Moins de chimiothérapies inutiles pour cancer du côlon grâce au dosage de l’ADN tumoral circulant

Le cancer colorectal reste parmi les cancers les plus fréquents. Pour les patients non-métastatiques, le traitement de référence est l’exérèse chirurgicale curative. Elle s’accompagne d’une analyse histopathologique qui a pour but de déterminer le stade tumoral et ainsi de décider ou non de l’opportunité d’une chimiothérapie adjuvante. Dans les cancers du côlon de stade III, les bénéfices de cette chimiothérapie sont établis, mais son intérêt pour les cancers de stade II sont débattus.

La seule exérèse de la tumeur primitive « traite » plus de 80 % des patients atteints d'un cancer du côlon de stade II, et les essais de traitement adjuvant n’ont montré aucun avantage clair apporté par cette stratégie en terme de survie. Actuellement, la décision d’envisager une thérapie adjuvante revient au clinicien, en se basant sur les caractéristiques clinico-pathologiques du patient (haut risque de récidive ou non). Le bénéfice du traitement est relativement modeste, et de nombreux patients reçoivent une chimiothérapie inutilement. Des paramètres cliniques plus précis pour évaluer le risque de récidive permettraient de limiter la chimiothérapie adjuvante aux patients réellement à risque, et davantage susceptibles d’obtenir un bénéfice en terme de survie (tout en épargnant le coût physique et financier aux autres).

Décider du traitement adjuvant selon les résultats de la biopsie liquide

Dans cette étude, les chercheurs ont évalué le dosage d’ADN tumoral circulant (ctDNA) dans le sang périphérique pour suivre l’évolution de la maladie. Cette « biopsie liquide » permet de mettre en évidence de manière très fine la présence d’une maladie résiduelle. La détection d’ADN tumoral circulant après chirurgie a été associée à un haut risque de récidive. Les auteurs ont donc cherché à déterminer si déterminer l’orientation thérapeutique avec le ctDNA pouvait permettre d’éviter des chimiothérapies inutiles par rapport à un suivi clinique classique, sans augmenter le risque de récidive pour les patients. Ils ont aussi évalué le bénéfice de la chimiothérapie adjuvante pour les patients ctDNA-positifs.

Les résultats, publiés dans le New England Journal of Medicine, sont en faveur du suivi par le dosage d’ADN circulant. Parmi les 302 patients du groupe ctDNA-orienté, 15 % ont reçu une chimiothérapie contre 28 % dans le groupe contrôle. Les patients ctDNA-négatifs 7 semaines après la chirurgie n’ont jamais reçu de traitement. Mais surtout, après deux ans de suivi, le taux de survie dans le groupe ctDNA-orienté n’est pas moindre (93,5 % versus92,4 % avec le suivi conventionnel). Le suivi grâce aux biopsies liquides a donc permis de diminuer significativement la proportion de patients traités, sans pour autant réduire les chances de ces patients. Les auteurs remarquent également que la chimiothérapie administrée aux patients ctDNA-positifs a eu un effet très protecteur contre la récidive. Ils confirment également le risque extrêmement faible de récidive pour les patients en l’absence d’ADN circulant.

Ces travaux vont permettre une amélioration de la prise en charge des patients après chirurgie, en évitant le recours abusif à la chimiothérapie en particulier dans les groupes à faible risque clinique de récidive (11 % de ces patients traités dans le groupe avec suivi conventionnel). Un bénéfice important de cette chimiothérapie est en revanche observé pour les patients avec ADN tumoral circulant détectable.

Dr Rémi Samain

Références
Tie J et coll. : Circulating Tumor DNA Analysis Guiding Adjuvant Therapy in Stage II Colon Cancer. New Engl J Med., 2022; 386(24): 2261-2272. doi.org/10.1056/NEJMoa2200075

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