Hypothyroïdie : maintenir la TSH dans la fourchette

La lévothyroxine est l’un des traitements les plus prescrits dans les pays occidentaux. Cela tient à la prévalence élevée de l’hypothyroïdie et au fait qu’une fois le diagnostic posé, le traitement de substitution doit être prescrit au long cours. Les recommandations préconisent que le traitement de l’hypothyroïdie vise la résolution des symptômes et la « normalisation » de la TSH. Toutefois, le taux optimal de TSH n’est pas très précisément déterminé. Cette incertitude est reflétée dans les guidelines de nombreuses sociétés savantes qui suggèrent un intervalle assez vague de valeurs « normales » de la TSH, allant de 0,4 à 4,0 mlU/l, comme témoin de l’adéquation du traitement substitutif. Ils signalent toutefois la faiblesse des données ayant conduit à cette définition.
D’un point de vue physiologique, ce large spectre du taux de TSH peut aussi signifier des conséquences différentes de l’hypothyroïdie, notamment cardiovasculaires. Par exemple, le même cœur peut réagir différemment à un rythme dicté par une TSH à 0,4 mlU/l  ou à 4 mlU/l, alors que ces deux valeurs sont considérées comme normales.

Le British Medical Journal publie les résultats d’une étude rétrospective menée sur plus de 160 000 patients atteints d’hypothyroïdie. Dans cette analyse, basée sur des mesures répétées de la TSH au fil du temps chez des patients en hypothyroïdie substituée, les auteurs ont recherché des différences dans le pronostic à long terme selon les différents taux de TSH, qu’ils soient considérés comme « normaux » ou non.

Nécessité d’un suivi régulier du taux de TSH

En premier lieu, il n’apparaît pas de différence concernant la mortalité chez les patients maintenus dans l’intervalle recommandé de 0,4 à 4,0 mlU/l. En revanche, la mortalité est augmentée pour les taux de TSH < 0,1 mlU/l et pour ceux > 4 mlU/l. Il n’existe pas non plus d’augmentation du risque de cardiopathie ischémique, d’insuffisance cardiaque, d’accident vasculaire cérébral ou d’accident ischémique transitoire, de fibrillation auriculaire, ou de fractures chez les patients maintenus dans la fourchette de taux recommandé. Le risque d’insuffisance cardiaque est augmenté pour des taux de TSH supérieurs à 10 mlU/l et en revanche réduit pour des taux inférieurs à 0,4 mlU/l. Notons enfin un risque de fracture de fatigue pour des taux de TSH supérieurs à 10 mlU/l, particulièrement pour les femmes et les patients de plus de 65 ans.

Cette analyse confirme les recommandations actuelles pour la prise en charge de l’hypothyroïdie de l’adulte. Pour les auteurs, elle remet toutefois en cause la notion souvent avancée de « maladie bénigne » et souligne la nécessité d’un suivi régulier de la TSH, parfois négligé au fil du temps. Dans cette étude, plus de 11 % d des taux annuels moyens de TSH étaient inférieurs aux normes recommandées et plus de 30 % supérieurs à ces normes.

Dr Roseline Péluchon

Références
Thayakaran R et coll. : Thyroid replacement therapy, thyroid stimulating hormone concentrations, and long term health outcomes in patients with hypothyroidism: longitudinal study.
BMJ 2019;366:l4892

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Vos réactions (1)

  • Intéressant, mais...

    Le 11 septembre 2019

    ...les causes de l'hypothyroïdie peuvent être multiples…

    Dr Johannes Hambura

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