Affaire Guerriau : le fléau de la soumission chimique

Paris, le lundi 20 novembre 2023 – Les accusations proférées contre le sénateur Joel Guerriau mettent en lumière cet acte criminel consistant à droguer une personne à son insu pour la violer.

« Je ne suis pas venue pour parler de moi, mon devoir est de sensibiliser sur ce fléau » a-t-elle prévenu en préambule de sa déclaration. Ce lundi, sur les antennes de France 5, Sandrine Josso s’exprimait pour la première fois publiquement depuis le début de ce qu’on appelle désormais l’affaire Guerriau. La députée LREM de Loire-Atlantique accuse en effet le sénateur Joel Guerriau, sénateur du même département, de l’avoir, dans la nuit de mardi à mercredi, droguée à son insu, pour tenter d’abuser d’elle. Un acte criminel communément appelé soumission chimique.

Si elle ne voulait pas parler d’elle, la députée de 48 ans a bien dû répéter devant les caméras de télévision les accusations qu’elle a porté devant la police et raconter de nouveau la nuit cauchemardesque qu’elle a vécu. Elle s’était rendue au domicile parisien du sénateur de 66 ans pour fêter avec cet « ami de dix ans » sa victoire aux élections sénatoriales, rappelant par la même occasion que dans l’immense majorité des cas, les victimes de viol connaissent leur agresseur. Elle a ensuite été étonnée par l’insistance du sénateur à ce qu’elle boive une coupe de champagne et par le fait que son hôte passe son temps à faire varier la lumière dans la pièce, une technique censée augmenter les effets de la drogue.

Des stupéfiants, des médicaments ou de l’alcool comme mode opératoire

C’est lorsqu’elle a été prise de palpitation et de sueurs que la députée a compris qu’elle avait été possiblement droguée à son insu. « Je comprends, mais j’étais déjà sous l’effet de la drogue, mes jambes tremblaient, j’étais paniquée, mon cœur battait, j’avais l’impression de faire une crise cardiaque » se rappelle-t-elle. La parlementaire parvient finalement à quitter l’appartement et à se rendre aux urgences à l’hôpital Lariboisière. Là, les analyses toxicologiques relèveront que la députée a consommé à son insu de la MDMA (drogue aussi connue sous le nom d’ecstasy).

Depuis, l’enquête a permis d’établir que Joel Guerriau détenait de la MDMA à son domicile et il a lui-même été testé positif à de nombreux stupéfiants (cannabis, cocaïne, méthadone, MDMA…). Ce vendredi, il a été mis en examen pour « administration à une personne, à son insu, d’une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes, afin de commettre un viol ou une agression sexuelle » et « détention et usage de stupéfiants ». Le sénateur nie fermement les faits qui lui sont reprochés et évoque une « erreur de manipulation ».

Environ 600 plaintes pour soumission chimique sont déposées chaque année en France (neuf victimes sur dix sont des femmes), ce qui ne représente sans doute qu’une faible part des faits réels, de nombreuses victimes ne portant pas plainte. Si des cas de femme droguée avec du GHB à leur insu dans un cadre festif ont pu être médiatisées, la soumission chimique peut se faire dans tout contexte et avec toute drogue.

Les agresseurs, généralement des hommes, se tournent généralement vers des substances qui sont à la fois solubles, sédatives, désinhibantes et amnésiantes : des stupéfiants (MDMA, GHB…), des médicaments (benzodiazépines, somnifères…) ou tout simplement de l’alcool peuvent être utilisées. Les auteurs des faits peuvent chercher à abuser sexuellement de leurs victimes ou simplement les voler.

Libérer la parole sur la soumission chimique

En discutant avec les personnels de santé qui l’ont pris en charge après son agression, la députée Sandrine Josso dit avoir pris conscience que la soumission chimique était un phénomène malheureusement courant pouvant touchée des personnes de toute âge et de tout milieu social. Elle appelle donc le gouvernement à « faire quelque chose » contre ce crime « qui est partout dans notre société ».

L’exécutif a justement lancé en février 2022 son « plan GHB » visant à sensibiliser les milieux festifs à ce type de crime et à améliorer la prise en charge des victimes par les services de police et de santé. Mais plusieurs associations féministes ont dénoncé cet été des lacunes dans cette prise en charge, notant que plusieurs victimes avaient dû attendre plusieurs jours après leur agression pour se faire dépister et s’étaient confronté à des démarches administratives « kafkaïennes » pour accéder à une unité médico judiciaire.

Si Sandrine Josso décide de médiatiser son agression, c’est parce qu’elle estime que le combat contre la soumission chimique passe par une prise de parole des victimes et de leurs proches. En mai dernier, une campagne de sensibilisation avait ainsi été lancée sur les réseaux sociaux par Caroline Darian. La mère de cette femme a été droguée et violée à son insu par son père et des inconnus pendant plusieurs années. 49 personnes doivent être jugées l’an prochain pour viol aggravé dans cette sinistre affaire.

Quentin Haroche

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