Immunité dans la Covid-19 : primauté des lymphocytes T !

Comprendre la réaction du système immunitaire au cours de la Covid-19 est une des clés de notre futur immédiat. Six autres coronavirus sont connus pour infecter les humains. Quatre d'entre eux sont endémique et provoquent un rhume (OC43, HKU1, 229E et NL63), tandis que le SARS-CoV-1 et le MERS-CoV ont été à l’origine d’épidémies limitées de pneumonie grave. Tous déclenchent des réponses humorales (anticorps) et cellulaires (lymphocytes T) : toutefois, les niveaux d'anticorps diminuent plus rapidement que les lymphocytes T. Les taux des anticorps spécifiques du SARS-CoV-1 tombent en dessous de la limite de détection en 2 à 3 ans, alors que des lymphocytes T mémoires spécifiques du SARS-CoV-1 ont été retrouvés même 11 ans après l'infection.

Douche écossaise pour l’immunité conférée par la Covid-19

Étudier la Covid-19 revient à naviguer entre bonnes puis mauvaises nouvelles ; ainsi une étude britannique pré-publiée sur le site medRxiv (non encore validée par des pairs) concluait-elle que la majorité des patients développent des anticorps, mais de façon très transitoire. Fort heureusement, les anticorps ne sont pas les seuls rouages du système immunitaire et leur disparition n'est pas forcément incompatible avec l'espoir d’une immunité de long terme, car les lymphocytes T à mémoire induits par des agents pathogènes antérieurs peuvent déterminer la sensibilité et la gravité clinique d’infections ultérieures.

Les lymphocytes T valent bien un petit détour

Mais nous savons bien peu de choses sur les lymphocytes T mémoire préexistants capables de reconnaître le SARS-CoV-2. Étant donné que les séquences de certaines protéines structurelles et non structurelles sont très bien conservées parmi les différents coronavirus (par exemple, la NSP-7 et la NSP-13 sont identiques à 100 % et à 99 %, respectivement, entre le SARS-CoV-1, SARS-CoV-2 et le bat-SL-CoVZXC2112), une équipe de Singapour a voulu savoir s’il existait des lymphocytes T spécifiques du SARS- CoV-2 chez des personnes ayant survécu au SARS-CoV-1. Ils ont tout d’abord étudié les réponses cellulaires dirigées contre des éléments structurels (protéine de la nucléocapside, NP) et non structurels (NSP-7 et NSP-13 de l'ORF1) du SARS-CoV-2 chez 36 convalescents de la Covid-19 (n = 36). Ces 36 personnes possédaient toutes des cellules T-CD4 et T-CD8 capables de reconnaître de multiples régions de la protéine NP.

Des lymphocytes T mémoire de longue durée de vie

Nous avons également montré que 23 personnes victimes du SRAS avaient encore, 17 ans après l'épidémie de 2003, des lymphocytes T mémoire à longue durée de vie réagissant à la protéine NP-SARS, avec une forte réactivité croisée avec la protéine NP du SARS-CoV-2. Mais, surprise, des lymphocytes T spécifiques du SARS-CoV-2 ont été également détectés chez des personnes n'ayant pas d'antécédents de SRAS, de Covid-19 ou n’ayant jamais été en contact avec des patients atteints de la Covid-19 (n = 37). Ces lymphocytes T « spécifiques » du SARS-CoV-2 chez ces personnes non infectées présentaient un profil d'immunodominance différent, ciblant fréquemment les protéines codées NSP-7 et NSP-13 de l'ORF1 ainsi que la protéine de structure NP.

La caractérisation des épitopes des lymphocytes T spécifiques de la NSP-7 a montré la reconnaissance de fragments de protéines ayant une faible homologie avec les coronavirus humains responsables du rhume mais avec une homologie conservée avec les bêta-coranavirus animaux.

Re-voici l’immunité croisée

Ainsi, l'infection par les bêtacoronavirus induirait une immunité multispécifique et durable via les lymphocytes T vis-à-vis de la protéine de structure NP. Comprendre comment les cellules T préexistantes spécifiques de la NP et de l'ORF-1 présentes dans la population générale influent sur la sensibilité et la pathogénie de l'infection par le SARS-CoV-2 est d'une importance capitale pour la gestion de la pandémie actuelle de COVID-19.

Un niveau d'immunité préexistante…

À l’encontre d’autres travaux (dont la récente étude française uniquement basée sur la comparaison des anticorps acquis contre quatre coronavirus saisonniers chez 775 enfants atteints par la Covid-19 ou non) celle-ci suggère l'existence de cette immunité croisée préexistante dans la population générale contre le SARS-CoV-2 mais plutôt grâce aux lymphocytes. Reste à savoir combien de lymphocytes T plus ou moins associés à des anticorps, sont indispensables pour éviter une nouvelle infection et surtout pendant combien de temps.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Le Bert N et coll. : SARS-CoV-2-specific T cell immunity in cases of COVID-19 and SARS, and uninfected controls. Nature, 2020 ; publication avancée en ligne le 15 juillet. doi.org/ 10.1038/s41586-020-2550-z (2020).

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (3)

  • Enfin !

    Le 29 juillet 2020

    Merci, c’est vraiment passionnant ...
    Et cela commence à permettre de mettre enfin les premières pièces du puzzle bout à bout ..
    il faut toujours savoir sur le métier remettre son ouvrage ... y compris, surtout, dans l’art de la médecine ...
    Nous allons enfin pouvoir commencer à comprendre le mode opératoire de notre serial killer ... et de beaucoup d’autres ?

    Dr A P

  • Vaccins type BCG ?

    Le 04 août 2020

    Toul le monde recherche un vaccin avec Ac neutralisants immunité humorale! Et le versant immunité cellulaire, type BCG/tuberculose? Où en est la recherche, avez-vous des éléments de réponse?

    Dr Jean-Paul Vasse

  • Revaccination des personnes agées

    Le 05 août 2020

    Il est suggéré que les jeunes enfants,très peu sensibles à la Covid 19, seraient protégés par la stimulation fréquente de leur système immunitaire par leurs vaccinations obligatoires, et le fait qu'a ces ages là "ils attrapent tout" . On pourrait peut être étudier la fréquence des revaccinations (repevax revaxis) chez les personnes agées et gueries (parfois de façon surprenante), et si possible, rechercher la mème chose dans les dossiers des dcd. Il y a aussi la présence ou non du virus de la polio dans le re-vaccin utilisé,qui peut avoir son importance.

    Maignan, pharmacien

Réagir à cet article