Lyme : la HAS désavouée par la direction générale de la santé !

Paris, le mardi 9 avril 2019 – En juin 2018, la Haute autorité de santé (HAS) proposait une réactualisation attendue de ses recommandations sur la prise en charge de la maladie de Lyme. Cette refonte avait été dictée par les revendications exprimées par certaines associations de patients, revendications pour certaines éventuellement pertinentes (concernant par exemple les limites de certains tests) et pour d’autres bien plus fantaisistes (car remettant parfois en question jusqu’à l’étiologie de la pathologie).

Une méthodologie discutable, un SSPT intriguant

Le texte de la HAS avait provoqué une forte désapprobation de la plupart des sociétés savantes concernées. Plusieurs points ont en effet alerté les experts qui ont refusé de s’associer aux recommandations. La reconnaissance d’un(e) Symptomatologie/syndrome persistant(e) polymorphe après une possible piqûre de tique (SSPT), qui pourrait être évoqué chez les patients ayant pu être « exposés aux tiques et qui présentent des signes cliniques polymorphes et non expliqués, pouvant être invalidants » avait ainsi suscité une consternation certaine. Une trop forte remise en cause de la pertinence des tests a également été regrettée, ainsi que l’absence de rappel clair sur l’inutilité des traitements antibiotiques au-delà de 28 jours. D’une manière plus générale, les responsables de sociétés savantes ont déploré une méthodologie semblant s’éloigner de la nécessité de se fonder le plus souvent possible sur des preuves scientifiques solides.

Des recommandations pour personne

Aussi le désaveu a été très large. La Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF), les responsables du Centre national de référence des Borrelia, du Collège de la médecine générale, du Collège des Universitaires de maladies infectieuses et tropicales et de plusieurs autres organisations ont pris leur distance avec ces recommandations de la HAS et ont notamment appelé à la suppression du chapitre entérinant l’existence du SPPT. Certains, dont quelques conseils départementaux de l’Ordre et le Collège national des généralistes enseignants sont même allés jusqu’à recommander aux praticiens de ne pas appliquer les recommandations de la HAS.

Des praticiens et des patients laissés sans repère

Cette fronde n’a pas pu être ignorée par les responsables des pouvoirs publics. Ainsi, en septembre, le Directeur général de la Santé, a adressé une lettre au président de la SPILF, Pierre Tattevin lui demandant d’élaborer de nouvelles recommandations pratiques « concernant la prévention, le diagnostic et le traitement de la borréliose de Lyme ». Bien qu’il ait lui-même participé aux travaux de la commission Lyme pour la HAS avant d’être nommé directeur général de la Santé, le professeur Jérôme Salomon estime en effet que la situation actuelle qui laisse les médecins et leurs patients dans l’incertitude et « sans repère » ne peut perdurer. Aussi, Jérôme Salomon insiste pour l’obtention d’un « document final (…) consensuel, pratique, cohérent, basé le plus souvent possible sur des preuves scientifiques ». Si le désaveu pour la HAS paraît cinglant, le patron de la DGS semble vouloir l’atténuer en invitant la SPILF à se baser pour l’établissement des nouvelles recommandations sur la « revue bibliographique » et les analyses réalisées par la HAS dans le cadre de son groupe de travail.

Une dissension qui fait tiquer

La réconciliation est cependant pour l’heure loin d’être envisageable, tant les positions des uns et des autres demeurent encore éloignées. « On assume le fait que c’est dommage de ne pas avoir la Haute autorité de santé à nos côtés pour ces recommandations. Mais on a les données, on a la science, on a les études cliniques qui montrent quels traitements bénéficieront aux patients » a récemment argumenté devant une commission spéciale du Sénat, Pierre Tattevin. Cette commission doit demain entendre Jérôme Salomon et la présidente de la HAS Dominique Le Guludec qui seront sans doute pressées de questions sur cette dissension manifeste dont tous s’accordent en tout cas pour admettre qu’elle est préjudiciable aux patients.

Aurélie Haroche

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