Défense de l’homéopathie à l’Assemblée nationale : la marque d’un lobbying actif ?

Paris, le jeudi 28 février 2019 – Les réponses sont un parfait copier-coller. Mais les questions présentent également parfois des similitudes, dont on peut douter qu’elles soient liées au hasard. Depuis le début du mois de septembre et l’annonce au cours de l’été de la saisie de la Haute autorité de Santé (HAS) par le ministère de la Santé afin qu’elle se prononce sur la pertinence du remboursement des médicaments homéopathiques, le ministre a reçu au moins 21 questions écrites de députés sur ce sujet.

Pas une alternative

Pas une seule de ces sollicitations n’exhorte le ministre de la Santé à s’orienter vers la fin de la prise en charge de ces produits dont l’efficacité n’a jamais pu être prouvée. Un grand nombre d’entre elles, au contraire, font état de « l’inquiétude des Français » et de certains professionnels de santé face à cette perspective. Sandrine Josso (LREM, Loire-Atlantique) affirme même qu’il « serait incompréhensible » pour les « cotisants » à l’Assurance maladie de voir ce remboursement supprimé. Ces messages témoignent souvent plus qu’une simple bienveillance pour l’homéopathie. Certains députés n’hésitent pas à affirmer son efficacité et en tout état de cause sa place dans l’arsenal médical. Marie-Christine Dalloz (Les Républicains, Jura) parle ainsi des « effets bénéfiques » de l’homéopathie, tandis que Jean-Carles Grenier (Les Républicains, Sarthe) écrit : « Il convient de rappeler que l'homéopathie est une spécificité de la médecine et non une alternative ». D’autres, cependant, se montrent plus prudents. Christophe Jerretie (LREM, Corrèze) admet « l'homéopathie possède une place bien sûr limitée ».

Copier-coller empirique

Face à cette défense de l’homéopathie et à ces inquiétudes, le ministre indique invariablement attendre l’avis de la commission de la transparence. Seule modification, quand répondant aux premières questions, le ministère précisait la date de « février 2019 », il indique désormais le « deuxième trimestre 2019 ». Cette invariabilité des réponses fait écho à des similitudes parfois troublantes dans le libellé des questions. On trouve ainsi des formulations et des phrases reprises à l’identique et qui souvent peuvent difficilement être le fruit du hasard. « Ces prescriptions homéopathiques correspondent à une tradition thérapeutique, certes empirique » remarque doctement Christophe Jerretie, ce que ne démentira pas Julien Borowczyk (LREM, Loire) qui observe : « les prescriptions homéopathiques correspondent à une tradition thérapeutique, certes empirique ». Outre d’autres échos d’une question à l’autre, on remarquera également la reprise des mêmes chiffres. Ainsi, le fait que « d’après un rapport de l’Observatoire du médicament en 2016, 73 % des Français font confiance en l’homéopathie » est une donnée qui n’a pas laissé insensible plusieurs élus. Ces derniers n’hésitent pas par ailleurs à développer de façon assez semblable les mêmes arguments (qui il est vrai ne peuvent être démultipliés à l’infini). On voit ainsi plusieurs fois présenté les Français comme des « cotisants » qui en tant que tels pourraient s’offusquer de la fin de la prise en charge par l’Assurance maladie, ou encore l’idée que la disparition du remboursement nuirait à la « liberté » de choix. On notera cependant quelques écarts à ces messages souvent stéréotypés, quand un député milite pour la défense du remboursement des huiles essentielles ou quand un autre préfère la sobriété en se contentant uniquement de demander au ministre s’il suivra l’avis de la HAS quel qu’il soit.

