Les déclarations du professeur Christian Perronne suscitent un large tollé

Paris, le mardi 23 juin 2020 - La controverse médiatique autour de la pertinence d’un traitement par hydroxychloroquine des patients atteints de Covid-19 a régulièrement donné lieu à des joutes s’affranchissant de plusieurs règles déontologiques. La nécessité pour le médecin d’éviter de proposer des traitements « insuffisamment éprouvés » et les préconisations concernant la bonne confraternité ont effet été fréquemment oubliées sur les plateaux de télévision et plus encore sur les réseaux sociaux. Cependant, alors que l’efficacité de l’hydroxychloroquine est loin d’être l’unique sujet qui donne lieu à de telles dérives, notamment sur Twitter, la tolérance semble aujourd’hui impossible face à certaines outrances.

Incompétence et arrogance

Fervent défenseur du traitement préconisé par le professeur Raoult contre l’infection à SARS-CoV-2, associant hydroxychloroquine et azithromycine, le professeur Christian Perronne signe un livre au ton accusatoire décryptant la gestion de la crise par les pouvoirs publics, intitulé sans nuance : « Y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise? Covid-19: l'union sacrée de l'incompétence et de l’arrogance ». A l’occasion de la publication de cet ouvrage, le professeur Perronne a été interviewé par plusieurs chaînes de radio et de télévision, ce qui l’a conduit à émettre quelques informations qui ont stupéfait une partie de la communauté médicale.

Le traitement miracle volontairement écarté en raison de la corruption ?

Ainsi, le professeur Perronne a-t-il assuré que la mise en œuvre systématique du traitement prôné par Didier Raoult aurait permis de sauver 25 000 personnes en France, soit pratiquement l’ensemble des victimes de Covid-19. Dans son livre, il n’hésite pas même à assurer que selon l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille l’association hydroxychloroquine/azithromycine permettrait 100 % de guérison. Pour expliquer l’absence de mise en œuvre du traitement, le spécialiste de Garches met en cause la corruption de ses confrères. « C’est de la véritable corruption qui a plongé des dizaines de milliers de Français dans la mort, faut pas avoir peur des mots » a-t-il ainsi assuré, jugeant notamment que c’est ce mécanisme qui a conduit à la publication d’études négatives sur le médicament, qu’il qualifie de « bidons ». Le professeur Perronne a en outre voulu donner un exemple personnel de ce qu’il dénonce. « J’ai perdu mon beau-frère parce qu’il était hospitalisé à Nantes (…) Il aurait pu être sauvé par le traitement (…) ils ont laissé crever mon beau-frère » a-t-il ainsi décrit au micro de Jean-Luc Morandini, renchérissant encore après les questions de l’animateur : « Les médecins de l’hôpital, ils l’ont pas soigné ».

Applaudimètre

Ces propos qui suggèrent très directement un comportement volontairement nuisible de médecins suscitent l’indignation de beaucoup de praticiens. Ainsi, le Dr Nathan Peiffer-Smadja (service de médecine interne et de médecine infectieuse de l’hôpital Bichat) a-t-il lancé une pétition afin que le Conseil de l’Ordre se saisisse de l’affaire. Il considère en effet que le professeur Perronne aurait violé trois articles du code de déontologie par ses différents propos, dans la presse ainsi que dans son livre. Outre le défaut de confraternité et la promotion de traitements non éprouvés, le docteur Peiffer-Smadja estime que les déclarations du professeur Perronne concernant l’absence de traitement à des patients atteints de Covid-19 peuvent être considérées comme une atteinte à la dignité des personnes décédées. Or il rappelle que l’article 2 du code de déontologie impose : « Le médecin, au service de l'individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. Le respect dû à la personne ne cesse pas de s'imposer après la mort. »

Alors que cette pétition a récolté 2 034 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes (mardi 23 juin à 12h30), une pétition de soutien au Professeur Perronne initiée notamment par l’Association Vaincre Lyme (le praticien est en effet un fervent partisan de la reconnaissance de formes chroniques de la maladie de Lyme qui ne répondent pas aux descriptions qui font consensus) a récolté pour sa part 59 286 signatures. Heureusement, la vérité scientifique ne se décrète pas plus grâce aux sondages qu’au nombre de signataires de pétition.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • C’est un Tic ?

    Le 23 juin 2020

    Merci d’avoir mis en perspective l’antériorité, le combat solitaire du « Lyme Doctor ».
    Des soutiens patients (?) ou en tout cas populaires des militants borréliens (59 286 signatures ?!).
    LA Covid offre «l’opportunité» d’une audience potentielle beaucoup plus étendue : une nouvelle opportunité de Revanche ?
    L’analogie est tentante, Médiatisation & YT sont des outils vulgarisateurs communs.

