Une méthode inédite pour détecter les nouvelles molécules du dopage

Est interdit l’usage par les sportifs de certaines substances ou méthodes qui figurent sur une liste élaborée par l’Agence mondiale antidopage et ses partenaires. Dans le sport amateur, entre 5 et 15 % des adultes et 3 à 5 % des mineurs auraient déjà expérimenté ces produits.

Les contrôles antidopage consistent à prélever des urines, voire du sang ou de l’air expiré, aux fins d’analyses dans des laboratoires accrédités. En moyenne, entre 1 à 2 % de ces analyses révèlent la présence d’au moins une substance interdite.

Le problème, c’est que pour trouver les substances, il faut absolument savoir lesquelles chercher ! La technologie analytique s’appuie en effet sur certaines caractéristiques des molécules (ex. : leur masse). Données dont on dispose évidemment s’agissant des produits interdits. Mais pour les autres… Donc à moins d’une dénonciation ou d’une saisie sur le marché clandestin, les nouvelles molécules dopantes — inconnues des laboratoires — ont peu de chance d’être décelées. C’est ainsi que se répandent des produits dont la structure moléculaire a été modifiée pour la rendre fonctionnelle, mais indétectable.

Les tricheurs ont du mauvais sang à se faire

La récente découverte d’une équipe de vétérinaires de l’université de Pennsylvanie pourrait bien sonner le glas de ces pratiques.

À partir d’un modèle mathématique complexe, ils ont créé deux algorithmes permettant l’identification de substances inconnues, un peu sur le modèle de l’intelligence artificielle.

Pour les tester, ils ont ajouté 57 médicaments à du plasma équin, sans en spécifier les caractéristiques chimiques et ont analysé le tout par l’une des méthodes habituelles, la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse à haute résolution. Le fichier des données brutes de cette analyse a été traité par un logiciel spécifique destiné à détecter et identifier les composés. Les médicaments restés « inconnus » ont été ensuite soumis aux deux algorithmes qui ont réussi à en identifier 52 par leur nom et 1 par sa formule chimique.

Les tricheurs ont-ils du mauvais sang à se faire, notamment pour les Jeux olympiques de Tokyo ? Probablement pas : la validation de cette technique par l’Agence mondiale antidopage, si elle l’accepte, prendra sans doute encore de nombreux mois.

Dr Patrick Laure

Référence
Guan F et coll. : Novel Algorithms for Comprehensive Untargeted Detection of Doping Agents in Biological Samples. Anal Chem. 2021; 93(21): 7746-7753.

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