Plagiats

Face à ces multiples échos, certains y liront la marque d’un possible lobbying (lobbying qui concerne tous les secteurs). Sur d’autres thèmes, certains ont pu mettre en évidence l’influence des dossiers transmis par différents groupes de pressions (industriels, professionnels) sur le libellé des questions écrites. Le site Streetprees avait ainsi soumis 4 579 questions écrites à un algorithme ayant la capacité de détecter les plagiats et avaient pu observer que 406 avaient été posées plusieurs fois. Le logiciel avait ainsi identifié 8,9 % de copiées-collées ou de questions similaires. Ce résultat signait tout à la fois la tendance à la surenchère par certains députés (qui veulent présenter l’envoi de questions écrites comme la marque de leur engagement parlementaire) et probablement aussi l’influence de certains lobbys.

Culture scientifique

Cependant, se faire l’écho du message transmis par un groupe (industriel ou professionnel), en reprenant son argumentaire, ne signifie nullement l’absence d’adhésion à ce message (et encore moins la tentative de corruption). Il est même probable que la plupart des députés qui ont adressé ces derniers mois des questions sur le déremboursement de l’homéopathie à Agnès Buzyn jugent réellement ce sujet important et s’inquiètent de la possible fin de sa prise en charge. Une nouvelle manifestation du fossé qui peut parfois exister entre politique et culture scientifique.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (15)

  • Homéopathie et culture scientifique

    Le 28 février 2019

    Etant sous-entendu que l'homéopathie n'a aucun fondement scientifique. Le plus simple en effet est d'ignorer les travaux sur la thermoluminescence des hautes dilutions publiés par Louis Rey en 2003/2004; ou bien encore les publications récentes de Montagnier sur la persistance dans les hautes dilutions d'une information génétique permettant de reproduire un ADN. Ce sont des faits. Faites la démonstration que ces chercheurs ont fait des expériences fausses. Ce n'est pas la chimie qui va défendre l'homéopathie, mais la physique, voire la physique quantique. N'oubliez pas que la destruction de la "mémoire de l'eau" de Benveniste, a été faite par un magicien. Pas par une démonstration scientifique. Mais cela n'a dérangé personne.

    Dr Philippe Causse

  • Pourquoi les en empêcher ?

    Le 28 février 2019

    Je suis navré de voir combien nombre de confrères allopathes s'attaquent à l'homéopathie. L'ignorance n'autorise pas la critique et la dépréciation sans fondement.Beaucoup de traitements ne peuvent être expliqués précisément et beaucoup de médicaments allopathiques sont retirés après des années d'utilisation, au risque de nous discréditer nous autres médecins.

    Exerçant depuis plus de 40 ans la médecine générale j'ai pu maintes fois constater l'efficacité de l'homéopathie en tant que tt du terrain (ex troubles du sommeil ou du caractère chez l'enfant, migraines, eczéma, verrues, etc..). Je ne la pratique pas mais je constate que nos confrères homéopathes peuvent parfaitement compléter notre action pour le bien des malades, de même que l'acupuncture, voire l'hypnose. Les médicaments homéopathiques sont en outre bien moins cher. Enfin il me semble que si les patients se soignent par homéopathie c'est qu'ils en sont satisfaits …. pourquoi les en empêcher ?

    Dr Pierre Ryckebusch

  • L'homéopathie a des effets indiscutables...politiques

    Le 01 mars 2019

    Deux constats. Le premier est que le motif d'un déremboursement obligatoire est financier, ce qui est le cas puisque la SS est en déficit chronique et cumulatif. Le deuxième est qu'il faut arrêter de croire que tout acte médical, validé statistiquement, plus ou moins validé, ou simplement un placebo, doit être remboursé.

    Pourquoi est-ce si compliqué de laisser libre les médecins de pratiquer l'homéopathie avec des patients demandeurs mais de ne point rembourser les petits granulés. La seule certitude : il n'y a aucun risque toxicologique, de surdosage dans une "bonne indication"; ce n'est pas le cas de l'allopathie...
    Quant au lobbying à l'assemblée nationale, qui est surpris? Il serait "amusant" d'avoir la position du député du territoire ou se trouve, par exemple, le laboratoire Boiron, fournisseur des petites billes blanches.

    Dr Christian Trape

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