Calendrier vaccinal : l’obligation ça marche !

Paris, le jeudi 6 mai 2021 - Le confinement du printemps 2020 et dans une moindre mesure celui du mois de novembre ont entraîné de nombreux reports de consultations destinées à la vaccination des enfants (et des adultes). Les données de l’Assurance maladie avaient ainsi mis en évidence entre le 15 mars et le 15 avril 2020, une chute des données de remboursement de 35 % pour les vaccins penta ou hexavalents des nourrissons, de 67 % pour les vaccins anti papillomavirus, de 43 % pour les vaccins rougeole oreillons rubéole et de 71 % pour la valence antitétanique. Cependant, une part importante de ces vaccinations annulées a été réalisée ultérieurement. Il s’agit d’une tendance observée dans la plupart des pays occidentaux. Ainsi, une enquête de cliniciens néerlandais récemment publiée met en évidence qu’un rattrapage a eu lieu rapidement après la levée des mesures destinées à freiner la circulation du virus, laissant seulement un déficit de vaccinations de 1 à 2 % par rapport à l’année précédente. Cette baisse concerne cependant en valeur absolue un nombre important d’enfants ce qui explique les appels à la vigilance des autorités de santé. Ainsi, en France, alors que le ministère de la Santé a publié ce 5 mai le calendrier vaccinal 2021, les professionnels de santé viennent d’être incités à vérifier systématiquement le statut vaccinal de leurs patients. Les nourrissons sont particulièrement concernés.

HPV : la France va-t-elle enfin rattraper son retard ?

Outre cette sensibilisation des professionnels, la principale nouveauté de ce calendrier vaccinal concerne la vaccination contre le HPV des jeunes garçons de 11 à 14 ans, avec l’organisation d’un rattrapage vaccinal pour ceux de 15 à 19 ans, une préconisation applicable à compter du 1er janvier 2021. La France corrige ainsi une lacune considérée par la plupart des spécialistes comme difficilement compréhensible. Jusqu’alors, la recommandation était en effet la vaccination des seuls garçons susceptibles d’avoir des rapports homosexuels. Outre qu’entre l’âge de 11 à 14 ans, ces questions sont particulièrement difficiles à aborder, cela excluait le bénéfice d’une vaccination des garçons dans le but de réduire la circulation des HPV. Cette ouverture très attendue en France s’inscrit dans un contexte d’une couverture vaccinale qui reste très faible par rapport à certains pays (Australie + de 90 %, Portugal + de 85 %, le Royaume-Uni + de 75 %), mais qui progresse cependant avec en 2019 une hausse de 5,8 points pour la 1ère dose (34,9 %) et de 4,2 points pour la seconde dose (27,9 %) par rapport à 2018 ; ce qui constitue des augmentations plus importantes qu’entre 2017 et 2018.

Grippe : pas de changements de stratégie

Côté nouveaux produits, à l’exception des vaccins contre la Covid (la vaccination contre la Covid fait l’objet d’un rapport complémentaire), on retiendra l’arrivée de MedQuadfi, ciblant les méningocoques des sérogroupes A, C, W et Y, qui n’est cependant pas encore commercialisé et d’un vaccin antigrippal quadrivalent contre la grippe, Efluelda. Concernant la grippe, le calendrier inclut désormais les « personnels des services de secours et d’incendie (SDIS), les personnels des services d’aide à domicile (SAAD), et les aides à domicile via CESU (particuliers employeurs) » travaillant chez des personnes âgées, parmi les professionnels auxquels la vaccination grippale est fortement recommandée. A la différence d’autres pays, la France n’a cependant toujours pas fait le choix d’une vaccination grippale élargie : en Grande-Bretagne les jeunes enfants sont ainsi inclus parmi les publics à cibler, afin de pouvoir mieux contrôler la circulation des virus.

Composer avec les tensions d’approvisionnement

Outre le rappel des obligations et des recommandations et le détail concernant certaines situations et publics particuliers, le calendrier vaccinal énumère également les stratégies en cas de tension d’approvisionnements. Ces dernières continuent à être régulières, par exemple concernant le vaccin contre l’hépatite A. Aussi, pour ce vaccin est-il recommandé, « de n’effectuer qu’une seule dose pour les nouvelles vaccinations ; de ne pas effectuer de rappel pour les personnes ayant déjà reçu une ou deux doses, même si elles sont à nouveau en situation d’exposition (sauf pour les personnes immunodéprimées) ; l’administration d’une 2ème dose pour ces personnes ne se fera qu’après le retour à la normale de la situation ; et de vacciner, en priorité les enfants à partir de l’âge de 1 an, qui vont se rendre dans un pays de haute endémicité et les personnes de l’entourage d’un ou plusieurs cas confirmés conformément aux recommandations inscrites au calendrier vaccinal ».

L’obligation c’est l’adhésion

Si les innovations du calendrier vaccinal sont limitées, le document comporte des données intéressantes concernant la progression de la couverture vaccinale depuis l’extension des obligations vaccinales visant les nourrissons. Il apparaît que cette mesure a permis une progression spectaculaire de certaines couvertures vaccinales : ainsi la vaccination contre le méningocoque C pour la première dose est passée de 35,5 à 75,8 % pour les enfants nés en 2018 par rapport à ceux nés en 2017.

Cette augmentation s’explique notamment par le fait que l’obligation s’est accompagnée d’une prise en charge à 100 % de vaccins dont le coût était parfois difficile à assumer pour certaines familles. On relèvera également comme signe très encourageant une progression de la vaccination hépatite B pour la première dose de 90,5 à 96,3 % et pour la troisième dose de 83,1 à 89,4 %. Enfin, alors que beaucoup s’étaient interrogés sur les effets potentiellement contre-productifs d’une obligation vaccinale, perçue comme pouvant possiblement altérer le lien de confiance entre les populations et les pouvoirs publics, l’impact de cette mesure d’obligation sur les vaccinations qui ne sont « que » recommandées suggère que non seulement de telles conséquences ne sont pas à déplorer mais qu’au contraire l’influence de l’obligation pourrait être positive. Ainsi, le rapport note que « cette progression a également été observée pour les vaccinations recommandées au-delà de deux ans, comme la vaccination contre les infections par papillomavirus humains ou le rattrapage de la vaccination contre le méningocoque C ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Retard vaccinal: question

    Le 11 mai 2021

    Merci de votre article ; pouvez-vous éclairer ma lanterne ; dispose-t-on de données relatives au contexte économique et social des enfants en retard de vaccination.

    Dr JM Servais (Belgique)

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