Docteur, combien de temps va durer ma prothèse de hanche ?

L’arthroplastie totale de hanche (ATH) est l’un des actes chirurgicaux les plus fréquents en orthopédie. C’est aussi l’un des plus gratifiants pour le patient et son chirurgien, car les résultats fonctionnels sont le plus souvent à la hauteur des espérances. Cette intervention a transformé le pronostic de nombreuses pathologies de hanche invalidantes, au premier rang desquelles l’on trouve la coxarthrose, loin devant l’ostéonécrose aiguë de la tête fémorale. Les heureux bénéficiaires de ces dispositifs médicaux ingénieux qui sont le triomphe de la biomécanique et de toutes ses subtilités n’en sont pas moins taraudés par une question lancinante : combien de temps vont-ils tenir le coup ? Il est bien difficile de répondre avec précision, tant la menace d’une infection, d’une fracture, d’un descellement ou d’une usure plus ou moins précoce est bel et bien réelle.

L’évolution naturelle se fait vers ces complications qui peuvent être précipités par les aléas de la vie, qu’il s’agisse d’une chute malencontreuse, d’une glissade intempestive ou de la rencontre d’une bactérie. L’allongement de l’espérance de vie donne encore plus de poids à l’interrogation précédente, en sachant que la révision d’une prothèse défectueuse n’est pas une mince affaire, les chances d’une récupération fonctionnelle totale étant bien moindres qu’en cas de primo-implantation, avec un risque de descellement bien plus élevé. Pour toutes ces raisons, l’ATH doit être réservée aux formes invalidantes et évoluées de la coxarthrose, sachant qu’une telle intervention est de facto la pire des solutions … qui finit par s’imposer quand il n’y en a pas d’autres.

De l’intérêt d’une méta-analyse réaliste

Dans un pays comme le Royaume-Uni, en 2016, l’âge moyen des patients qui bénéficient d’une ATH est typiquement de 69,8 ans chez la femme, et 67,6 ans chez l’homme et l’indice de masse corporelle est en moyenne de 28,8 kg/m2. Dans 90 % des cas, l’indication relève d’une coxarthrose et plus d’une fois sur deux (60 %), c’est le sexe féminin qui est concerné. Ces données démographiques concordent avec celles d’autres registres nationaux émanant notamment de Scandinavie, d’Australie ou encore des Pays-Bas : c’est la preuve que l’ATH est quelque part le privilège des sujets âgés bien malgré eux. Leur angoisse face à la durée de vie de leur ATH vient de trouver une réponse partielle dans une méta-analyse publiée dans le Lancet.

Cette dernière a reposé sur la consultation de deux grandes bases de données, en l’occurrence MEDLINE et Embase jusqu’à la date du 12 septembre 2017. Elle a inclus des articles portant sur durée de vie d’ATH implantées en raison d’une coxarthrose, desquels ont été extraites les données pertinentes. Parallèlement et séparément, ont été pris en compte les rapports provenant des divers registres nationaux, incluant notamment la Finlande et l’Australie, ces derniers remontant à 1975. Là aussi, les données individuelles ont été extraites. La méta-analyse a été appliquée avec une pondération propre à chaque série pour estimer la durée de vie « poolée » des ATH, en fait la fréquence de ces dispositifs encore en place au terme de 25 années de suivi.

Sur un recul de 25 ans, près de 60 % des prothèses sont toujours en place

La première source de données a reposé sur 140 articles jugés éligibles qui ont rapporté un total de 150 séries de cas avec un suivi > 15 ans. In fine, 44 de ces derniers ont été retenus, ce qui représente au total 13 212 ATH. La seconde source émanant des registres nationaux a conduit à constituer 92 séries, soit 215 676 ATH. A 25 ans, le taux «poolé» de ces dispositifs restés en place a été estimé à 77,6 % (intervalle de confiance à 95 %, IC 95 %, 76,0-79,2) à partir des séries de cas issues des articles sélectionnés. Pour ce qui est des données issues des registres nationaux, la valeur correspondante a été estimée à 57,9 % (IC 95 % 57,1-58,7).

De ces deux valeurs, laquelle retenir en priorité ? C’est plutôt la seconde car les estimations permises par les registres nationaux sont certainement moins biaisées que celles des articles publiées dans la littérature internationale. De ce fait, près de 60 % des ATH implantés sont encore en place vingt-cinq ans après l’intervention. Ces résultats sont à rapprocher de ceux issus de la UK Clinical Practice Research Datalink database, publiés en 2017, qui faisaient état d’un taux d’ATH en place à 20 ans de l’ordre de 85,0 % (IC 95 %, 83,2–86,6). Bien sûr, ces chiffres pour réalistes qu’ils soient ne sont pas nécessairement transposables d’un pays à l’autre et à cet égard, il serait utile de procéder à des estimations similaires en France comme ailleurs. De plus, ils sont à interpréter avec toutes les précautions inhérentes aux méta-analyses même quand elles sont menées dans les règles de l’art.

Dr Peter Stratford

Référence
Evans JT et coll. : How long does a hip replacement last? A systematic review and meta-analysis of case series and national registry reports with more than 15 years of follow-up. Lancet. 2019 ; 393(10172):647-654.

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