Exclusif : les pratiques avancées fracturent médecins et infirmiers

Paris, le vendredi 30 juillet 2021 – En 2020, les premiers infirmiers de pratiques avancées (IPA) entraient dans la carrière : une petite révolution dans la galaxie des professions de santé. 

Les infirmiers de pratiques avancées, titulaire d’un master 2, exercent leur art dans 4 disciplines* en collaboration avec des médecins. Ceux-ci, au terme d’un protocole de coopération, peuvent leur confier le suivi de certains de leurs patients stabilisés. Dans ce cadre, les IPA peuvent renouveler, adapter voire prescrire certains traitements et examens, assurer une surveillance clinique, mener des actions de prévention ou de dépistage.

Rappelons également que les pratiques avancées ne peuvent s’exercer que dans le cadre d’une équipe de soins (maison ou centre de santé, établissement hospitalier ou médico-social…). 

Début juillet, Annie Chapelier infirmière elle-même et députée du Gard (groupe Agir ensemble) suggérait dans un rapport parlementaire de s’inspirer du modèle « en vigueur dans de nombreux pays » : celui des « infirmiers praticiens », qui peuvent « intervenir en premier recours auprès des patients » sans protocole de coopération. Outre cet accès direct, la députée plaidait pour étendre les pratiques avancées à d’autres disciplines.

Ce document avait fait vivement réagir syndicat d’infirmiers et de médecins.

Dans ce contexte, le JIM a pris le pouls des professionnels via un sondage en ligne auxquels 702 de ses lecteurs ont participé.

Un dispositif entré dans les mœurs

Le JIM proposait le choix entre quatre scénarios pour les pratiques avancées : un accès du public direct sans prescription ni supervision médicale, un accès sur prescription mais sans supervision médicale, un accès sur prescription et sous supervision médicale (qui correspond le mieux au maintien du cadre actuel) et la suppression de ce dispositif.


Sondage réalisé sur le site JIM.fr du 4 au 28 juillet 2021

Pris dans leur ensemble, les lecteurs du JIM semblent être en faveur du maintien du dispositif dans sa forme actuelle (46 %), bien que près d’un quart souhaitent sa disparition (23 %), que 16 % plaident pour un accès direct (comme la proposition Chapelier) et 12 % pour davantage d’autonomie des infirmiers de pratique avancée vis-à-vis des médecins. 

Mais ces résultats globaux cachent de forte disparité entre professions, marquant même une véritable fracture sur cette question.

30 % d’infirmiers pour l’accès direct contre 8 % de médecins !

Chez les infirmiers, seuls 9 % se prononcent totalement contre ce dispositif (vs 28 % chez les médecins), à l’inverse 30 % souhaitent un accès direct aux infirmiers de pratique avancée. Une idée que rejettent largement les médecins (d’ailleurs accusé de corporatisme sur ce thème par les syndicats d’infirmiers), puisque seuls 8 % y sont favorables et qu’une courte majorité (51 %) n’entrevoit les pratiques avancées que comme un mode d’exercice devant se soumettre à une prescription et à une supervision médicale. 

Les pharmaciens, peu concernés directement par le dispositif paraissent moins réservés puisque 39 % se prononcent pour l’accès direct.

Notons néanmoins que, si l’on agrège les résultats des deux propositions médianes (en faveur d’un « accès sur prescription, mais sans supervision médicale » ou d’un « accès sur prescription et sous supervision médicale »), on atteint 58 % d’approbation chez les infirmiers et 61 % chez les médecins.

Ainsi, si un accès direct aux IPA semble loin de faire consensus, on peut entrevoir la possibilité d’un accord interprofessionnel, dans les années à venir, sur une plus grande autonomie pour les IPA.  
    
*pathologies chroniques stabilisées, oncologie et hémato-oncologie, maladie rénale chronique & dialyse, psychiatrie et santé mentale et bientôt en médecine d’urgence.

F.H.

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