Les nouvelles recommandations de prise en charge de l’arthrose du genou de l’ESCEO

En passe d’être publiées, les nouvelles recommandations de prise en charge de l’arthrose de genou de l’ESCEO ont été présentées en avant-première par le Pr Jean-Yves Reginster (Université de Liège). A noter qu’il était temps de rafraîchir les précédentes recommandations qui dataient de 2014 et qui mettaient toujours en avant la prescription de paracétamol dans le traitement de base avec les anti-arthrosiques symptomatiques d’action lente (AASAL) comme alternative.

Quel traitement de base ?

Le dogme du paracétamol a été largement remis en question depuis la publication d’une méta-analyse qui a souligné la relativité de son efficacité sur la douleur et le handicap fonctionnel de l’arthrose à court terme, avec un faible effect size (0,14 !). Une autre méta-analyse, datant de 2016, a montré que le paracétamol est moins efficace que les AINS et les coxibs. Par ailleurs, cette molécule n’est pas exempte de risque, en particulier sur le plan cardio-vasculaire (RR [risque relatif] = 1,19 en cas de consommation de 1-2 comprimés/semaine et 1,68 pour plus de 15 comprimés/semaine). Il existe aussi un risque gastro-intestinal (RR = 1,36) et rénal ainsi que sur la mortalité.

Dans ces conditions, l’ESCEO fait une recommandation sur le fait que le paracétamol ne devrait pas être utilisé de manière régulière comme traitement de base (grade faible). Elle émet également une recommandation de grade faible sur l’utilisation du paracétamol à dose maximale de 3g/jour, à court terme uniquement et en tant qu’analgésique de secours en plus d’un traitement de base avec les AASAL (grade faible).

Quels anti-arthrosiques d’action lente ?

Concernant les molécules symptomatiques à action lente, et sur base de la littérature récente, le groupe de travail de l’ESCEO émet une recommandation forte quant à l’usage de la glucosamine sulfate cristalline comme traitement sur le long terme et décourage fortement l’utilisation des autres formulations.

Pour le sulfate de chondroïtine, elle émet aussi une recommandation forte d’utiliser le sulfate de chondroïtine mis sur le marché par IBSA qui a réalisé les études probantes et de distinguer cette chondroïtine de toutes les préparations over-the-counter dont l’efficacité n’a pas été prouvée.

L’ESCEO émet également une faible recommandation sur l’usage combiné de glucosamine sulfate et chondroïtine sulfate comme traitement de base car il n’y a pas de preuve convaincante de la supériorité de cette combinaison.

Quant aux autres AASAL (insaponifiables d’avocat, diacéréine), elle n’émet qu’une recommandation de grade faible quant à leur utilisation en alternative aux deux produits précédemment cités et insiste sur le fait que les données de sécurité et d’efficacité de ces autres AASAL sont limitées par rapport à la glucosamine sulfate cristalline et la chondroïtine sulfate.

Quel(s) traitement(s) de deuxième intention ?

Les AINS reçoivent une forte recommandation en palier 2 à condition d’être utilisés de manière intermittente ou pour des cycles plus longs. L’usage individuel de ces AINS se base sur les caractéristiques du patient.

Toujours au palier 2, l’ESCEO offre une recommandation de grade faible pour l’utilisation d’acide hyaluronique en injection intra-articulaire chez les patients pour lesquels les AINS sont contre-indiqués ou chez lesquels les symptômes persistent malgré l’utilisation des AINS. Le même type de recommandation vaut pour les injections intra-articulaires de corticostéroïdes qui sont cependant plus efficaces au cours des premières semaines de traitement. La sévérité de la douleur est probablement un meilleur indice prédictif de leur efficacité à court terme que les signes inflammatoires.

En résumé, que retenir ?

Le traitement de base avec des AASAL en usage prolongé est recommandé, et plus particulièrement la glucosamine sulfate cristalline et le sulfate de chondroïtine sulfate de chez IBSA, pour lesquelles les preuves sont sans équivoque. Le paracétamol par contre a été dégradé dans les recommandations du fait des nouvelles données de sécurité le concernant. Il devrait être réservé à un traitement analgésique de secours et arrêté en cas d’inefficacité. Des AINS topiques peuvent être ajoutés ou utilisés à la place des AINS oraux chez les patients de 75 ans ou plus et chez ceux dont les comorbidités augmentent le risque lié à l’emploi d’AINS par voie systémique.

Au palier 2, l’usage des AINS est guidé par la balance bénéfice-risque qu’ils offrent. A noter qu’une récente méta-analyse suggère que tous les AINS non-sélectifs et les coxibs ont une toxicité gastro-intestinale et cardio-vasculaire, mais que le célécoxib à la dose de 200 mg/jour devrait être préféré car sa toxicité est moindre. L’acide hyaluronique est une bonne alternative dans l’arthrose du genou, spécialement chez les patients à risque d’effets secondaires sous AINS. Il est recommandé en cas d’arthrose légère à modérée ou lorsque la chirurgie est contre-indiquée.

Au palier 3, les opioïdes à courte durée d’action peuvent être utilisés à la dose la plus faible possible et pour la durée la plus courte possible en cas d’arthrose du genou sévère symptomatique.

Enfin, au palier 4, la chirurgie est appropriée lorsque toutes les alternatives ont échoué si le patient est asymptomatique et sa qualité de vie fortement altérée.

Dr Chloé Vaneeren

Référence
Reginster JY : Congrès mondial sur l’ostéoporose, l’arthrose et les maladies musculosquelettiques (WCO IOF ESCEO) (Paris) : 4-7 avril 2019.

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Vos réactions (3)

  • Arthrose genou

    Le 12 mai 2019

    D'abord perdre du poids et entretenir une bonne condition musculaire.
    L'arthrose évolue par poussées qu'il faut soulager.
    La littérature anglo saxonne a montré que glucosamine et chondroitine sulfate n'ont aucun intérêt.
    L'acide hyaluronique seul n'a pas d'effet très probant. Le PRP nécessite une évaluation. Les injections raisonnables de corticoïdes permettent de contrôler les poussées mais sont sans efficacité sur la fémoro-patellaire.

    Jean Louis Briard

  • Gare aux opioïdes

    Le 12 mai 2019

    Gare aux opioïdes si vous ne souhaitez pas induire une addiction et tomber dans les excès observés aux US où c'est devenu un problème national.

    Jean-Louis Briard

  • Etonnement

    Le 13 mai 2019

    Sans remettre en cause l'utilité du sulfate de chondroïtine dans l'arthrose du genou je m'étonne que la très sérieuse ESCEO fasse ouvertement la promotion du groupe IBSA pour ce traitement: "...elle émet aussi une recommandation forte d’utiliser le sulfate de chondroïtine mis sur le marché par IBSA qui a réalisé les études probantes et de distinguer cette chondroïtine de toutes les préparations over-the-counter dont l’efficacité n’a pas été prouvée". En dehors des compléments alimentaires qui peuvent effectivement prêter à discussion il y a, à ma connaissance, le laboratoire Pierre Fabre qui propose également du sulfate de chondroïtine(STRUCTUM* 500 mg). Est-il puni?

    Dr Jean-Marie Pochart

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