Un couac jusque dans les recommandations d’administration du vaccin ?

Paris, le jeudi 7 janvier 2021 – « Ce n’est quand même pas difficile – même pour un service du ministère – de recopier correctement la procédure du laboratoire ». L’agacement, à peine masqué, est celui du gériatre Laurent Fignon, constatant que les recommandations d’administration du vaccin Pfizer-BioNTech contre la Covid-19 précisées par le ministère de la Santé différaient de celles du laboratoire.

Des photos qui ne trompent pas

Depuis le début de la semaine, avec la publication notamment d’images de médecins médiatiques se faisant vacciner, certains observateurs ont commencé à s’inquiéter de constater que la procédure d’injection n’était pas adaptée au vaccin Pfizer-BioNTech. Ainsi, le geste caractéristique du « pli cutané » fréquemment remarqué n’est pas indiqué dans le cadre d’une vaccination intramusculaire, requise par le produit Pfizer-BioNTech. « Attention, l’injection du vaccin Pfizer doit être faite en IM, or l’on voit des photos ou manifestement elle est faite en SC (pas la bonne aiguille et la peau pincée) » alertait ainsi le 4 janvier sur Twitter, le professeur Gilles Deray.

Qui s’y frotte, s’y pique

Pourtant, la technique utilisée par les professionnels qui ont administré les premiers vaccins correspondait au suivi rigoureux des préconisations du ministère de la Santé dans son protocole publié fin décembre. Ce dernier vient d’être modifié pour reprendre fidèlement les instructions de Pfizer.

Mais le choix d’une injection en sous cutanée plutôt qu’intra-musculaire est également lié aux aiguilles courtes (les fameuses aiguilles oranges) qui sont aujourd’hui majoritairement à la disposition des équipes. Des aiguilles plus profondes sont attendues, et certains considèrent que la précipitation de ces derniers jours (même si une fois encore ce type d’information est connu depuis au moins la mi-novembre) est probablement à l’origine des erreurs de livraison.

Tapotage…

Malheureusement, les ratés des préconisations de l’administration du vaccin ne s’arrêtent pas là. Manquait également dans le protocole du ministère de la Santé (même si l’information n’était pas absente des fiches de l’Agence nationale de sécurité du médicament) la précision de « retirer 1,8 ml d’air dans la seringue vide » lors de la constitution des doses. Or, l’absence de cette étape peut inciter certains à « tapoter » la seringue afin d’en éliminer les bulles d’air, un geste fortement déconseillé par les fabricants afin de protéger la stabilité du vaccin. Là encore, l’erreur a été réparée mais un peu tard.

Pas de service de relecture dans les arcanes du ministère ?

Probablement liée en partie à une différence d’habitudes médicales, avec en France une préférence ancienne pour les injections sous cutanées de vaccins (quand l’intramusculaire est plus fréquente dans les pays anglosaxons), ces erreurs peuvent-elles avoir une incidence sur l’efficacité du vaccin ? Difficile à déterminer, mais il semble peu probable en tout état de cause, plus encore dans le contexte de fébrilité actuel, que ceux qui auront été vaccinés en sous cutané soient rappelés ou alertés (en espérant que la deuxième dose leur soit correctement injectée). Enfin, pour ajouter un nouveau chapitre aux multiples commentaires sur les errances de notre bureaucratie, on peut se demander à quoi peut servir une obsession du contrôle quand des erreurs aussi nombreuses (et aussi faciles à éviter) sont commises ?

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Une question

    Le 08 janvier 2021

    Le fait de retarder la 2 ème injection du vaccin Pfizer de 3 à 6 semaines donne t-il une aussi bonne protection? Quelles sont les données?

    Pr Henri Rochefort

  • Citons Cicéron !

    Le 08 janvier 2021

    "Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra?"
    La colère de Cicéron contre Catilina portait sur de graves méfaits, pas sur des erreurs même répétées. J'aime cette phrase si célèbre de nos versions latines pour sa poésie et parce qu'elle nous montre que l'agacement, la colère, voire l'indignation font partie de notre patrimoine et peut être parfois de nos devoirs citoyens.

    Dr Vincent Praloran

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