IPP et Covid 19 : sécurité confirmée…

Les IPP ont été suspectés d’influer sur la susceptibilité à l'infection par le SARS-CoV-2 et d’affecter l’évolution des patients atteints de la Covid-19. Cette hypothèse était basée sur la suppression de l'acidité gastrique par ces médicaments avec un risque accru d'infection, notamment de pneumonie. Cependant, plusieurs méta-analyses de qualité discutable, ont montré des résultats discordants, à l’origine d’une incertitude quant à la sécurité d’utilisation des IPP, largement prescrits pendant la pandémie.

Une étude observationnelle nationale danoise a inclus 83 224 cas d’infection à SARS-CoV-2 au 1er décembre 2020.

L'association entre l'utilisation en cours d’IPP et le risque d'infection grave a été examinée dans cette large étude cas-témoins.

Le risque d'évènements graves réunissant ventilation mécanique, admission en soins intensifs, décès, a été analysé chez les 4 473 personnes prenant des IPP par rapport à celles ne les ayant jamais utilisés. Un appariement par score de propension a été appliqué pour contrôler les facteurs classiques de confusion et les biais de recrutement. Par ailleurs les auteurs de l’étude ont effectué une nouvelle méta-analyse pour préciser le risque d'infection par le coronavirus et la mortalité par Covid-19 attribuables aux IPP.

En tout cas pas de risque accru de complications graves et de décès

Dans l’étude cas-témoins, la prise d’IPP est associée à un risque accru, de façon minime, d'infection par le coronavirus avec un OR ajusté de 1,08. Parmi les cas d’infection prouvée, l'utilisation d'IPP est associée à un risque accru d'hospitalisation (risque relatif ajusté de 1,13), mais pas à d'autres graves complications incluant l'admission en soins intensifs ou le décès. Dans les deux cas, les estimations donnent des chiffres proches de 1,0 et le rôle d’un facteur résiduel de confusion ne peut être exclu.

La dernière méta-analyse n'a enfin montré aucune association entre l'utilisation d'IPP et le risque d'infection virale ou de mortalité. Ceci ne conforte donc pas les résultats négatifs, jugés incertains, de 2 méta-analyses antérieures ayant inclus 14 études observationnelles. De plus, une étude multicentrique d'Amérique du Nord et une étude nationale au Royaume-Uni, non incluses dans aucune de ces méta-analyses, n'ont pas non plus retrouvé d'association entre l'utilisation d'IPP et les graves complications de la Covid-19.

Quelques biais possibles

Comment expliquer ces discordances entre toutes les études rapportées ? Tout d’abord, les populations étudiées sont plutôt hétérogènes avec des patients d’âge et de nationalité différents. La population de patients infectés par le SARS-CoV-2 de cette nouvelle étude regroupait à la fois des personnes jeunes, sans contact avec l'hôpital et des patients hospitalisés, souvent âgés avec des comorbidités. Ensuite, la conception des études varie entre les petites études mono-centriques et les grandes cohortes nationales. Enfin, « l'utilisation actuelle » des IPP recouvrait diverses situations donnant lieu à un dernier biais d'information : (sur)prescription systématique chez ces patients fragiles ou achat en vente libre de médicaments à faibles doses par exemple…

La prise d’ IPP a été associée à un faible niveau socioéconomique et à la fragilité des patients, mais cette information n'était pas disponible dans les registres : voici donc encore un biais potentiel non pris en compte. De même, les informations précises sur l'indication des IPP n'étaient pas disponibles, sauf en cas de diagnostic préalable d'ulcère gastroduodénal. Or il est à noter que Luxenburger et al. ont découvert que le reflux gastro-œsophagien était un facteur indépendant d’évolution sévère de la Covid-19, soulevant ainsi la question de savoir si l'indication de la prescription des anti-sécrétoires explique cette association plutôt que le médicament lui-même.

En conclusion, l'utilisation en cours d’IPP peut être associée à un risque accru d'infection par le SARS-CoV-2 et d'hospitalisations, mais ces résultats n’emportent pas la conviction des statisticiens. Aucune association n'a été trouvée pour les complications sévères de la Covid-19. Après l'admission à l'hôpital, il n'y avait aucun lien entre l'utilisation des anti-sécrétoires gastriques et la gravité de la maladie virale. Enfin, les résultats d’une nouvelle méta-analyse confirme que les IPP n’ont aucun impact négatif sur l’évolution clinique de la Covid-19 et sa mortalité. Ceci suggère que les résultats contradictoires antérieurs sont probablement dus à des différences dans la conception des études, le recueil des informations sur la consommation médicamenteuse et les populations étudiées.

Dr Sylvain Beorchia

Référence
Israelsen SB, Ernst MT, Lundh A et coll. : Proton pump inhibitor use is not strongly associated with SARS-CoV-2 related outcomes: A nationwide study and meta-analysis. Clin Gastroenterol Hepatol., 2021; doi.org/10.1016/j.cgh.2021.05.011

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Vos réactions (2)

  • Triste contrefeu commercial...

    Le 11 juin 2021

    Qui ne convaincra personne.
    Continuons de déprescrire les IPP.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Conclusions ?

    Le 15 juin 2021

    Meta analyse? Etude observationnelle?
    Les IPP doivent être prescrits à bon escients. S'ils avaient des effets secondaires majeurs, je "pense "que cela se saurait! Et serait-ce les IPP ou les raisons pour lesquels ils sont prescrits qui seraient imputables?

    Dr Jean-Paul Vasse

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