La gonarthrose, c’est déprimant !

La progression clinique ou radiographique de la gonarthrose n’est pas sans conséquence psychosociale. Au fur et à mesure que les lésions arthrosiques s’aggravent, le risque d’en être moralement affecté augmente…Rien d’étonnant à cela. Cependant d’authentiques troubles dépressifs peuvent également se développer et une équipe a tenté de corréler cette éventualité à la gravité clinique et radiographique de l’atteinte rhumatismale.

Leur étude de cohorte prospective à long terme a inclus 1 651 patients atteints d’une gonarthrose évidente sur le plan radiographique, le grade de Kellgren-Lawrence étant ≥ 2 au niveau d’un ou des deux genoux. A l’état basal, il n’existait pas de dépression significative, la valeur obtenue par les participants sur l’échelle CES-D (Center for Epidemiological Studies Depression) étant inférieure au seuil critique (<16).

La sévérité de la gonarthrose a été évaluée à intervalles réguliers jusqu’à la troisième consultation annuelle selon divers critères : pincement articulaire mesuré sur les clichés radiographiques, vitesse de la marche sur une distance de 20 mètres, intensité de la douleur évaluée sur la sous-échelle spécifique de l’index WOMAC (Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis). Chaque critère a été catégorisé en quintiles. Le début des troubles dépressifs (CES-D ≥ 16) a été recherché annuellement lors de quatre consultations successives.

Deux critères associés au risque de dépression : le pincement articulaire et la vitesse de la marche

L’association entre la dépression et la sévérité de la maladie, appréciée selon les critères semi-quantitatifs précédents, a été étudiée à l’aide de modèles structurels marginaux qui ont pris en compte la plupart des facteurs de confusion et d’attrition corrélés au temps.

Une relation non linéaire a été mise en évidence entre chaque critère de sévérité et la probabilité d’une dépression, les valeurs dans les quintiles supérieurs étant associées à un risque plus élevé. Parmi ces critères, deux se sont avérés plus prédictifs à la lueur de la comparaison interquintile : le pincement articulaire et la vitesse de la marche. Aucune association de ce type n’a été mise en évidence quant aux deux autres critères, notamment et paradoxalement la douleur prise en compte avec l’index WOMAC.

Chez les patients atteints d’une gonarthrose radiologiquement confirmée, la survenue d’une dépression semble dépendre de deux critères de sévérité : d’une part, l’aggravation du pincement articulaire, d’autre part, la diminution de la performance physique attestée par un test de marche. La majoration de l’intensité de la gonalgie ne semble pas, en revanche, être associée au risque de dépression.

Dr Philippe Tellier

Référence
Rathbun AM et coll. : Association between disease progression and depression onset in persons with radiographic knee osteoarthritis. Rheumatology (Oxford). 2020;59(11):3390-3399. doi: 10.1093/rheumatology/keaa141.

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Vos réactions (1)

  • Dépression et gonarthrose

    Le 13 janvier 2021

    Ça tombe bien, le Cymbalta est indiqué dans les gonarthrose dans la plupart des recommandations internationales.

    Dr Eric Senbel

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