Combien d’embolies pulmonaires sans autre signe qu’une dyspnée d’effort ?

La dyspnée aiguë est l’un ses symptômes cardinaux de l’embolie pulmonaire. Ce diagnostic est d’ailleurs envisagé en priorité dans les cas où elle semble inexpliquée, a fortiori quand elle s’accompagne d’autres facteurs ou signes en sa faveur. Une dyspnée d’effort un tant soit peu préoccupante d’apparition récente peut révéler une hypertension artérielle pulmonaire d’origine thrombo-embolique, mais quelle est la prévalence de l’embolie pulmonaire dans ce contexte ?

Rares sont les études à avoir abordé ce sujet qui relève pourtant de la pratique clinique courante, ce qui fait tout l’intérêt d’une étude de cohorte transversale du type cas-témoins, dont les résultats ont été publiés en ligne dans le Journal of Thrombosis and Haemostasis. Elle a été réalisée au sein d'un service d’urgences et a inclus des patients de moins de 75 ans consultant pour une dyspnée d’effort marquée récente (< 1 mois). La recherche d’une embolie pulmonaire a été systématique, indépendamment de la présence d’autres signes en faveur de ce diagnostic ou d’autres.

Le diagnostic d’embolie pulmonaire a été exclu lorsque la probabilité clinique en était faible et que le taux de D-dimères plasmatiques, ajusté en fonction de l’âge, se situait dans l’intervalle de normalité. Dans tous les autres cas, un angioscanner pulmonaire a été réalisé afin d’aboutir à un diagnostic de certitude. Une analyse intermédiaire des données a été réalisée après l’inclusion de 400 patients.

Prévalence globale estimée à 32 % des cas dont 20 % n’ont rien d’autre qu’une dyspnée d’effort

La prévalence de l’EP dépassant alors le seuil de 20 % (correspondant à la borne inférieure de l’intervalle de confiance à 95 % IC 95%), l’étude a été terminée prématurément, après inclusion de 417 patients. Dans près d’un tiers des cas (32,1 %), le diagnostic a été exclu selon les critères précédemment définis. Mais chez près d’un patient sur deux, au sein du groupe restant (134/283 ; 47,3 %), une embolie pulmonaire a été diagnostiquée avec certitude, ce qui conduit à une prévalence globale de 32,1% (IC 95%, 27,8 à 36,8).

Pour près de 20 % des patients (40/204 ; 19,6 %), il n’existait aucun autre signe que la dyspnée pour faire évoquer ce diagnostic mais dans presque la moitié de ces cas (94/213; 44,1 %), le contexte clinique plaidait fortement en faveur de l’embolie pulmonaire. L’angioscanner a révélé un thrombus au niveau d’une artère pulmonaire principale dans 44,1 % des cas, cependant qu’une atteinte pluri lobaire était mise en évidence chez la majorité des patients (87 %).

Une dyspnée d’effort marquée d’apparition récente peut révéler une maladie thrombo-embolique veineuse évolutive, le diagnostic d’embolie pulmonaire affirmé par l’angioscanner étant posé chez plus d’un patient sur deux. Fait notable, dans 20 % des cas, il n’existait aucun autre argument clinique en faveur de ce diagnostic, de sorte que la recherche d’une MTEV semble justifiée devant des manifestations dyspnéiques récentes un tant soit peu sévères, même quand elles ne surviennent qu’à l’effort. Les limites de l’étude tiennent à son approche transversale et à sa méthodologie qui peut prêter le flanc à la critique, ce qui incite à une certaine prudence dans la prise en compte de ses résultats.

Dr Philippe Tellier

Référence
Prandoni P et coll. : Prevalence of pulmonary embolism among patients with recent onset of dyspnea on exertion. A cross-sectional study. Journal of Thrombosis and Haemostasis 2022: publication avancée en ligne le 22 décembre. doi.org/10.1016/j.jtha.2022.09.007.

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Vos réactions (1)

  • Embolie pulmonaire

    Le 02 février 2023

    L'embolie pulmonaire: toujours y penser, toujours y penser, TOUJOURS Y PENSER.

    Dr J-J Perret

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