Amérique latine : le Brésil au bord du gouffre, le Chili champion de la vaccination

Sao Paulo, le jeudi 25 mars 2021 - Jamais le pays n’avait affiché un bilan humain aussi effroyable face à l’épidémie de coronavirus. Le 23 mars, le Brésil enregistrait plus de 3 251 morts liées à la Covid en une journée, portant la moyenne des décès sur une semaine à 2 364.

Une hausse qui semble inexorable face à l’augmentation des cas liés au variant P.1 qui touche une population particulièrement jeune. Si la grande partie du continent sud-américain fait de la même manière face à une augmentation des cas de coronavirus, certains se distinguent par une campagne de vaccination exemplaire, notamment au Chili.  

L’inquiétant variant P.1.

C’était le 5 mars dernier, le président populiste Jair Bolsonaro commandait à sa population « d’arrêter de geindre » face à la maladie et à sa propagation incontrôlée. A l’époque, le dirigeant se déclare agacé par les couvre-feux et les fermetures précoces d’activités non essentielles décrétés dans plusieurs régions du pays par des gouverneurs de l’opposition.

Depuis, la hausse des cas de Covid-19 semble montrer une augmentation continue. Entre le 24 février et le 24 mars, la moyenne des cas sur sept jours est passée de  50 000 à 75 000.

Il aura fallu attendre une saturation totale des services de réanimation pour que le président d’extrême droite daigne intervenir publiquement. Lors d’une allocution solennelle, le covido-sceptique a promis à sa population plus de 500 millions de doses de vaccin pour permettre l’immunisation totale de la population. Un discours accueilli par des bruits de casserole à travers tout le pays, l’opposant et ex-président Lula n’hésitant pas à qualifier la situation de « génocide causé par Bolsonaro ».
 
Car pour comprendre la gravité de la situation, il ne faut pas se fier aux déclarations tonitruantes mais bien à la réalité du terrain vécu par les praticiens. Léa Fiaklow, qui dirige le service de réanimation de l’hôpital de Clinicas à Porto Allegre, expose au Wall Street Journal le drame vécu par une population touchée par le variant P.1 : « le patient derrière moi a 22 ans. C’est une nouvelle caractéristique du Covid-19 : ici à Porto Alegre, de plus en plus de jeunes sont en réanimation ».

D’après le personnel soignant, le taux de mortalité augmente et l’état des patients porteurs du variant brésilien a tendance à se dégrader très vite. Le pays affronte cette flambée épidémique alors que la vaccination reste lente en raison de problèmes logistiques. Parallèlement, les querelles politiques font rage entre les gouverneurs, les maires et le président sur la conduite à tenir face à la pandémie.

Le Chili vaccine et se reconfine

Pourtant, la pénurie de doses n’est pas une fatalité en Amérique du Sud. Ainsi, le Chili figure dans le groupe de tête mondial en matière de vaccination. Le pays a ainsi réussi le tour de force de réaliser plus de 46,2 injections (première et deuxième) pour 100 habitants, soit un chiffre légèrement supérieur à celui affiché par les Etats-Unis (et nettement supérieur aux chiffres européens).  

« Nous sommes évidemment très fiers », s’est félicité le ministre de la Santé, membre depuis juin 2020 du gouvernement de droite du président Sebastian Piñera. Après le personnel de santé, les enseignants et les personnes âgées de plus de 60 ans, les habitants de moins de 60 ans atteints d’une comorbidité ont commencé à être vaccinées cette semaine.

Et pourtant, le pays n’hésite pas à reconfiner les trois quart de la population face à une augmentation soudaine des cas liée au retour de vacances de l’été austral.

L’inquiétude de l’OMS

La situation brésilienne est en outre source d’inquiétude pour le reste du continent sud-américain (où outre le Chili la couverture vaccinale est très restreinte).

L’Organisation panaméricaine de la santé - qui dépend de l’Organisation mondiale de la Santé - a mis en garde mardi contre la « terrible » augmentation des cas de Covid-19 au Brésil, « qui a des conséquences sur les pays voisins » d’Amérique du Sud.

Au Paraguay - où la présence du variant brésilien est suspectée - l’augmentation du nombre d’infections place les hôpitaux au bord de la rupture et pousse les familles à s’endetter pour payer les soins de leurs proches. En Colombie, l’augmentation des contaminations et des morts a conduit le président Ivan Duque à annoncer des couvre-feux nocturnes et des restrictions dans les zones les plus touchées.

C.H.

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