L’incidence de la dengue réduite de 77 % en Indonésie grâce à une bactérie

La dengue est liée à un arbovirus qui se transmet à l’homme par un moustique du genre Aedes. Son incidence est en augmentation et l’OMS estime à 50 millions le nombre annuel de personnes atteintes. Si dans la grande majorité des cas, la dengue revêt l’apparence d’une grippe, deux complications sont redoutées : la forme hémorragique et celle qui s’accompagne d’un syndrome de choc.

Aucun traitement spécifique ni vaccin n’existe contre la dengue. La seule façon de limiter l’infection est de contrôler la propagation des moustiques vecteurs, ainsi que la promotion des mesures de protection individuelles (moustiquaires, etc.).

Il y a une dizaine d’années, il a été montré qu’une bactérie pouvait ralentir cette progression (1). Il s’agit de Wolbachia, qui infecte surtout les arthropodes et quelques nématodes, dont le responsable de l’éléphantiasis. Elle agit en altérant les capacités de reproduction des moustiques.

Dans le cadre du Programme Mondial contre les Moustiques, une équipe australienne a expérimenté cette technique à Yogyakarta, Indonésie, au cours d’une étude randomisée contrôlée (2).

Lâchers de moustiques infectés

Dans un premier temps, 24 zones géographiques ont été désignées aléatoirement. Douze d’entre elles ont bénéficié d’un lâcher régulier de moustiques infectés par Wolbachia dans une population de moustiques sauvages.

Dans un second temps, toute personne âgée de 3 à 45 ans et se présentant pour une fièvre aiguë indifférenciée dans le centre de soin primaire de l’une de ces zones a eu systématiquement un test virologique pour rechercher la dengue.

Au total, sur 6 306 participants : 2,3 % étaient positifs en zone expérimentale, contre 9,4 % en zone contrôle, soit une efficacité protectrice de 77 %, quel que soit le sérotype de la dengue. De plus, le taux d’hospitalisation était plus faible dans le premier groupe (0,4 % versus 3,0 %).

Une efficacité durable et transposable

Plus de trois ans après la fin des lâchers, Wolbachia reste à un niveau très élevé dans la population locale de moustiques. Depuis, cette technique a été étendue à toute la ville, et les lâchers ont commencé dans les districts voisins, pour couvrir une population de 2,5 millions de personnes.

Enfin, d’autres études montrent que l’utilisation du Wolbachia est également efficace pour prévenir la transmission du Zika, du chikungunya, de la fièvre jaune et d'autres maladies à transmission vectorielle.

Dr Patrick Laure

Références
1. Walker T et coll. : The wMel Wolbachia strain blocks dengue and invades caged Aedes aegypti populations. Nature 2011; 476,450–453.
2. Utarini A et coll. : Efficacy of Wolbachia-Infected Mosquito Deployments for the Control of Dengue. N Engl J Med. 2021; 384(23): 2177-2186.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Stratégie à répliquer ?

    Le 15 juin 2021

    Bientôt cette bactérie sera-t-elle utilisée à la réunion? Ou dans le Sud de la France?

    Dr François Balta

Réagir à cet article