Une troisième dose de vaccin à ARNm recommandée pour tous les soignants… en attendant une « nécessaire » campagne générale

Paris, le jeudi 7 octobre 2021 – Depuis le début du mois de septembre, 1,3 million de Français ont reçu une vaccination de rappel contre la Covid (par un vaccin à ARNm), soit 7 % des 18 millions de personnes jusqu’à aujourd’hui éligibles : résidents en établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes ou en unités de soins de longue durée et personnes de plus de 65 ans, immunodéprimées ou à haut risque de forme grave. Le rythme des « troisièmes » injections est stable (40 000 par jour), tandis que le nombre de nouveaux rendez-vous est pour sa part en hausse.

Recommandée pour tous les soignants mais pas obligatoire (pour l’instant ?)

Il pourrait encore progresser alors qu’au lendemain du feu vert de l’Agence européenne du médicament (EMA) quant à la possibilité d’utiliser le vaccin Comirnaty (Pfizer/BioNTech) pour réaliser des vaccinations de rappel, la Haute autorité de santé (HAS) a décidé d’élargir le périmètre de la campagne française, précisé fin août. Ainsi, l’institution préconise-t-elle qu’une dose supplémentaire soit administrée à toutes les personnes travaillant « auprès des personnes vulnérables, à la fois plus exposées et plus à risque de transmettre la maladie (professionnels de santé, du secteur médico-social et du transport sanitaire, y compris les bénévoles, ndlr), ainsi que l’entourage des personnes immunodéprimées ». Cela représente un peu moins de 4 millions de personnes au total (3,5 millions de personnes travaillant auprès de personnes vulnérables et 350 000/400 000 dans l’entourage de ces dernières). Concernant les professionnels de santé, et alors que l’Ordre des médecins avait déjà il y a un mois souligné l’importance que les praticiens soient inclus dans la campagne de rappel, la HAS note : « Limiter la transmission du virus SARS-CoV-2 et protéger les plus vulnérables reste primordial. Il est donc nécessaire de renforcer la protection vaccinale des populations les plus exposées au virus et susceptibles de transmettre la maladie aux personnes étant à leur contact, en particulier si celles-ci sont à risque de faire une forme sévère de Covid-19 ou d’en mourir. Or, en dépit des précautions prises, on observe toujours un nombre significatif d’infections par le SARS-CoV-2 en établissement (de soins ou d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ». Cependant, le gouvernement a aujourd’hui précisé que cette vaccination de rappel ne serait pas obligatoire. Elle devra en outre être réalisée par un vaccin à ARNm, non seulement Comirnaty (Pfizer/BioNtech) mais également en France Spikevax (Moderna), même si ce dernier n’a pas encore été l’objet d’un feu vert de l’EMA dans cette indication. Sur ce point, la HAS indique : « Les données de pharmacovigilance françaises ne remettent toutefois pas en cause son utilisation avec une dose complète dans le cadre de la campagne de rappel qui a débuté mi-septembre avec les vaccins à ARNm disponibles ». Par ailleurs, la vaccination de rappel doit se faire au moins six mois après l’administration de la dernière dose.

Données en vie réelle

Pour rendre cet avis, la HAS s’est appuyée sur des « données d’efficacité observées en vie réelle » citées notamment dans un rapport de la Food and Drug Administration. La HAS signale ainsi que ces dernières « montrent (…) des cas d’infections 11,3 fois moins élevés et des cas de formes graves 19,5 fois moins élevés parmi les personnes ayant eu une dose de rappel que chez celles n’en ayant pas bénéficié ». Elle poursuit encore : « L’administration d’une dose de rappel diminuerait également la charge virale et de fait, probablement la contagiosité des personnes développant une infection par le SARS-CoV-2. En matière de tolérance, les données israéliennes observées en vie réelle, quoiqu’encore limitées en termes de recul, semblent montrer un profil de tolérance global de la dose de rappel généralement comparable à celui observé après l’administration de la seconde dose de vaccin ».

Trop tôt pour une inévitable campagne généralisée

Cet avis ne ferme nullement la porte à une campagne de rappel généralisée. Sur ce point, la HAS remarque : « l’amélioration de la situation sanitaire et les données encore limitées sur les conséquences d’un déclin de l’efficacité vaccinale au cours du temps chez le jeune adulte sans comorbidité ne justifient pas à ce stade de recommander l’administration d’une dose supplémentaire en population générale. La HAS souligne toutefois que l’administration d’une dose de rappel deviendra probablement nécessaire au cours des mois qui viennent. La HAS sera donc amenée à revoir ses recommandations dès que des données nouvelles le justifieront, d’autant plus que de nouveaux vaccins adaptés aux variants ou des schémas vaccinaux différents pourraient être disponibles ».

Une telle conclusion présentée à la veille d’un nouveau refus par le gouvernement de lever les dernières restrictions encore en vigueur ainsi que l’utilisation du passe sanitaire confirment combien les autorités veulent pouvoir compter sur tous les outils existants pour pouvoir faire face à une éventuelle reprise épidémique.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (8)

  • Je l'ai fait

    Le 08 octobre 2021

    Médecin, 62 ans, sans comorbidité, vacciné en janvier et février.
    Ayant vacciné hier en collège, il se trouve qu'il restait une dose inutilisée(donc destinée à la poubelle)...et j'ai demandé et reçu cette 3ème dose. Aucun effet secondaire à ce jour.
    Je pense que j'ai simplement devancé l'appel...
    Au delà de mon cas anecdotique, j'invite tous mes patients éligibles à recevoir la 3ème dose en leur expliquant les raisons scientifiques, certes encore parcellaires, mais convaincantes.
    Et, après explication, ils en comprennent les raisons.

    Dr Thibault Heimburger




  • Oui, trois fois oui

    Le 10 octobre 2021

    Ayant eu la covid en mars 2020, sévère, avec complications thrombotiques, je viens d'avoir ma 3ème dose.
    Oui au rappel. Un peu fatigué des anti-tout...

    Pr André Muller

  • Expérience personnelle

    Le 10 octobre 2021

    Je viens de faire de même hier matin en m'incluant parmi les 36 Moderna que j'ai fait ce WE chez tous les profils vaccinal passés de patients, Astrazeneca, Janssen, Pfizer ou Moderna dès 4 mois (et non 6 ) de délai. En expliquant à chacun leur cas et expliquant le bug informatique des pass temporairement non valides ! Notamment Moderna derrière un Janssen ! Bravo les informaticiens !

    La has a toujours 10 mètres de retard...

    Dr Patrick Cadot (médecin de campagne)

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