Reprise des spectacles : une acrobatique mise en scène

Paris, le samedi 9 mai 2020 - « Propositions d’un processus de réouverture des lieux de spectacles, de tournage et de répétition » : voilà le titre d’une œuvre capable de susciter le rêve et le réenchantement.

Dans un rapport détaillé, le Professeur François Bricaire, membre de l’Académie de médecine et ancien médecin de garde de la Comédie Française, a établis un certain nombre de préconisations afin d’envisager une réouverture progressive de l’activité culturelle. Pour l’auteur, les activités culturelles, bien que « moins essentielles à la vie de la nation que la fourniture en nourriture ou en énergie », sont « une réponse au besoin essentiel des populations de s’informer, de se cultiver ou de se distraire ».

L’idée générale du rapport est la suivante : les activités de spectacles peuvent faire partie d’un plan de déconfinement « si les opérateurs sont prêts à s’engager pour des spectacles garantissant une bonne sécurité sanitaire. »

Une chose est sure : les salles de spectacles ne seront plus vraiment comme avant.

Les prescriptions sanitaires pour le public

Commençons tout d’abord par les préconisations pour les spectateurs. Le rapport préconise le lavage des mains au gel hydroalcoolique, le port du masque et un mètre cinquante d’espace entre chaque spectateur.

Les salles devront donc être réaménagées pour éviter les attroupements et les regroupements (rangs condamnés, une place disponible sur deux…).

Pour les théâtres ou les salles de cinéma, le rapport recommande de laisser un à deux sièges entre les spectateurs, selon le degré de circulation du virus, d'aérer la pièce pendant 10 à 15 minutes après la séance, mais aussi de changer "régulièrement" les filtres de la climatisation.

Autre point étonnant du rapport : les entractes devront être supprimés pour éviter les mouvements de spectateurs…

Modifier la mise en scène ?

Mais une salle de spectacle n’est pas composée que de spectateurs… le rapport n’hésite pas à aborder la question de la mise en scène ! Il rapport invite les réalisateurs à « adapter la mise en scène » pour permettre la distanciation des acteurs sur scène (ce qui risque de rendre difficile l’organisation d’un ballet) !

A défaut, des campagnes de dépistage systématiques devraient pouvoir être déployées pour limiter les risques de transmission du virus.

Les membres des orchestres devront également faire l’objet d’une distanciation sociale : heureusement, les joueurs d’instruments à vent seront dispensés du port du masque obligatoire !

Un monde du spectacle compréhensif, mais sceptique

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le rapport Bricaire a fait l’objet d’un accueil mitigé par le monde du spectacle. Ainsi, de nombreux propriétaires de théâtres ont souligné le gigantesque manque à gagner. D’après ces derniers, il serait plus couteux économiquement de réouvrir une salle (avec un taux de remplissage bas) que de maintenir la fermeture.

Stéphane Lissner, directeur de l’Opéra de Paris, ne cache pas son inquiétude : « supprimer les entractes pour un opéra de cinq heures comme Tristan et Isolde, de Wagner, c’est impossible, pour les chanteurs. Faire entrer 2 700 personnes à Bastille et 2 000 à Garnier en respectant les distances, c’est impossible. La distance dans la fosse d’orchestre, dans les chœurs, c’est impossible (…) Je pense qu’il faut être lucide : en ce qui concerne l’Opéra de Paris, on ne peut pas proposer de spectacles au rabais dans lesquels l’exigence artistique serait mise à mal. Est-ce à dire que l’Opéra de Paris n’ouvrira pas ses portes à la rentrée ? Je suis bien obligé de constater qu’aujourd’hui, pour respecter les règles de sécurité, on ne peut pas ouvrir. »

Dans ce contexte d’impatience, les théâtres et les salles de spectacle pourront sans doute proposer une adaptation actualisée de En attendant Godot.

C.H.

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