Variant anglais : la France à l’orée d’une flambée ?

Paris, le vendredi 8 janvier 2021 – Le variant du SARS-CoV-2 VOC-202012/01 dit variant anglais est désormais largement dominant en Grande-Bretagne. Il a la particularité d’être environ 60 % plus contagieux que la souche la plus répandue de la Covid-19. Un premier cas de ce variant avait été identifié en France le jour de Noël.

Un cas inquiétant

Hier, en conférence de presse le ministre de la santé Olivier Véran a fait part du fait que 19 cas de patients infectés par ce variant avaient été détectés à ce jour, dont un inquiète particulièrement.

Il s’agit d’une patiente, domiciliée en région parisienne qui travaille dans deux établissements scolaires de la ville de Bagneux, qui n’a pas voyagé au Royaume-Uni et n'a pas eu de contact avec des personnes y ayant séjourné récemment. Aussi, le ministère de la Santé indique « une importante investigation a été lancée par l’ARS d'Île-de-France pour identifier les personnes contact et casser rapidement les chaînes de transmission ».

Par précaution, les enseignants et les personnels des écoles concernées seront testés vendredi, de même pour ce qui est des enseignants d'un collège voisin.

Un dépistage massif sera en outre proposé aux habitants de la commune, sous l'autorité de l'ARS samedi, dimanche et lundi.

Le ministre évoquait aussi un possible agrégat en Bretagne dans une USLD gériatrique, mais les dernières analyses semblent écarter la responsabilité du variant anglais.  

Le plan de bataille d’Olivier Véran

Dans ce contexte, le ministre de la Santé a expliqué la stratégie mise en place par le gouvernement. "Tous les laboratoires et centres de recherche et Santé Publique France sont mobilisés pour traquer le variant. Ce jeudi et demain, tous les tests PCR douteux, c'est-à-dire pouvant suggérer qu'il s'agit d'un variant anglais, seront analysés sur nos plateformes pour du séquençage génétique pouvant permettre de dénombrer les cas précis de variants à date sur le territoire national".

Rappelons que ce variant anglais est à l’origine de faux négatifs avec certains kits de test PCR.

Deuxième pilier de cette stratégie : intensifier les "opérations de dépistage" dans les écoles, alors que ce variant est plus contagieux chez les enfants (mais ne semble pas provoquer plus de forme grave dans cette population comme cela avait été un temps évoqué).

Le troisième pilier de la stratégie française consiste à limiter les échanges avec le Royaume-Uni. Les frontières resteront ainsi fermées jusqu'à nouvel ordre a déclaré Jean Castex jeudi soir. Les seules personnes autorisées à entrer sur le territoire sur dérogation devront présenter un test négatif de moins de 72h…ce qui nous l’avons vu n’est pas forcément un gage de sécurité sanitaire avec ce variant !

Un révélateur d’insuffisance française ?

Pour certains spécialistes, ce variant anglais pourrait révéler une insuffisance française en matière de séquençage génétique.

Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon à Paris détaille ainsi : « On n'a pas une base de données nationales de tous les séquençages d'abord, et deuxièmement, on ne séquence pas assez. Les laboratoires de virologie séquencent 100 fois moins que les Britanniques ».

Conscient de cette problématique, Olivier Véran avait toutefois indiqué que les efforts d'analyse français seraient amplifiés. "Nous allons continuer de chercher le variant on va chercher encore plus fort d'ailleurs", avait-il ainsi fait valoir sur BFMTV le 22 décembre.

Sombres perspectives

Quoi qu’il en soit la découverte de 19 cas de variant anglais est de mauvaise augure.

Pour le président du Conseil scientifique, "il faudra alors frapper très fort" pour casser les chaînes de contaminations si ce variant se repend, quitte à appliquer des mesures beaucoup plus contraignantes que le couvre-feu actuellement en vigueur.

Or, dans Marianne, Bruno Canard, spécialiste des coronavirus au laboratoire architecture et fonction des macromolécules biologiques au CNRS Aix-Marseille estime "Vu ce qu'il se passe en Angleterre, il est quasiment certain que ce nouveau mutant va prendre comme une traînée de poudre (…) Il n'y a certes pas de circulation active, mais on ne peut pas prendre pour argent comptant le nombre de cas annoncé, alors que l'on détecte beaucoup moins que les Anglais. Je pense qu'il est déjà en train de se promener et de s'amplifier, en sachant qu'il est arrivé à Bayonne avec une équipe de rugby et qu'il y en avait déjà à droite à gauche".

Xavier Bataille

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Vos réactions (4)

  • « L’orée d’une flambée ? » : Vraiment ?

