Violences dans l’enfance, plus tôt mourir

A côté des facteurs de risque bien connus de décès prématuré que sont le style de vie et les troubles mentaux, il se vérifie de plus en plus que les violences physiques et sexuelles dans l’enfance augmentent aussi le risque de mortalité précoce. Les études ont montré qu’elles étaient liées à l’hypertension à l’âge adulte, aux tentatives de suicide, aux comportements violents, au diabète et aux pathologies cardiovasculaires.

Pour préciser ce lien entre les violences physiques et sexuelles dans l’enfance et la mortalité précoce (avant 70 ans), une équipe états-unienne a réalisé une étude prospective incluant près de 68 000 femmes de la cohorte de la Nurses’ Health Study II (2001-19). Au total 2 410 décès prématurés ont été enregistrés : 874 par cancer, 154 de maladie cardiovasculaire, 94 par blessure ou intoxication, 49 par suicide et 49 de pathologie respiratoire.

Plus de morts prématurées par suicide ou par blessures

En recoupant ces données, les auteurs mettent en évidence une augmentation du risque de mortalité prématurée pour les femmes ayant des antécédents de violences physiques « modérées à sévères » et une activité sexuelle forcée avant l’âge de 17 ans. Lorsque l’on examine les causes spécifiques de mortalité, les violences physiques sont associées à un risque augmenté de mortalité par blessure ou intoxication (Hazard Ratio HR 2,81 ; intervalle de confiance à 95 % IC 1,62 à 4,89), par suicide (3,05 ; 1,41 à 6,60) ou de pathologies digestives (2,40 ; 1,01 à 5,68), après ajustement pour plusieurs covariables. Les abus sexuels pendant l’enfance et l’adolescence sont quant à eux associés à une augmentation du risque de mortalité cardiovasculaire (2,48 ; 1,37 à 4,46), de décès par suicide (4,30 ; 1,74 à 10,61), de pathologie respiratoire et de pathologies digestives. Il n’est pas mis en évidence de lien entre les violences et les décès par cancer.

Une plus grande vulnérabilité mentale et de possibles répercussions biologiques

Pour expliquer ce lien, l’hypothèse est que les violences de l’enfance augmentent la vulnérabilité, perturbent la santé mentale et favorisent une mauvaise hygiène de vie. De nombreuses études viennent en appui de cette théorie. Une autre hypothèse est que la maltraitance dans l’enfance serait responsable de changements biologiques incluant les fonctions immunes et inflammatoires, le développement cérébral ou le système neuroendocrine. Ainsi, des études ont montré que des violences de l’enfance ou l’adolescence sont associées à de plus forts taux de biomarqueurs de l’inflammation et à des modifications épigénétiques qui peuvent troubler le développement normal du cerveau, favorisant les troubles psychiatriques et les comportements d’addiction.

Ces données confirment s’il en était besoin l’importance du soutien social et psychologique pour les victimes de violences physiques ou sexuelles pendant l’enfance.

Dr Roseline Péluchon

Références
Wang Y-X. et coll. : Association of early life physical and sexual abuse with premature mortality among female nurses: prospective cohort study
BMJ2023;381:e073613. doi.org/10.1136/bmj-2022-073613

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Vos réactions (1)

  • Du soutien... et de la prévention

    Le 18 mai 2023

    Bonjour,
    Certes il faut du soutien pour les victimes mais il faut aussi des actions politiques en termes de prévention et des moyens médico-sociaux pour soutenir les familles à risque de commettre des violences, et plus largement à toutes les familles. Et que les médias grand public cessent de donner la parole aux psychologues qui présentent l'enfant comme un pervers narcissique qu'il faut envoyer dans sa chambre à 1 an quand il crie trop fort...

    Dr C Dupont-Champion

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