Et s’il suffisait d’un bain de bouche pour diminuer la transmission du SARS-CoV-2…

Dans la Covid-19, chez un malade ou un porteur asymptomatique, le virus se trouve principalement dans les sécrétions orales ou nasales qui sont projetées dans l’air par une toux ou un éternuement, ou simplement par la respiration ou en parlant. Ces sécrétions se présentent sous deux formes : (1) des gouttelettes de1 µm à 1 mm, qui vont se déposer par gravité au sol ou sur des surfaces à courte distance (moins de 2 mètres), (2) des aérosols, particules plus fines (quelques millièmes de µm à 100 µm), pouvant être transportés dans l’air au-delà de 2 mètres et jusqu’à 7 à 8 mètres.

En général, les bains de bouche contiennent des ingrédients actifs destinés à tuer ou inhiber les bactéries buccales pathogènes, mais ils n’exercent pas d’action antivirale spécifique. Un document de synthèse de Carrouel et al., publié dans le Journal of Clinical Medicine dès 2020, signale toutefois que deux substances peuvent réduire la charge virale salivaire en SARS-CoV-2 : le Citrox et la bêta-cyclodextrine ; les auteurs préconisaient donc de conduire des recherches sur l’effet de ces bains de bouches pour prévenir l’infection par le SARS-CoV-2 et/ou en limiter la progression [1]

Tenant compte de ces deux constats, des scientifiques français de l’Université de Lyon, dont la plupart étaient cosignataires de l’article cité en référence [1], ont cherché à savoir si ces bains de bouche pouvaient réduire la charge virale salivaire du SARS-CoV-2, et en conséquence diminuer le risque de transmission à des sujets sains. Dans ce but, ils ont réalisé un essai clinique randomisé en double aveugle dans 4 centres hospitaliers français [2] ; il a permis d’inclure 176 sujets, âgés de 18 à 85 ans, testés positivement au SARS-CoV-2 ; ils étaient soit porteurs asymptomatiques, soit présentaient des formes cliniques bénignes. Deux groupes ont été constitués, l’un avec un bain de bouche contenant de la ß-cyclodextrine (0,1 %) et du citrox (0,01 %), l’autre avec un bain de bouche « placebo ». 3 rinçages de bouche ont été réalisés par jour pendant 7 jours chez tous les sujets.

Diminution de la charge virale à court terme

Des prélèvements salivaires ont été régulièrement analysés par RT PCR quantitative (3 prélèvements à quelques heures d’intervalle le premier jour, 1 seul prélèvement les 6 jours suivants).

Chez les sujets ayant utilisé des bains de bouche avec antiviraux, une diminution significative de la charge virale salivaire de 71 % a été observée 4 heures après le premier bain de bouche. Une décroissance continue de la charge virale a été notée dans les 2 groupes d’étude ; elle était plus rapide dans le groupe utilisant le bain de bouche avec antiviraux ; cependant il n’a pas été observé de différence significative entre les 2 groupes au terme des 7 jours d’étude (la charge virale diminue naturellement au cours du temps)

Les auteurs concluent que la prise de bain de bouche 3 fois par jour pendant 7 jours permet de réduire plus rapidement et significativement la charge virale. L’effet était significatif chez 50 % des sujets qui avaient la charge virale la plus élevée au départ.

Ainsi l'utilisation de bains de bouche contenant des molécules antivirales (ß-cyclodextrine et citrox), dès l’apparition de symptômes, a permis de réduire la charge virale du SARS-CoV-2 dans la salive. Pour l'effet à long terme (7 jours), cela ne semble pas apporter un avantage réel par rapport au placebo en ce qui concerne la réduction de la charge virale salivaire.



Pr Dominique Baudon, Professeur du Val-De-Grâce

Références
[1] Carrouel F et coll. : COVID-19: A Recommendation to Examine the Effect of Mouthrinses with β-Cyclodextrin Combined with Citrox in Preventing Infection and Progression.
J Clin Med. 2020; 9(4):1126. doi: 10.3390/jcm9041126.
[2] Carrouel F et coll. : Use of an antiviral mouthwash as a barrier measure in the SARS-CoV-2 transmission in adults with asymptomatic to mild COVID-19: a multicentre, randomized, double-blind controlled trial. Clin Microbiol Infect. 2021. (10):1494-1501. DOI: 10.1016/j.cmi.2021.05.028

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Vos réactions (3)

  • Monsieur Jourdain est revenu

    Le 21 décembre 2021

    Les bains de bouche diminuent la charge virale (et bactérienne), donc potentiellement la transmission du SARS CoV2? Incroyable!

    Voilà près d'un siècle que les chirurgiens-dentistes le disent, le prescrivent, le recommandent. Distraitement écoutés par à peu près personne.

    Voilà que le monde scientifique et médical le redécouvre, mais cette fois c'est du sérieux : ce sont des médecins qui le disent, bientôt relayés par des administratifs qui expliqueront doctement aux soignants ce qu'ils doivent prescrire pour observer "de bonnes pratiques", "des pratiques vertueuses" (comme on dit maintenant), "des pratiques conformes aux données acquises de la science et à l'évidence-based medecine". Hors de quoi point de salut.

    Décidément, Monsieur Jourdain est revenu. Tant mieux pour les malades.

    Dr Jean-François Michel

  • La médecine ne doit pas être empirique

    Le 21 décembre 2021

    Même si c' était évident pour certains, c'est mieux quand c'est prouvé scientifiquement! Sinon, on fait de la chloroquine, de l'ivermectine, voire de l'eau bénite...

    Dr F Nicolas

  • Retour gagnant d'une vieille tradition ?

    Le 21 décembre 2021

    Il serait aussi intéressant d’étudier convenablement l’action de métaux d’activité antivirale reconnue (cuivre, zinc, argent), ensemble et séparément, sous diverses formes d’administration (gargarismes, collutoires, sprays, bonbons à sucer, etc.). On renouerait peut-être ainsi avec une vieille tradition, bouleversée par l’arrivée des antibiotiques, dont on sait que l’activité antivirale est nulle, mais dont le mésusage généralisé a fait le lit de redoutables résistances.

    Dr Jean-Pierre Ruasse

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