Résultats peu concluants du traitement par hydroxychloroquine et azithromycine contre la Covid-19 au Sénégal

Fabien Taieb avec 26 collaborateurs, notamment de l’Institut Pasteur de Dakar et de l'Hôpital Principal de Dakar viennent de publier les principaux résultats cliniques obtenus chez des patients hospitalisés pour la Covid-19 au Sénégal, selon qu’ils aient été traités ou non par l’association hydroxychloroquine (HCQ) - azithromycine (AZM). Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur des données de dossiers médicaux de patients âgés de plus de 18 ans, présentant une infection confirmée par le SARS-CoV-2 et admis dans cinq Centres d'Isolement et de Traitement (CIT) au Sénégal. Elle visait à comparer rétrospectivement deux groupes, le premier composé de sujets quittant l’hôpital guéris, le deuxième composé de sujets restant hospitalisés ou décédés, et cela 15 jours après l'admission en CIT. Les données ont été recueillies sur les patients hospitalisés du 2 mars au 31 octobre 2020. Selon la stratégie nationale mise en place par le Ministère de la santé sénégalais pour les cas confirmés de Covid-19, après une première détection positive du virus par RT-PCR, une détection moléculaire du SARS- CoV-2 a été réalisée par écouvillonnage nasopharyngé et/ou oropharyngé, toutes les 48-72 h jusqu'à la négativité. Le groupe HCQ + AZM a été défini comme celui des patients ayant reçu l’association médicamenteuse pendant au moins 72 h. L'AZM a été administré une fois par jour pendant 3 jours à la dose de 500 mg/jour. L’HCQ a été administré à la dose de 600 mg par jour répartis en trois prises, cela pendant 10 jours. Le groupe qui n'a reçu ni HCQ seule, ni l'association HCQ-AZM a été considéré comme le groupe témoin.

Étude rétrospective

Au total 926 patients ont été inclus dans cette étude dont 72,8 % (674) avaient reçu une combinaison d'HCQ et d'AZM. Les auteurs concluent qu’une amélioration de l'état clinique à 15 jours a été constatée pour les patients ayant reçu l'association HCQ + AZM, et que cette association pouvait réduire la durée d’hospitalisation. Les facteurs associés à une plus faible proportion de patients sortis vivants étaient : âge ≥ 60 ans, présence d'au moins une maladie préexistante, et risque clinique élevé à l’admission au CIT.

Peu d'effets secondaires ont été rapportés avec seulement 2 cas de troubles du rythme cardiaque dans le groupe HCQ + AZM contre 13 dans le groupe sans HCQ + AZM.

Les auteurs soulignent les « limitations de l’étude » (documentation incomplète de l’histoire de la maladie avant hospitalisation, surreprésentation des CIT avec unités de soins intensifs entrainant une surreprésentation des cas graves de la Covid-19). Ils demandent aussi que ces résultats soient confirmés par une étude randomisée qui permettrait d’évaluer précisément l’efficacité de l’association dans le traitement de la Covid-19 en Afrique.

Un groupe témoin plus grave

Cet article est très bien présenté et rédigé, mais les conclusions sont discutables.

L’association HCQ + AZM est recommandée au Sénégal dans le traitement de la Covid-19. Les auteurs n’ont pas fait une étude sur l’efficacité thérapeutique de l’association, mais sur des résultats cliniques à 15 jours d’hospitalisation. Il ne s’agit pas d’une étude randomisée ni d’une étude cas témoin ; c’est une enquête rétrospective dont on sait que le niveau des preuves scientifiques est le plus faible par rapport aux études randomisées où le niveau de preuves est le plus élevé, et aux études cas témoins.

À travers les résultats présentés, les auteurs distinguent eux-mêmes les limites de cette étude.

Le groupe témoin a un âge médian significativement plus élevé que le groupe des cas traités, et les taux de morbidité (diabète et HTA) y sont significativement plus élevés que dans le groupe des sujets traités par l’association. Le groupe témoin présente aussi plus de formes symptomatiques que le groupe des patients traités. Il était donc logique d’observer une amélioration de l’état clinique à 15 jours plus manifeste dans le groupe des personnes traitées par l’association HCQ+AZM.

Enfin en ce qui concerne les effets secondaires liés en particulier à l’utilisation de l’HCQ, les résultats sont clairs et non discutables avec seulement 2 cas de troubles rythmiques cardiaques dans le groupe HCQ + AZM contre 13 dans le groupe témoin.

Pr Dominique Baudon

Référence
Taieb F et coll. : Hydroxychloroquine and Azithromycin Treatment of Hospitalized Patients Infected with SARS-CoV-2 in Senegal from March to October 2020. J Clin Med., 2021, 10, 2954. doi.org/10.3390/jcm10132954

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Vos réactions (4)

  • Encore un titre trompeur

    Le 27 août 2021

    En lisant j'article je me suis demandé pourquoi ce titre a été choisi car le texte me semble bien plus optimiste que "peu concluant".
    Concernant l'étude on a encore étudié des patients hospitalisés alors que l'on sait que c'est un traitement précoce soit avant hospitalisation. Les posologies m'ont l'air de charger aussi pour une raison inconnue.
    Bref encore un coup pour rien.

    Xavier Geneste

  • Étude rétrospective inutile

    Le 27 août 2021

    Encore une étude sur le sulfureux traitement ! Mais pourquoi diable perdre du temps à monter une étude dont on sait par construction donc avant même de l'avoir commencée qu'elle ne prouvera rien ? Probablement parce qu'on a pas le courage de faire une vraie étude randomisée qui montrerait clairement l'absence d'effet spécifique (ou pas). Ici on laisse planer le doute, au mieux. Mais on va faire triompher les antivax sans culture scientifique, qui pourront se gargariser de "vous voyez bien on vous l'avait dit ".
    Pathétique et incompréhensible.

    Dr Gregory Smith

  • Les biais sont autant dans les têtes que dans les études

    Le 29 août 2021

    "Je me suis demandé pourquoi ce titre a été choisi car le texte me semble bien plus optimiste que "peu concluant"."
    "'on a pas le courage de faire une vraie étude randomisée qui montrerait clairement l'absence d'effet spécifique (ou pas)".
    Les biais sont autant dans les têtes que dans les études. Effectivement, celle-ci, une fois de plus, ne teste pas la proposition de départ soit "un traitement précoce avant hospitalisation" dont l'efficacité n'a jamais été décrite comme spectaculaire.

    Dr Jean-François Bertholon

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