Lettre ouverte au Président du Conseil de l’Ordre pour défendre le port systématique du masque et s’inquiéter des brigades [Tribune]

Paris, le lundi 11 mai 2020 - Le déconfinement qui débute aujourd’hui de manière très progressive repose sur différents outils et pratiques, dont le respect des mesures barrière, le traçage minutieux des chaînes de contamination et le port du masque. Quel poids respectif devrait avoir ces dispositifs ? Les discours officiels mettent principalement l’accent sur le rôle des « brigades » et sur l’observation de la distanciation sociale, au risque de quelque peu réduire l’utilité du masque. Une attitude que le professeur Jean Cabane, spécialiste de médecine interne (CHU Saint Antoine) et le docteur Joëlle Cabane regrettent, considérant que la généralisation du port du masque est une méthode permettant d’une part la responsabilisation des citoyens et d’autre part d’éviter des mesures risquant d’entraver la confiance entre médecins et patients. Dans cette lettre ouverte au Président de l’Ordre des médecins, les deux praticiens incitent l’instance à faire entendre sa voix sur ces sujets d’importance. Diffusée sur Facebook, cette missive a reçu de très nombreux échos favorables… mais pour l’heure, aucune réponse de l’institution.

Par le professeur Jean Cabane et le docteur Joëlle Cabane

Monsieur le Président,

Dans cette période troublée de la pandémie de coronavirus, nous arrivons à un point critique intolérable où il me paraît urgent et évident que la voix des médecins, représentés par leur Ordre, doit se faire entendre pour rétablir les bons caps. Je vous fais donc ici mes propositions, car nous entendons des choses très préoccupantes, de nature à compliquer beaucoup le déconfinement, et  à altérer la confiance que les malades et le grand public mettent en nous.

Il y a eu, et tout le monde le regrette, beaucoup de mensonges sur les masques. Si nous regardons les pays où l’épidémie a été le mieux contenue (Taiwan, Hong Kong, Corée), ce sont ceux où 100 % de la population met un masque, pas chirurgical mais « maison », dès qu’un virus est annoncé. A Hong Kong, aux portes de la Chine, 7 millions d’habitants tassés sur 25km2, seulement 4 morts...sans confinement autre que le masquage et la fermeture des écoles. Personne ne parle de « distanciation » parce que ce n’est ni nécessaire ni faisable. L’étude des femmes enceintes de New York a montré que les cas asymptomatiques de covid19 étaient 7 fois plus fréquents que les symptomatiques, donc restreindre les masques à tel ou tel est sans fondement, il faut que tout le monde soit masqué.

Cette position de masquage généralisé répond non seulement à la crainte de la 2° vague, mais elle valorise et responsabilise tous les Français, dont jusqu’ici je déplore plutôt l’infantilisation. Elle recentre l’action collective sur le seul mode de contamination du virus, la voie respiratoire. Même si certains veulent faire peur en montrant que le virus reste viable quelques heures sur une surface inerte, il n’a jamais été démontré qu’on pouvait se contaminer au SRAS-cov-2 par contact : il est donc tout à fait aberrant de promulguer des « gestes barrière » de lavage obsessionnel, de désinfection, d’application de gel hydroalcoolique, de précautions de bloc opératoire ; de même que de chercher à reprendre une activité des entreprises, des commerces, des transports, des spectacles, des écoles, lycées, etc...avec les préconisations de distanciation que nous entendons actuellement dans les média. La seule barrière efficace est le simple masquage qui répond aux questions de sécurité, et si les masques maison bien faits sont mis, cela limitera la consommation et la pollution énormes liées aux masques jetables.

Je suis très inquiet d’entendre la mise en place de « brigades » chargées de pister les contacts de patients covid19+, et d’une application sur smartphone dans le même but. Ceci relève du travail et de la responsabilité du médecin et uniquement du médecin. Je suis choqué qu’on puisse faire une pareille entorse au secret médical et qu’on puisse envisager que les libertés auxquelles nous sommes si attachés soient ainsi bafouées. Il en va de même de notre liberté de prescription, qu’il ne devrait pas être possible d’altérer, sous peine de voir la confiance de nos malades sérieusement écornée. Dans la même ordre d’idées, je n’accepte pas l’usurpation du rôle du pharmacien par l’État qui s’est arrogé le droit d’empêcher un pharmacien de dispenser une molécule courante (hydroxychloroquine).

Monsieur le Président, vous êtes sur un siège qui permet une prise de parole qui portera car elle sera empreinte d’une volonté légitime de recadrer les missions essentielles de notre profession, dans l’intérêt général. Demandez des mesures de bon sens et efficaces : des masques pour tous tant que le virus circule, pas de pistage ni de flicage mais un travail d’épidémiologie effectué par des médecins, liberté de prescription et monopole médical sauvegardés, pas de distanciation compliquée, infaisable, inutile. Et profitons-en pour redémarrer la santé sur un mode plus sain, libre et sans influence, tant en ville qu’à l’hôpital.

Merci d’avance, Monsieur le Président, de lire et de réfléchir vite à cette lettre ouverte.

Bien confraternellement.

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Vos réactions (4)

  • Bravo

    Le 11 mai 2020

    A diffuser largement.

    Dr Jean-Pierre Masini

  • Ecrans et distanciation

    Le 12 mai 2020

    Il est vrai que le simple port d'un écran antiprojections est une mesure à généraliser.
    Néanmoins l'imposer à toute la population, en toutes circonstances, c'est à dire à tout moment et en tous endroits, éloigné comme à proximité d'autrui, peut paraître comme une coercition autoritaire peu défendable par des preuves scientifiques.

    Il faut aussi signaler que cette mesure est difficile à mettre en œuvre chez les enfants, parmi lesquels pourraient se trouver des excréteurs de virus. Quant aux personnes qui ont une sérologie positive, elles pourraient arguer qu'elles n'excrètent pas de virus.

    D'autre part il n'est pas vrai que la distanciation soit inutile. Il est bien démontré au contraire que la contagiosité est proportionnelle à la proximité avec un sujet contact. C'est même le tout premier facteur d'expansion épidémique, et de loin. Un écran ne fait que réduire la probabilité à une distance donnée.
    Il est juste de dire que la contamination par contact avec une surface "contaminée" est un fantasme plus qu'une réalité, mais c'est une grave erreur de négliger le manuportage du virus, même s'il ne s'agit là que d'un aspect particulier de la nécessité de distanciation : ne pas échanger de poignée de main ou d'objets manipulés sans procéder à un lavage.

    Enfin, interpréter le port d'écrans faciaux comme le principal facteur de limitation du taux d'attaque dans certains pays, c'est négliger le facteur principal qui est un comportement social chez eux très différent - et très naturel.

    Dr Pierre Rimbaud

  • A diffuser largement

    Le 12 mai 2020

    Tout comme mon confrère JP Masini, un seul mot: bravo.

    Dr Bernard Deuxville

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