Gonarthrose symptomatique, un imbroglio pathogénique

La gonarthrose évolue progressivement vers l’apparition de symptômes plus ou moins sévères selon les patients, en grande partie conditionnés par l’importance des lésions dégénératives, notamment la destruction du cartilage articulaire. Son expression symptomatique n’est pas cependant simple à comprendre car elle dépend de facteurs pathogéniques multiples et volontiers intriqués qui font intervenir outre les anomalies structurelles, les biomarqueurs de l’inflammation, voire les adipocytokines tout au moins chez certains patients.

Cet imbroglio pathogénique est bien mis en valeur par une étude de cohorte longitudinale dans laquelle ont été inclus 200 participants (âge moyen 63,1 ans ; femmes : 46 ,5 % ; IMC moyen 29,5 kg/m2) tous atteints d’une gonarthrose symptomatique. Les concentrations sériques de 19 biomarqueurs de l’inflammation ont été systématiquement dosées, cependant que l’évaluation des symptômes a reposé sur le score WOMAC (Western Ontario and McMaster Universities Index). Une IRM du genou a été pratiquée à l’état basal et au terme de 24 mois de suivi pour apprécier l’évolution des anomalies structurelles.

De nombreux acteurs biologiques potentiels

Cinq groupes de marqueurs rendent compte de 78 % de la variance totale. Les interleukines (IL)-1β, -2, -4, -6, -8, -17A, -17F, -21, -22 et -23 représentent les biomarqueurs principaux en étant significativement associés au score WOMAC et à l’aggravation des lésions de la moelle osseuse du genou.  

En second lieu, figurent des variables telles l’IL-10, -12 et le GM-CSF (granulocyte-macrophage colony-stimulating factor), lesquelles sont reliées à un volume de cartilage plus important, à des épanchements articulaires moins abondants et au score WOMAC. La leptine, l’adipsine et la CRP (C-reactive protein) forment un groupe positivement associé aux scores WOMAC. La résistine a, pour sa part, été corrélée à l’importance ou à l’aggravation tant des lésions médullaires que des pertes de cartilage. Enfin, l’apéline-36 et l’adiponectine n’interviennent que plus secondairement et sont liées à l’aggravation des lésions médullaires.

Cette analyse en composantes principales constitue une approche originale de la pathogénie de la gonarthrose symptomatique et des mécanismes qui influent sur l’intensité des symptômes et la dégradation progressive des structures du genou. Les acteurs biologiques potentiels issus à la fois du métabolisme et de l’inflammation sont nombreux et semblent agir de concert dans cette constellation pathogénique.

Dr Philippe Tellier

Référence
Zhu J et coll. : Association of serum levels of inflammatory markers and adipokines with joint symptoms and structures in participants with knee osteoarthritis. Rheumatology 2021 : publication avancée en ligne le 11 juin. doi.org/10.1093/rheumatology/keab479.

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Vos réactions (1)

  • Gonartrosis symptomatique

    Le 31 juillet 2021

    Cette analyse des cytokines au cours de gonarthrosis symptomatique / ou autre arthrose symptomatique / montre et explique de temps en temps les symptomes generaux chez les malades / amigrissement, les fébricules, les autres artralgies, meme des petites articulations - artrite reactive -, les myalgies. Il faut penser aussi sur l´influence des douleurs permanentes :

    MUDr. Svoboda Jaroslav, M.D., Prague, l´Université Charles, la médecine interne et l´immunologie clinique.

    Dr Jaroslav Svoboda

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