Délai plus ou moins long de prise en charge du CBNPC : y a-t-il un impact ?

La diminution de l'offre de soins voire sa réorientation à l'occasion d'une crise sanitaire, les inégalités socio-économiques croissantes et plus généralement les obstacles à l'accès aux soins ont accru les inquiétudes sur la gestion dans des délais satisfaisants des cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC).

H Hall et collaborateurs ont compilé les travaux consacrés à la chronologie de mise en œuvre des étapes diagnostiques et thérapeutiques du CBNPC afin de mieux identifier les lésions à prendre en charge en priorité et isoler si possible les situations justifiant une entrée rapide dans le parcours de soins parfois complexe de ces tumeurs.

Les résultats de cette recherche, effectuée dans le cadre du procédé dit de « revue systématique », à défaut d’arriver à des conclusions formelles, sont riches d'enseignements. Les auteurs ont analysé 37 articles publiés à partir de 2012 correspondant aux critères d'inclusion et d’exclusion de ce type de travail.

Le bilan est très hétérogène : 9 travaux concluaient à un effet néfaste de l'allongement du délai de gestion du cas ; 12 travaux jugeaient que l'effet était au contraire bénéfique ; 11 travaux n'obtenaient pas de résultats significatifs et 5 travaux rapportaient des résultats divergents selon les groupes étudiés. Les auteurs ont porté une attention particulière au biais dit du « paradoxe lié au temps d'attente » (waiting time paradox).

Il a en effet été démontré que les malades qui attendent le plus pour voir un spécialiste ont une meilleure survie, ce qui est lié au fait que les malades à très mauvais pronostic attendent moins longtemps un avis car leur situation est transmise rapidement au spécialiste pour qu'il les voie sans délai, augmentant ainsi le délai de prise en charge des malades capables d’attendre la consultation programmée. Les auteurs constatent que seulement 30 % des études prenaient en compte ce biais.

Gérer les priorités et parfois ne pas se précipiter

En soumettant les données à des analyses complémentaires il est possible toutefois d’obtenir des informations utiles. On confirme ainsi qu’il est important de raccourcir le délai de gestion du cas lorsqu’un traitement chirurgical est envisagé. Dans le cas dans d'un CBNPC non opérable, il apparaît qu’il n’y a pas d’avantage à accélérer les étapes du parcours de soins.

Une étude observait une moins bonne survie liée à un allongement du délai de consultation lorsque le malade était en situation socio-économique précaire. Dans un travail consacré à la radiothérapie stéréotaxique, les carcinomes épidermoïdes semblaient mieux bénéficier que les adénocarcinomes d’une gestion rapide du dossier.

Un seul article présente un protocole randomisé qui compare un parcours utilisant la biopsie transbronchique échoguidée (EBUS) à la procédure diagnostique habituelle. Le parcours incluant l’EBUS était plus performant en termes de délai de traitement dans les stades I à IIIa.

Certains éléments collatéraux sont aussi à prendre en compte : une prise en charge très rapide peut perturber ou angoisser le malade, ce qui pourra compliquer la mise en œuvre « expéditive » du parcours de soins ; par ailleurs accélérer un traitement chirurgical peut être à double tranchant si on néglige un traitement préalable tabacologique ou de réadaptation respiratoire dont on sait qu’il améliore les suites opératoires.

Enfin les auteurs signalent que l’influence de l’utilisation des thérapies ciblées ou de l’immunothérapie sur la réalisation du parcours de soins n’est pas connue, de même que les suites du dépistage d’un cancer par tomodensitométrie thoracique à faible dose.

Dr Bertrand Herer

Référence
Hall H, Tocock A, Burdett S, et coll. : Association between time-to-treatment and outcomes in non-small cell lung cancer: a systematic review. Thorax. 2022; 77(8): 762-768. doi: 10.1136/thoraxjnl-2021-216865

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Vos réactions (1)

  • Encore un article pour rien

    Le 05 août 2022

    Si ce n’est remplir les cases pour une publication demandée pour les sociétés savantes. Tous ce qui est dit est d’une banale évidence , nul besoin de perdre son temps et son énergie pour publier ce genre de papier même non scientifique du tout !

    Dr Alain Haertig

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