la PIO : dans le quartile supérieur de ce dernier (versus le quartile inférieur), les doses les plus élevées de caféine > 480 mg/jour (versus < 80 mg/jour) ont été associées à des valeurs plus élevées de la PIO, la différence étant de + 0,35 mm Hg (pinteraction = 0,01). Aucune relation significative n’a été globalement établie entre la consommation de caféine et le risque de glaucome, mais là encore, la prise en compte du score polygénique associé à la PIO a changé la donne : ainsi, dans le quartile supérieur de ce score (versus quartile inférieur), la prévalence du glaucome en cas de consommation de caféine ≥ 321 mg/jour a été multiplié par 3,90 (pinteraction = 0,0003).

En l’absence de prédisposition génétique au glaucome, la consommation habituelle de caféine ne semble pas majorer la PIO : ce serait même le contraire et le risque de glaucome n’est pas augmenté, quelles que soient les doses absorbées quotidiennement. En cas de forte prédisposition génétique à cette affection oculaire fréquente, il semble que la consommation excessive de caféine soit capable à la fois d’augmenter la PIO et de favoriser sa survenue.

Ces résultats émanent cependant d’une étude transversale et les scores polygéniques utilisés doivent être validés sur une plus grande échelle dans le cadre d’études longitudinales avant de déclarer ouverte la chasse à la tasse de café.

Dr Philippe Tellier

Référence
Kim J et coll. : Intraocular Pressure, Glaucoma, and Dietary Caffeine Consumption: A Gene-Diet Interaction Study from the UK Biobank. Ophthalmology. 2021 ;128(6):866-876. doi: 10.1016/j.ophtha.2020.12.009.

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