Vaccin inactivé indien : un espoir pour le monde

A la liste des vaccins et des candidats vaccins anti-Covid-19, il convient désormais d’ajouter le vaccin indien qui est du type « virus complet inactivé ». Il est bien éloigné sur le plan conceptuel et technique des vaccins à ARN messager ou même à adénovirus qui ont conquis les pays de l’hémisphère nord. BBV152 ou encore Covaxin, associe en effet du virus SARS-CoV-2 inactivé et un adjuvant, en l’occurrence une molécule de la classe des imidazoquinoléines qui est un agoniste des toll-like receptors 7 et 8, le tout adsorbé sur hydroxyde d’aluminium.

Un essai randomisé rigoureux

Un essai randomisé multicentrique national de phase 3, mené à double insu contre placebo en Inde, démontre son efficacité et souligne sa bonne acceptabilité au sein d’une cohorte conséquente. Au total, 25 établissements hospitaliers ont participé à cette étude dans laquelle ont été inclus 25 798 sujets adultes en bonne santé apparente ou atteints d’une maladie chronique stable (à l’exclusion des patients immunodéprimés ou traités par les immunosuppresseurs), ceci entre le 16 novembre 2020 et le 7 janvier 2021. Dans le groupe des vaccinés (n=12 221), deux doses de BBV152 espacées de quatre semaines ont été administrées par voie intramusculaire, les 12 198 autres participants recevant le placebo.

L’efficacité vaccinale a été définie en tant que critère de jugement principal par la prévention des cas inauguraux de Covid-19 symptomatiques, quelle que soit leur gravité, pourvu qu’ils soient confirmés par RT-PCR et qu’ils surviennent au moins 14 jours après la seconde dose du vaccin. L’acceptabilité du BBV152 a été également évaluée tout au long de l’étude, tout autant que son pouvoir immunogène chez tous les participants qui avaient reçu au moins une dose.

Les résultats qui sont publiés en ligne dans le Lancet du 11 novembre 2021 relèvent d’une analyse intermédiaire concluante.

Une efficacité vaccinale proche des 80 %

L’efficacité a été évaluée dès que le seuil des 130 cas de Covid-19 symptomatique a été atteint, au terme d’un suivi d’au moins 14 jours après la seconde dose qui a in fine porté sur 16 973 participants initialement séronégatifs. Vingt-quatre cas (0,3 %) sont survenus chez 8 471 vaccinés, versus 106 (1,2 %) chez 8 502 participants du groupe placebo, ce qui conduit à une efficacité globale de 77,8 % (IC 95% ; CI 65,2-86,4). La protection contre les formes sévères a atteint 93,4 % (57,1–99,8) et les formes asymptomatiques 63,6% (29–82,4). L’efficacité contre le variant delta évaluée à partir de 50 prélèvements positifs serait de 65,2% (IC 95% 33,1–83,0), ce qui reste toutefois à confirmer. Par ailleurs, l’efficacité est plus élevée chez les moins de 60 ans au nombre de 15 115, soit 79,4 % (66,0–88,2) et moindre chez plus âgés (≥60 ans) (au nombre de 1858) soit 66,2 % (33,8–84,0). Le pouvoir immunogène du vaccin testé au 56ème jour est apparu satisfaisant et indépendant de l’âge.

Pour ce qui est de l’acceptabilité, la fréquence des évènements indésirables, quels que soient leur type ou leur sévérité, s’est avérée rigoureusement identique dans les deux groupes, soit 12,4 %. Aucun décès imputable au vaccin n’a été déploré et aucune réaction anaphylactique n’a été rapportée.

Cet essai randomisé multicentrique mené à double insu contre placebo démontre la haute efficacité du BBV152 dans la prévention des formes symptomatiques de la Covid-19.

Ce vaccin est en outre bien toléré. La population incluse dans l’essai exclusivement indienne est dans l’ensemble jeune, la moyenne d’âge étant de 40+/-14 ans et la fréquence des comorbidités y est faible : la démonstration vaut donc pour cette population et les résultats ne sauraient être transposés sans la moindre réserve à d’autres populations ou ethnies, cela va de soi.

Un vaccin qui enrichit la palette vaccinale face aux VOC et aux obstacles économiques

L’inde est certes la patrie du variant delta qui fut un temps appelé indien : l’efficacité du BBV152 contre ce variant est très probable, mais au moment où l’essai a débuté, ce dernier était loin de régner sur l’ensemble du sous-continent indien. D’autre part, en juin 2021, un autre VOC (variant of concern), dit delta plus a été identifié dans ce pays, mais n’a pas apparemment détrôné son prédécesseur. Il n’en reste pas moins que ce vaccin, à l’instar des autres, pourrait être confronté à d’autres VOC.

En attendant, le BB152 a bien des attraits, notamment pour les populations de l’hémisphère sud qui n’ont pas d’accès à tous les vaccins du marché, loin s’en faut pour des raisons économiques et logistiques. Ce vaccin moins onéreux que les autres et aussi efficace qu’eux dans une population jeune et moins touchée par les comorbidités que dans les pays riches, se conserve en outre à température ambiante. De fait, il a déjà été plébiscité par plusieurs pays à revenu faible ou moyen dont le Mexique, l’Iran et les Philippines. Il vient compléter et enrichir la palette vaccinale dont le monde a le plus grand besoin pour venir à bout de cette pandémie qui s’éternise et menace de l’apparition de nouveaux VOC propres à mettre au défi les stratégies vaccinales actuelles.

Dr Philippe Tellier

Référence
Elia R et coll. Efficacy, safety, and lot-to-lot immunogenicity of an inactivated SARS-CoV-2 vaccine (BBV152): interim results of a randomised, double-blind, controlled, phase 3 trial. Lancet 2021 ; publication avancée en ligne le 11 novembre. doi: 10.1016/S0140-6736(21)02000-6.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • Bonne nouvelle...

    Le 17 novembre 2021

    ...les detracteurs des vacins ARNm vont pouvoir se faire vacciner sans crainte avec une technologie vieille de plusieurs dizaines d'années.

    Mauvaise nouvelle, les affolés de l'aluminium vont refuser ce vaccin en raison de l'adjuvant.

    Au total, on ose espérer que la couverture vaccinale va évoluer (mais c'est pas sur...)

    Dr E Orvain

  • Étendre la diversité des actions vaccinales

    Le 17 novembre 2021

    Merci pour cet article.Oui,cette stratégie vaccinale, utilisant aussi comme adjuvant un agoniste des TLR 7 et 8 est un réel espoir pour le monde, y compris l'Europe et la France. Étendre la diversité des actions vaccinales, pour toucher ceux qui sont sensibles, légitimement à mon sens, au fait qu'un vaccin doit avoir le minimum d'effets secondaires, est impératif actuellement.

    Dr Bernard Poitevin

  • Oui mais et nous ?

    Le 21 novembre 2021

    -ne faisons nous pas partie du Monde?
    Je vois bien une bonne partie de mes patients non vaccinés au covid19 mais vaccinés aux autres vaccins historiques, contenant de l'aluminium, accepter volontiers le Valvena et ce vaccin Indien.
    Ha mais il faut peut-être écouler nos stocks déjà achetés et payés et continuer à malmener tous ces individus asociaux avec leurs réticences d'un autre age!

    Dr Alain Garenne

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article