    On doit évoquer le Poids du drame personnel évoqué par le Pr Ch Perronne, y compatire.
    Sans pour autant occulter l’antériorité mais aussi le Poids & l’Impact grand public des propos professoraux

    1- « Le défaut de confraternité » est un argumentaire qui ne vaut pas grand-chose à mon avis, il suffit de lire qq propos tenus des commentateurs du Jim.

    2- « La promotion de traitements non éprouvés » : difficile de documenter le contraire : Le COM consulté pour le Pr D Raoult ?

    3- « Les déclarations du professeur Perronne concernant l’absence de traitement à des patients atteints de Covid-19 » peuvent être effectivement considérées «comme une atteinte à la dignité des personnes décédées» MAIS SURTOUT comme un manque total de considération pour les familles concernées ou susceptibles de l’être.
    Mais qu’en pensent la direction de l’AP-HP ? Ou plus simplement qu’en pensent au quotidien nos COLLEGUES réanimateurs garchois ou même les propres collaborateurs du Pr Perronne ?


    ManuscriptS pour Manuscript : Je rappelle l’ EVOLUTION du travail RETROSPECTIF mono centrique de l’AP-HP (Raymond Poincaré) , instructive :
    PRE-PRINT 11 Mai :
    B Davido ,T Lansaman,S Bessis et coll on behalf of the COVID-19 RPC Team.Hydroxychloroquine plus azithromycin: a potential interest in reducing in-hospital morbidity due to COVID-19 pneumonia (HI-ZY-COVID)? medRxiv May 11, 2020
    «Conclusion: The present study suggests a potential interest of the combination therapy using HCQ/azithromycin for the treatment of COVID-19 in in-hospital patients»
    A soumettre dans une épreuve de lecture critique ?

    RETRAIT 20 Mai :
    "The authors have withdrawn this manuscript and do not wish it to be cited. Because of controversy about hydroxychloroquine and the retrospective nature of their study, they intend to revise the manuscript after peer review"
    Travail NON cité depuis

    Il reste à attendre la version revue, publiée. Dès à présent de nombreuses failles méthodologiques analysées : C Samer , F Curtin , KR Ing Lorenzini , P Vetter . Chloroquine, hydroxychloroquine et COVID-19 : Evaluation pharmacologique . Service de Pharmacologie et Toxicologie Cliniques – HU Genêve – V2.5 Mise à jour 20 MAI 2020 (Page 9)

    Une référence utile qui sera probablement critiquée , mais quand même :
    HAS : «Veille des études cliniques publiées pour certains médicaments du COVID19» Mise à jour 18/6/2020

    Qui peut m’indiquer les progrès thérapeutiques spéficiques réalisés en dehors de « moins d’intubations SVP » – Anticoagulation(s) + /- Déxaméthasone ?

    Déxaméthasone sponsorisée par le BigPharma BigData : Qui osera ?

    RECOVERY avance. Et nous : Statut de la collaboration interhospitalière française pour la recherche clinique, hors pédiatrie ?

    Qui veut nous suggérer une suppression des Randomisations ? Par voie de Référendum populaire ouvert à ceux qui souhaitent renverser les tables ou …. Les faire tourner ?

    Dr JP Bonnet

  • Il n'y a qu'à l'IHU qu'on a des résultats favorables à l'HCQ

    Le 24 juin 2020

    On apprends concomitament que le Pr Raoult, traite de "pieds nickelés" et "ignares" ceux qui osent emettre des doutes sur ses résultats, étayés par de nombreuses études contradictoires et surtout développées à plusieurs endroits du globe. En vrai, il n'y a qu'à Marseille, et plus précisément à l'IHU qu'on a des résultats favorables à l'HCQ.

    Imposer ses idées en injuriant ses détracteurs, en assénant l'argument ultime "vous êtes des nuls et (maintenant) des assassins", clore le débat en disant "moi je sais, vous non, alors taisez vous ", recueillir complaisement l'appui de citoyens clairement mal formés à la science par des réferendums, c'est quoi l'étape suivante ? Envoyer ses soutiens avec des battes de base ball corriger les "méchants" ?

    Dr E Orvain

  • Débranchez les Docteurs du canal médiatique

    Le 25 juin 2020

    Les médecins ne sont pas faits pour passer à la télé.
    Dans la plupart des cas, ils défendent leur opinion personnelle.
    Au pire ils se ridiculisent ou bien si ils sont réinvités, ils chopent le melon.
    L'audition d'hier est caricaturale, un PU-PH marseillais qui devrait être à la retraite fait son show devant des politiques ébahis et ignorant tout sur le sujet pour la plupart d'entre eux.

    Les réponses aux questions parfois précises sont un "gloubiboulga" de banalités, d'histoires de chasse ou d'affirmations péremptoires avec un peu de promo perso en passant sans oublier le dénigrement des confrères.
    Le problème, c'est qu' il n'est pas le seul et que les médias salivent de bonheur.

    Débranchez les Docteurs du canal médiatique.

    Dr Didier Jacqmin

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