Première greffe de larynx en France

Lyon, le mardi 21 novembre 2023 – Une équipe de chirurgiens lyonnais a réalisé la toute première greffe de larynx en France, la onzième seulement dans le monde.

Dix ans de préparation, vingt-sept heures de travail et douze chirurgiens mobilisés pour un exploit médical : les 2 et 3 septembre dernier, une équipe de chirurgiens des hospices civils de Lyon (HCL) a réussi la toute première greffe de larynx en France chez une patiente de 49 ans. L’information a été révélé par le HCL ce lundi au cours d’une conférence de presse, les médecins ayant préféré attendre que l’état de la patiente, qui a pu rentrer chez elle, se stabilise avant de révéler l’information. Il s’agit seulement de la onzième greffe de larynx répertoriée dans le monde depuis la toute première réalisée aux Etats-Unis en 1998.

Dix ans de travail et vingt-sept heures d’opération

L’opération réalisée il y a deux mois à Lyon est le fruit de plus de dix ans de préparation. C’est en effet en 2012 que le Pr Philippe Ceruse, chef du service d’ORL et de chirurgie cervico-faciale de l’hôpital de la Croix Rousse à Lyon, a recruté une « dream team » de quatorze chirurgiens venus de toute la France avec l’ambition de réaliser cet exploit chirurgical. Pendant des années, ces chirurgiens, tous experts dans leur domaine, vont s’entrainer, d’abord sur des animaux, puis sur des cadavres, en vue de cette opération. En parallèle, le Pr Ceruse met en place un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) avec le ministère de la Santé et obtient le feu vert de l’Agence de la biomédecine en 2019.

Pour la patiente également l’attente a été longue. Cela fait dix ans que Karine s’est portée volontaire pour cette opération. C’est en 1996, à seulement 22 ans, que cette ancienne aide-soignante a perdu l’usage de son larynx à la suite de complications liées à une intubation lors d’un arrêt cardiaque. Depuis, la jeune femme ne peut plus ni parler, ni manger et ne respire que grâce à une trachéotomie. « J’ai souhaité me faire greffer, il y a une dizaine d’années, pour retrouver une vie normale, pouvoir faire des activités avec mes enfants, pouvoir communiquer, être indépendante » explique la patiente.

L’opération, qui s’est déroulé à l’hôpital de la Croix Rousse et à l’hôpital Edouard-Herriot, a été particulièrement complexe. « Chaque chirurgien avait sa partition, son protocole opératoire. Il a fallu compter 10 heures de prélèvement et 17 heures de transplantation. C’est très délicat car il faut prélever le larynx, la thyroïde, les vaisseaux, les nerfs. Les vaisseaux font de 3 à 5 millimètres, c’est très minutieux. Nous avons dû réaliser huit anastomoses vasculaires et six anastomoses nerveuses » explique le Pr Ceruse. Modeste, le chirurgien rappelle qu’il n’avait qu’un rôle de coordinateur dans cette opération historique. « Ma mission était principalement de gérer les plateaux-repas et le repos des équipes, car tout roulait » plaisante-t-il.

De longs mois de rééducation en perspective

Après 45 jours de soins intensifs, la patiente a pu rentrer chez elle le 26 octobre dernier. Si elle respire seul, elle ne peut pas encore s’alimenter normalement. Après plus de 20 ans d’attente, elle a pu de nouveau dire quelques mots, mais sa voix reste rocailleuse et métallique, « abominable » selon ses propres termes. De longs mois de rééducation avec des orthophonistes l’attendent. « Pour le moment la patiente ne peut pas encore manger car les aliments passent de travers. Elle est encore nourrie par une sonde, d’ici moins de six mois, elle devrait pouvoir remanger au moins aussi bien qu’avant » détaille le Pr Ceruse.

« Le but est qu’elle retrouve sa voix d’antan, ça va lui demander du temps pour que le larynx se réinnerve, que les nerfs repoussent et puis de la rééducation, parce qu’elle a oublié comment il fallait faire pour parler » ajoute le chirurgien. Même si le chemin est donc encore long avant un retour complet à la normale, Karine est particulièrement émue de retrouver peu à peu des sensations qu’elle avait oublié. « Mes filles ne m’avaient jamais entendue et mon mari avait oublié le son de ma voix » commente-t-elle, par écrit pour le moment.

L’équipe de chirurgiens lyonnais qui a réalisé cette première va continuer à suivre Karine pendant de longs mois. Mais si le succès de l’opération se confirme, ils sont prêts à réitérer l’exploit, puisqu’ils ont reçu le financement pour réaliser deux autres greffes de larynx. Les HCL, où le Pr Jean-Michel Dubernard avait réalisé les toutes premières greffes de main et de bras au monde, confirment ainsi leur excellence dans le domaine de la transplantation.

Quentin Haroche

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