Tests PCR : les laboratoires de biologie médicale au bord de la rupture

Paris, le mardi 21 juillet 2020 – L’objectif affiché à l’issue de la période de confinement était de pouvoir réaliser 700 000 tests de dépistage virologique par semaine. Si les efforts nécessaires ont été déployés pour permettre à la France de disposer du nombre d’écouvillons et de réactifs nécessaires pour satisfaire cette fréquence, la question des moyens humains et organisationnels n’a pas été résolue. Or aujourd’hui, les files d’attente s’allongent aux abords des laboratoires d’analyse médicale dans plusieurs régions et départements de France et notamment en Ile de France, dans les Hauts de France et en Mayenne. Cette situation qui n’est pas encore quantifiée par Santé publique France (SPF) mais qui est signalée depuis plusieurs jours par les syndicats de biologistes, qui a été rapportée aux Agences régionales de santé et qui est constatée par les patients, augmente sensiblement les délais d’attente pour la réalisation des prélèvements et l’obtention des résultats.

Une demande en forte augmentation

Cette demande accrue s’explique par de multiples facteurs. D’abord, les prescriptions de tests PCR sont en augmentation, non seulement parce qu’elles sont plus systématiquement délivrées en cas de suspicion clinique, mais aussi parce que dans certaines localités, la circulation du virus est plus active. De la même manière, les préconisations de surveillance élargie autour des clusters supposent la multiplication des tests.

Parallèlement, un nombre croissant de patients non symptomatiques sont aujourd’hui "candidats" au dépistage virologique. Dans les Hauts de France et en Ile de France plusieurs dizaines de milliers de foyers ont ainsi reçu des invitations de la CNAM à se faire dépister gratuitement.

Par ailleurs, à la veille de départs en vacances vers des pays étrangers ou des localités françaises imposant la réalisation d’un test ou dans une moindre mesure auprès de personnes âgées vulnérables, d’autres demandes s’ajoutent. Enfin, dans le cadre de la réouverture des blocs opératoires, des tests PCR sont systématiquement demandés.

Des moyens restreints

Parallèlement, dans les laboratoires médicaux, les moyens sont réduits. D'une part, longtemps en recul, l’activité habituelle des laboratoires d’analyse est désormais semblable à l’accoutumée, voire en légère augmentation compte tenu de la réouverture des blocs opératoires ou de la reprise par exemple des actes de procréation médicalement assistée, avec une volonté d’essayer de rattraper en partie le retard pris. D'autre part, une partie des personnels est aujourd’hui en congés ; tandis que les obligations de désinfection des locaux allongent les temps de prélèvement ou complexifient les organisations.

Priorité aux symptomatiques !

Face à cette situation, le gouvernement doit tenir à la fin de semaine une réunion avec les acteurs concernés. Plusieurs pistes sont à l’étude. Certaines mesures ont déjà été prises, telle l’autorisation donnée aux techniciens de laboratoire de réaliser des prélèvements. Le recours aux étudiants en médecine et aux chirurgiens-dentistes pourrait être également envisagé. Des transferts de professionnels des régions connaissant de faibles demandes vers d’autres plus en tension pourraient également être envisagés. Le président du Syndicat national des biologistes, François Blanchecotte estime également qu’un important levier d’action concerne l’assouplissement de certaines contraintes administratives qui « nous prennent trop de temps ». Les discussions pourraient également aboutir à multiplier les centres de prélèvement, notamment de type drive-in qui permettent d’économiser le temps de désinfection.

Enfin, des recommandations pourraient (devraient) être prises pour donner la priorité aux patients symptomatiques. C’est la préconisation de nombreux observateurs, de François Blanchecotte à Aurélien Rousseau, président de l’Agence régionale de santé d’Ile de France en passant par le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy.

Tests pour tous : une utopie dangereuse !

On voit que ce contexte n’est pas favorable à l’application immédiate du souhait formulé par le Président de la République, qui lors de son allocution du 14 juillet a déclaré : « Nous allons permettre à toute personne sans prescription médicale, même quand elle n’a pas de symptômes, si elle a un doute, une crainte, de pouvoir aller se faire tester ». Alors que l'accessibilité aux tests est aujourd’hui critique, une telle perspective ne peut qu’inquiéter les biologistes, d’autant plus que pour permettre de s’assurer de son "statut", les tests devraient être régulièrement répétés. « S’il faut retester des millions de gens tous les 15 jours, ça ne va pas être possible » prévient ainsi dans le Monde, le président du Syndicat national des biologistes.

Ainsi, on le devine, la réunion de cette semaine a également une visée diplomatique alors que les tensions s’exacerbent entre les laboratoires d’analyse et les autorités. Ainsi, par exemple une campagne de dépistage massif dans les Hauts de France a été lancée sans préparation possible des biologistes : « La liste des 72 communes concernées nous avait été communiquée à la dernière minute, et nos standards se sont retrouvés submergés d’appels », explique ainsi Jean-Charles Dugimont, vice-président du Syndicat des biologistes. Les professionnels ont donc dû dans l’urgence mettre en place une plateforme pour organiser la prise de rendez-vous.

Éviter ce type de couac à l’avenir et limiter les déclarations d’intention contre productives apparaissent indispensables pour permettre une organisation sereine et efficace du dépistage.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (8)

  • Tout comme avec "la question des masques" pendant plus de trois mois...

    Le 21 juillet 2020

    ... le "PERFORMATIF" (Qui réalise une action par le fait même de son énonciation : https://www.cnrtl.fr/definition/performatif), ne suffira pas...

    Les prescriptions lamentablement "jacobines", ne sont vraiment plus d'actualité et ce, depuis très longtemps.

    Dr Frédéric Lascoutounax

  • Toujours hors sol les bureaucrates ..

    Le 22 juillet 2020

    ... qui concoctent leurs petits plans theoriques sans jamais contacter les acteurs de terrain pour savoir ce qui est rééllement possible : la gestion "à la française", tout en theorie, et sans EVALUATION.

    Dr Pierre Baque

  • Injustifiés !

    Le 22 juillet 2020

    Dans certains laboratoires, le dépistage pré-op représente au minimum 30% des prélèvements. Cela sur la base de recos de société d'anesthésie basées sur du vent. L'intérêt est nul lorsqu'on se réfère aux performances réelles des tests.

    Le dépistage de masse ? Vu ces mêmes performances on finit par se retrouver avec des faux positifs dont on ne sait que faire et qui sont certainement parfois comptabilisés en clusters !

    Juillet-Août ? Les compagnies aériennes, les centres de vacances etc... mobilisent à eux seuls une part non négligeables de la demande en tests. Est-ce bien raisonnable ? D'autant que certains voyageurs n'hésitent pas à simuler des symptômes auprès d'un médecin pour se faire rembourser...

    La seule indication de ces tests devrait être le patient symptomatique, puis ses contacts en cas de résultat positif (quoi que le confinement systématique des contacts réels serait préférable, toujours au regard des performances).

    Le statut des asymptomatiques reste sujet à caution. Personne n'est capable de dire combien de contaminés SARS-CoV-2 sont totalement asymptomatiques (je ne dis pas pré-symptomatiques) ni s'ils sont réellement contaminants pour le voisin... l'OMS avait son avis là-dessus mais devant la levée de boucliers (non argumentée), elle est revenue sur ses pas.

    Bref, mister president, faut arrêter de dire des conneries et valoriser le principe de tests pour tout le monde quel que soit le contexte. Ces tests ont des performances et une validité chronologique qui ne les légitime que dans des situations bien précises.

    Dr EG

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