L’espoir d’un nouveau traitement pour les cancers du sein triple-négatifs

Le pronostic des patientes présentant un cancer du sein métastatique triple négatif (absence de récepteurs hormonodépendants aux estrogènes, à la progestérone et au HER2) est particulièrement sombre, la chimiothérapie s'avérant peu efficace.

Le sacituzumab govitecan est composé d'un anticorps monoclonal ciblant spécifiquement un antigène de surface des cellules trophoblastiques (Trop-2) présent dans plus de 90 % des tumeurs du sein et d’un inhibiteur de topoisomérase (SN-38).

Dans cette étude multicentrique randomisée, les auteurs avaient pour objectif de comparer l'efficacité de ce composé à celle d'une chimiothérapie standard (éribuline, vinorelbine, capécitabine ou gemcitabine selon le choix des praticiens) en termes de survie chez des patientes souffrant d'un cancer du sein métastatique triple négatif en rechute ou ne répondant pas au traitement après au moins deux lignes de chimiothérapie standard. Toutes les patientes avaient été traitées précédemment par des taxanes.

Doublement de la survie médiane

L'âge médian des patientes était de 54 ans. On a observé une stabilisation de la pathologie pendant 5,6 mois sous sacituzumab govetican, et seulement de 1,7 mois avec une chimiothérapie classique. Notons que pour l'évaluation de ce résultat, les patientes présentant des métastases cérébrales avaient été exclues.

La durée médiane de survie a été de 12,1 mois parmi les patientes traitées par le sacituzumab govetican (235 patientes) avec 35 % de réponses, et de 6,7 mois avec tout autre chimiothérapie standard (233 patientes), avec 5 % de réponses positives au traitement. Le rapport des risques instantanés (Hazard Ratio HR) de mortalité montre un bénéfice significatif de cette nouvelle thérapeutique par rapport aux chimiothérapies classiques : HR = 0,48, IC95 intervalle de confiance à 95 % : 0,38-0,59, p < 0,001.

Les effets indésirables ont cependant été nettement plus nombreux avec ce nouveau traitement : neutropénie (51 % vs 33 %), leucopénie (10 % vs 5 %), diarrhées (10 % vs < 1 %), anémie (8 % vs 5 %) et neutropénie fébrile (6 % vs 2 %), motivant un taux d'abandons de 5 %. Aucun décès dû au traitement n'a été observé dans le groupe du sacituzumab govetican.

Les auteurs concluent donc que ce nouveau traitement permet une survie prolongée, mais soulignent la fréquence de ses effets indésirables.

Les États-Unis prioritaires

Dans un article récent du journal Le Monde, il est précisé que cette nouvelle molécule est commercialisée depuis plus d'un an aux États-Unis et que l'Agence européenne des médicaments évalue sa prochaine mise sur le marché dans le cadre d'une procédure accélérée. Quant à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), elle a accordé des autorisations temporaires dès la fin 2020.

Hélas, Gilead, le laboratoire produisant cette molécule aurait reconnu une capacité de production insuffisante "ne permettant pas de débuter de nouveaux traitements en dehors des États-Unis". L'Europe pourrait alors y avoir accès fin 2021.

L'ANSM tente d'obtenir ce traitement depuis le début de l'année, en collaboration avec des associations de patients et des oncologues. Il n'y aurait cependant aujourd'hui que 78 patientes pouvant en bénéficier, alors que, selon une enquête d’un collectif de patientes, 600 à 1 000 femmes seraient éligibles à ce traitement dont le coût est estimé à 60 000 euros par malade.

Voilà qui soulève d'importantes questions économiques et éthiques…

Dr Charles Vangeenderhuysen

Références
Bardia A et coll. : Sacituzumab Govitecan in Metastatic Triple-Negative Breast Cancer. N Engl J Med 2021;384:1529-41. DOI: 10.1056/NEJMoa2028485
Santi P. Des femmes atteintes d'un cancer du sein métastatique privées d'un traitement innovant. Le Monde, édition du 15 juin 2021

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Une question industrielle et une question politique

    Le 17 juin 2021

    Avant l’article du Monde, France-info et France 3 ont déjà évoqué la question d’accès à ce traitement. Hormis le traitement journalistique du sujet qui tend à présenter cet ADC quasiment comme une panacée, il y a 2 questions qui sont peu évoquées.

    L’une est industrielle : c’est un produit long à élaborer et sans une augmentation de la capacité de production ce sera difficile de répondre à la demande.

    L’autre est plus politique : ce type de cancer est beaucoup plus fréquent chez les Afro-américaines que chez les caucasiennes. On imagine mal Gilead prélever sur ses stocks US pour envoyer des flacons en France aux dépens de ces femmes américaines.

    Il faut donc espérer que des structures de production européennes voient le jour.

    Enfin des essais cliniques impliquant l’immunothérapie laissent aussi entrevoir des pistes dans ces cancers si durs à stabiliser.

    Dr Jean-Daniel Flaysakier

Réagir à cet article