L’ascension de Google en santé continue d’inquiéter

Washington, le mercredi 13 novembre 2019 – Les géants du numérique américains (les célèbres GAFA) n’ont jamais caché leur intérêt pour le domaine de la santé, prometteur d’importants profits. Google est probablement en pointe dans ce domaine qui depuis de nombreuses années multiplie les projets et les partenariats en vue notamment de développer des logiciels d’intelligence artificielle ayant pour objectif l’amélioration de la pertinence des diagnostics et des prises en charge. C’est ainsi que Google s’est par exemple rapproché de Sanofi pour élaborer de nouvelles stratégies en matière de traitement du diabète.

Pour le bien public… et celui de Google

Mis en avant comme la manifestation de la volonté de Google d’œuvrer pour l’amélioration de la qualité de vie des populations et des malades en particulier, ces programmes suscitent cependant également une certaine circonspection. En effet, les scandales concernant la protection des données se sont multipliés ces dernières années, notamment aux États-Unis et beaucoup redoutent que la mainmise de Google sur des données aussi sensibles n’ouvre la voie à des dérives, notamment commerciales. Dans ce contexte, la révélation hier par le Wall Street Journal de l’accord passé entre Google et Ascension n’a pu que raviver les controverses et les préoccupations.

Projet Nightingale

Ascension est un groupe privé (catholique) et associatif qui gère deux mille six cent établissements de soins dont cent cinquante hôpitaux et cinquante établissements pour personnes âgées. Si Google a déjà noué des partenariats avec d’autres groupes privés, jamais il n’avait pu approcher une entité aussi importante. Le contrat noué entre Ascension et Google, baptisé Nightingale (en référence à d’illustres cohortes épidémiologiques et bien sûr à la célèbre infirmière britannique à l'image encore très positive), que ces derniers n’ont pas démenti (et qui était connu des analystes financiers) prévoit le transfert des dossiers médicaux complets vers Google, afin de développer des programmes informatiques d’orientation vers les examens complémentaires et les traitements les mieux adaptés et des logiciels d’aide au parcours de soins.

Processus légal

Outre l’ampleur des données très confidentielles qui sont ainsi transmises, c’est l’absence de demande de consentement des patients qui concentre aujourd’hui l’attention de l’opinion américaine. Pourtant, l’absence d’information des intéressés ne relève probablement pas d’un processus illégal (aux États-Unis), puisque comme l’ont rappelé Google et Ascension, le Health Insurance Portability and Accountability Act permet depuis 1996 le partage des données par les acteurs privés du système de santé, tant que l’objectif est de l’aider à « assurer ses missions ».

Or, pour Google et Ascension leur partenariat répond parfaitement à cette logique.

Cependant, cette loi a été adoptée à une époque où l’accumulation de données numériques n’en était qu’à ses balbutiements et il n’est pas impossible que la multiplication des initiatives telles celle qui a été révélée hier incite les législateurs américains (et au-delà du monde entier) à plus de vigilance, ne serait-ce que sous la pression des patients et plus généralement des citoyens.

Aurélie Haroche

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