Des médecins étrillent le bilan « désastreux » de Martin Hirsch …alias Caligula

Paris, le mercredi 11 mai 2022 – Un collectif de médecins signent une tribune au vitriol contre le directeur de l’AP-HP.

Voilà neuf ans maintenant que Martin Hirsch dirige l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), gigantesque structure hospitalière de plus de 100 000 salariés. Très médiatique, l’ancien haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté multiplie les sorties dans les médias, plus ou moins heureuses (on se souvient de sa proposition de faire payer leurs hospitalisations aux non-vaccinés atteint de la Covid-19).

Dernière intervention en date, le directeur de l’AP-HP a fait publier le 3 mai dernier dans le journal Les Echos une série de propositions pour réformer l’hôpital public, telle que la mise en place d’un salarie modulée selon la spécialité ou la fin du statut de PH. Un programme qui n’a pas manqué de faire réagir des médecins franciliens, une trentaine d’entre eux ayant pris la plume et fait publier une tribune en réponse ce mardi (toujours dans les Echos). Mais plutôt que de répondre sur le fond des propositions, le collectif de praticiens préfère mettre Martin Hirsch devant son bilan de directeur de l’AP-HP, qu’ils jugent désastreux.

1 400 postes d’infirmiers vacants et 10 à 20 % de lits fermés

Les auteurs de la tribune abordent tout d’abord le bilan financier du haut fonctionnaire. « L’endettement a augmenté de 47 %, passant de 2,1 milliards d’euros en 2014 à 3,1 milliards d’euros en 2021 » constatent-t-ils, alors que le déficit s’élève à 290 millions d’euros en 2021. Les médecins attaquent ensuite Martin Hirsch sur sa politique de « grands projets » qui « prennent beaucoup de retard ». « Le nouvel Hôtel-Dieu, annoncé pour 2020, sera inauguré au mieux en 2026, s’il est inauguré un jour ; l’hôpital Nord, qui devait ouvrir en 2025, est repoussé de plusieurs années ».

Mais le gros des critiques de ce collectif de médecins se porte sur les conditions de travail et l’attractivité. Et d’égrener quelques chiffres : 1 400 postes vacants d’infirmiers, entre 10 et 20 % de lits fermés selon les services, 30 % de blocs opératoires à l’arrêt. Les médecins évoquent notamment la situation du service d’hématologie de l’hôpital Saint-Louis, menacé de fermeture par manque de personnels et pointent du doigt les effets selon eux désastreux de la réforme du temps de travail mené en 2016 par Martin Hirsch, « un échec qui n’a fait qu’inciter davantage d’agents à quitter l’AP-HP ».

L’abbé Pierre ou Caligula ?

La tribune critique également la mise en place par Martin Hirsch en 2018 de la « nouvelle AP-HP ». Une réforme reposant sur le regroupement en structures plus grandes, le nombre de groupes hospitaliers passant de 12 à 6, qui a « épaissi le millefeuille administratif et éloigné les décideurs du terrain » selon ses détracteurs. « Les personnels de ces ensembles étalés parfois sur des hôpitaux distants ont le sentiment d’être utilisés comme des pions ; cette réforme est un échec de plus ». La tribune conclue sans doute par ses attaques les plus graves, accusant Martin Hirsch de fermer les yeux sur les cas de harcèlement, voire de protéger les agresseurs. « La maltraitance ruisselle du sommet au bas de l’échelle ».

Les médecins auteurs de la tribune le concèdent : Martin Hirsch n’est pas le seul responsable des difficultés de l’AP-HP. L’ensemble de l’hôpital public connait des difficultés structurelles (pénurie de médecins, manque d’attractivité, lourdeurs administratives…) qui ont été accentuées par la crise sanitaire. Ce que les auteurs de la tribune reprochent avant tout à l’ancien président d’Emmaüs, c’est un certain mépris pour les médecins et une gestion brutale. « Ceux qui ne le connaissent pas le prennent pour l’abbé Pierre, ceux qui le connaissent pour Caligula » disait le Dr Gérard Kierzk en 2020.

Nicolas Barbet

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