Beaucoup (trop) de cannabis pour les étudiants en médecine français

Au sein de l’Europe de l’Ouest, l’un des pays où la consommation de cannabis est la plus élevée n’est autre que…la France. Et les étudiants en médecine n’échappent pas à ce phénomène ainsi que le montre la BOURBON Study.

Il s’agit d’une étude nationale transversale à laquelle ont participé 10 985 étudiants en médecine (âge moyen 21,8 ± 3,3 ans ; hommes : 32 %) recrutés au sein de 35 centres hospitalo-universitaires par le biais des réseaux sociaux et des listes administratives.

L’étude s’est déroulée entre décembre 2016 et mai 2017. La consommation de cannabis a été évaluée à partir des réponses des participants à un questionnaire anonyme adapté. La dépendance a, pour sa part, été estimée à partir d’un outil validé, le CAST (Cannabis Abuse Screening Test), un score ≥ 3 permettant d’évoquer cette dépendance.

Près de 15 % de consommateurs et plus de 5 % de dépendants

La consommation de cannabis concernait 1 642 étudiants (14,9 %) avec une dépendance patente pour 622 d’entre eux (5,2 %). Les hommes apparaissent davantage à risque de succomber au cannabis (22,4 % versus 11, 5 % pour les femmes) et il en va de même pour le risque de dépendance (10,6 % vs 3,4 %).

Une analyse multivariée a permis d’identifier plusieurs facteurs exposant à la consommation de cannabis et à la dépendance : sexe masculin, tabagisme, consommation abusive d’alcool, divorce des parents, antécédents d’agression physique et moindre nombre de semaines professionnellement chargées (≥ 40 heures hebdomadaires).

Trois variables ont été plus spécifiquement associées au risque de dépendance, témoignant d’une exposition plus intense au cannabis : consommation d’hypnotiques, suivi psychiatrique et antécédent d’agression sexuelle. Seuls 17 % des participants en état de dépendance étaient suivis sur le plan psychiatrique.

Cette étude transversale attire l’attention sur l’usage trop fréquent du cannabis chez les étudiants en médecine français : 15 % environ de consommateurs et 5 % environ de sujets dépendants. C’est chez les hommes que les chiffres sont les plus élevés. La dépendance ne suscite que (trop) rarement un suivi psychiatrique : ces données incitent à l’élaboration de politiques de santé publique ciblant les facultés de médecine où le cannabis devrait avoir encore moins sa place qu’ailleurs.

Dr Giovanni Alzato

Référence
Fond G et coll. : Prevalence and associated factors of cannabis consumption in medical students: the BOURBON nationwide study. Eur Arch Psychiatry Clin Neurosci., 2021; 271(5): 857-864. doi: 10.1007/s00406-020-01131-0.

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Vos réactions (2)

  • Rien de nouveau

    Le 03 août 2021

    Cela fait des années que la France détient le record de consommation de cannabis et ce gouvernement vient encore une fois, par la voie de son Président, nous dire qu'il ne faut rien changer à la politique de lutte française qui montre manifestement son échec. On continuera à faire toujours plus de la même chose nous dit le Président même si cela conduit à une impasse. Ne regardons surtout pas ce qui se fait ailleurs en Europe et aux USA, la jeunesse n'a pas besoin qu'on dépénalise et continuons à développer le volet répressif sans nous préoccuper des soins et de le prévention.

    Dr Pierre-André Coulon

  • Pourquoi "moins qu'ailleurs" ?

    Le 04 août 2021

    "les facultés de médecine où le cannabis devrait avoir encore moins sa place qu’ailleurs."

    Pourquoi "moins qu'ailleurs" ?

    La dépendance pose problème car le risque de venir travailler sous l'influence d'une consommation récente (voire de consommer sur le lieu de travail) est réel et pose des problèmes de sécurité.

    L'usage, c'est autre chose, et a priori ces étudiants en médecine semblent responsables puisque la consommation est associée à un planning moins chargé (même si j'admets que c'est un critère très indirect de l'absence de consommation en période d'activité).
    Pourquoi les étudiants en médecine devraient "utiliser moins qu'ailleurs" le cannabis si c'est un usage hors activité ?

    Dans la même idée, ils devraient "plus qu'ailleurs" manger 6 fruits et légumes, se laver les dents trois fois par jour, ne manger que méditerranéen ?

    Ensuite, on découvre ici un peu la lune : le milieu médical, et en particulier lors de la période des études, est très "toxicophile", pour des tas de raisons qui se complètent.
    Je ne crois d'ailleurs pas que j'aurais survécu à mes études et au début de mon exercice aux urgence sans rien consommer...

    Rappelons nous que ces consommations sont avant tout des symptômes et que si on veut résoudre les problèmes qu'elles posent, il faut avant tout s'intéresser aux conditions socio-économiques de ces étudiants, à leur conditions de travail (comment ne pas devoir se doper avec les conditions d'exercice actuelles ?) et aux profils psychologiques de ces soignants afin de développer des modes d'accompagnement adaptés aux dangers psycho-sociaux des ces métiers du soin comme on devrait le faire pour n'importe quelle profession exposée.

    Quant à la politique actuelle vis-à-vis du cannabis, on n'est plus dans le mur : on y creuse un tunnel...

    Dr Étienne Grosdidier

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