Il y aurait déjà une rétinopathie avant le diagnostic de diabète pour 10 % des diabétiques (qui s’ignorent)

La rétinopathie diabétique (RD) est la complication microvasculaire la plus fréquente du diabète. Elle est aussi une cause majeure de cécité et de déficience visuelle chez l’adulte. Une méta-analyse mondiale a révélé que sa prévalence atteignait 27,0 % entre 2015 et 2019, une valeur proche de celle estimée aux États-Unis entre 2005 et 2008, soit 28,5 % et en Corée du Sud en 2015, soit 20 %. Selon certaines études, il existe déjà une RD au moment où le diabète est diagnostiqué dans 7,3 % à 18,2 % des cas selon les sources. Au cours du diabète de type 2, la RD pourrait se développer 4 à 7 ans avant que la maladie métabolique ne soit diagnostiquée. 

Le taux de dépistage précoce de la RD ne dépasserait pas 20 à 50 % et dépendrait étroitement des ressources médicales disponibles.

Une enquête nationale sud-coréenne sur la santé et la nutrition appelée KNHANES (Korean National Health and Nutrition Examination Surveys), menée en 2017 et 2018, confirme ces données. Le bilan de santé comportait notamment un examen systématique du fond d’œil, indépendamment du statut diabétique. L’analyse a porté sur un échantillon de 951 participants sélectionnés au sein d’une cohorte de 9 108 sujets d’âge ≥ 40 ans. Près d’un sélectionné sur trois (31,3 ±2,0 %) a été classé dans la catégorie "diabète non diagnostiqué".

Une prévalence étroitement corrélée au taux d’HbA1c


La prévalence de la RD chez les patients atteints de diabète connu a été estimée à 24,5 % ± 2,0 %, contre 10,7 ± 2,2 % dans la catégorie diabète non diagnostiqué (p<0,001). La prévalence de la RD a été positivement associée aux taux plasmatiques d’HbA1c, que le diabète soit préalablement connu ou non (p=0,001 dans les deux cas). Dans le cas où le diabète n'était pas diagnostiqué, la prévalence de la RD a été étroitement reliée aux taux d'HbA1c, soit respectivement 6,9 % ± 2,1 %, 8,0 % ± 3,4 %, 5,6 % ± 5,7 %, 16,7 % ± 9,4 % et 42,6 % ± 14,8 % pour des taux < 7,0 %, 7,0 %-7,9 %, 8,0 %-8,9 %, 9,0 %-9,9 % et ≥10,0 %. Aucune différence intergroupe (RD+ versus RD-) n’a été mise en évidence quant à la prévalence de l'hypertension artérielle, des dyslipidémies, de l'hypertriglycéridémie ou encore de l'obésité.

Cette étude transversale sud-coréeenne met en exergue des notions classiques. La méconnaissance du diagnostic de diabète est, dans cette cohorte, le fait d’un tiers des participants. Par ailleurs, chez 10 % de ces patients qui ignorent leur diabète, une RD est déjà présente à l’état basal. Sa prévalence est étroitement corrélée aux taux d'HbA1c. Autant d’arguments pour dépister le diabète et la RD le plus précocement possible, ce qui passe par des campagnes d’éducation et d’information aisément mises en œuvre dans les pays les plus favorisés mais qui est plus difficile à envisager dans les pays émergents

Dr Joseph Miller

Référence
Han Na Jang et coll. : Prevalence of Diabetic Retinopathy in Undiagnosed Diabetic Patients: A Nationwide Population-Based Study. Diabetes Metab J. 2022 ; 46(4): 620–629.

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Vos réactions (1)

  • " Prédiabète "

    Le 06 décembre 2022

    La prévalence de microangiopathie chez les diabétiques non diagnostiqués est un fait avéré de longue date. On a déjà suggéré qu'une image de la rétine serait une modalité de dépistage efficiente.
    A ce propos, il a été dit que les sujets concernés sont souvent seulement " prédiabétiques ". Cette conception est fallacieuse. Certes le diabète commence toujours bien avant que le diagnostic en soit posé, mais surtout les sujets qu'on a tort d'appeler " prédiabétiques " sont de véritables diabétiques bien avant que leur glycémie excède le taux magique de 7 mmol (arbitrairement fixé pour " autoriser " des traitements médicamenteux).

    Dr Pierre Rimbaud

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