    Le 10 janvier 2021

    Il a été N fois rappelé que les modifications génomiques NON significatives , non impactantes , pluri-hebdomadaires des virus à ARN font partie de leur écologie adaptative … ou du hasard

    Les intitulés «Variants » , «Mutants» ont été régulièrement utilisés : Le premier semble actuellement privilégié : Moins anxiogêne maintenant que des évènements IMPACTANTS sont surligner :
    Zhang, L., Jackson, C.B., Mou, H. et coll . SARS-CoV-2 spike-protein D614G MUTATION increases virion spike density and INFECTIVITY. Nat Commun 2020 26 NOVEMBRE ,11, 6013 doi.org/10.1038/s41467-020-19808-4

    J’ai apprécié une mise au point didactique (3pages) qui mérite d’être consultée :
    Lauring AS, Hodcroft EB. Genetic VARIANT of SARS-CoV-2—What Do They Mean? JAMA. January 06, 2021. doi:10.1001/jama.2020.27124


    • « Olivier Véran a fait part du fait que 19 cas de patients infectés par ce variant avaient été détectés à ce jour » . Ce chiffre , si il était « exact » , SOUS-évalue grandement la problématique

    • « Tous les laboratoires et centres de recherche et Santé Publique France sont mobilisés pour traquer le variant.» . Il n’y sont PAS préparés sur le plan humain & technique
    On entendra que les outils attenant ne se décident pas d'une semaine pour l' autre . Il faut être particulièrement crédule pour croire que les choses seront accélérées sur simple requête ministérielle
    Le ressources évoquées sont utilisées pour bien d’autres sujets : Déshabiller Paul pour ….

    • L’évocation érronée du soi-disant «variant anglais» analysé au CHRU de Rennes ne peut qu’ajouter à la confusion
    A nouveau approximations puis MENSONGES , après Masques , Tests , « Seuil des 5000cas »: « Si le Vert est dans le Fruit : Qui mangera le Fruit » ?

    Notre INCAPACITE nationale durable à l’EPIDEMIOLOGIE MOLECULAIRE fut un choix privilégiant une épidémiologie historique , un an après la première publication du séquençage inaugural en ligne le 7/1/2020 : Wu F, Zhao S, Yu B et coll . A new coronavirus associated with human respiratory disease in China. Nature. 2020 Mar;579(7798):265-269
    doi: 10.1038/s41586-020-2008-3
    Toute évaluation nationale , chez l’adulte comme chez l’enfant , est ERRONEE en regard de VRAIES démarches collaboratives alimentant les bases de données existantes : cf UK – USA – AUSTRALIE – NOUVELLE ZELANDE – AFRIQUE DU SUD vs Europe continentale

    Il était illusoire de penser que les variants significatifs décrits restent … confinés dans leur territoire d’«émergence» ou plus exactement de description

    TOUTE AFFIRMATION NATIONALE SOUS EVALUE ainsi l’incidence des «VARIANTS» et reste «Wind - Based» faute d’outil d’évaluation jugé jusque là non prioritaire mais vulgarisé ailleurs : Sélection des PCR+ (Pré-séquençage) – Séquençage : Chronophage – Couteux


    L’implication des «Variants» sur les quelques Acquis à revisiter éventuellement ouvre LA boite de Pandore tant redoutée :
    • Sur la clinique : Plus de « jeunes » , enfants inclus , mais pas plus sévères ?
    • Sur la fiabilité des TESTS de diagnostic ou de dépistage en distinguant PCR & Antigéniques avec alors des assertions discordantes : Cf JIM 30/12/2020 « Variant anglais en France : un argument de plus en faveur des tests antigéniques ? »
    • Sur la CONTAGIOSITE : MAJOREE . Les «plus 50-70%» souvent mentionnés méritent d’être documentés . Proportionnellement plus de formes sévères à attendre avec l’impact humain , logistique et sanitaire attenant
    • Sur la DYNAMIQUE de transmission , sur les délais et durée de contagiosité
    • Sur l’EFFICACITE vaccinale : Les doutes évoqués incitent à l’ACCELERATION sur la base des n platteformes existantes ou à venir mais aussi des tergiversations nationales copieusement décriées . Une plus grande agilité adaptative des plateformes ARN est à attendre

    Leur implication éventuelle dans les acutisations en cours dans le Grand Est ou dans le Sud-Est restera sans réponse : « L’orée d’une flambée ? » : Vraiment ?

    Dr JP Bonnet

  • A lire sur ce sujet

    Le 11 janvier 2021

    https://www.lemonde.fr/blog/realitesbiomedicales/2021/01/07/inventaire-de-mutations-dune-region-cruciale-du-sars-cov-2-influant-sur-la-reponse-en-anticorps/

    PR

  • Pateaugeage logistique et branlouillis mediatique

    Le 11 janvier 2021

    1) évidemment que le variant anglais est déjà là, demandez-donc aux chauffeurs routiers qui circulent entre le continent et les iles britanniques

    2) à quoi sert de s'exciter sur le dépistage de ce second variant, puisque a) il est sensible aux vaccins actuels et b) cela ne change rien à la nécessité d'appliquer EFFICACEMENT les mesures-barrières, individuelles (masque, lavage mains, distanciation) et collectives (depistage-isolement, fermeture des commerces et autres non-essentiels, confinement adaptés au plan régional).

    Si nos "gestionnaires" arrêtaient de tourner en rond comme des canards sans tête, déchirés entre pragmatisme sanitaire, inquiétudes économiques et médiatisation démagogue, et trouvaient enfin le courage de prendre des VRAIES décisions même impopulaires, la circulation virale s'effondrerait. Ils n'ont même pas besoin de réfléchir, juste de regarder comment font les pays sérieux.

    Dr Pierre Baque

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