La nouvelle provocation du Pr Raoult

Marseille, le mercredi 8 novembre 2023 – Le Pr Didier Raoult a publié son étude controversée réalisée sur plus de 30 000 patients et censée démontrer l’efficacité de son protocole de soins. La justice a été une nouvelle fois saisie.

L’erreur est humaine, mais persévérer est diabolique. Plus de trois ans et demi après le début de la pandémie de Covid-19, le Pr Didier Raoult, qui a quitté son poste de directeur de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) infectiologie de Marseille il y a plus d’un an, persiste à défendre l’efficacité de « son » traitement associant hydroxychloroquine (HCQ) et azithromycine (AZ) dans le traitement de la Covid-19 (bien que l’absence d’efficacité de ce protocole ait été mainte fois démontrée dans la littérature scientifique). L’infectiologue marseillais vient ainsi de publier dans la revue New Microbes and New Infections une étude réalisée sur plus de 30 000 patients atteints de la Covid-19 pris en charge à l’IHU de Marseille entre mars 2020 et décembre 2021 et censée prouvé l’efficacité de ce cocktail médicamenteux.

Cette étude est en réalité la même que celle qui avait fait l’objet d’un pré-print sur la plateforme MedRvix le 4 avril dernier. Une prépublication qui avait provoqué un véritable scandale dans la communauté scientifique, qui avait tout à la fois dénoncé les nombreux biais méthodologiques entachant cette étude mais également les manquements éthiques dont se seraient rendus coupables les auteurs.

Ces derniers n’avaient en effet obtenu l’autorisation ni de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ni d’un comité de protection des personnes, comme l’exige la réglementation sur les recherches impliquant la personne humaine (RIPH). Un groupe de scientifiques avait même publié une tribune dans le journal Le Monde le 28 mai dernier pour dénoncer cette étude, la qualifiant de « plus grand essai thérapeutique sauvage connu à ce jour ».

Une revue très proche du Pr Raoult

Mais ni ces critiques, ni le retrait du pré-print par la plateforme MedRvix le 7 juin dernier, une décision  rare réservée aux études présentant de graves défauts de conceptions méthodologiques et éthiques, n’ont donc freiné le Pr Raoult. Pour publier son étude controversée, il a logiquement choisi la revue New Microbes and New Infections, avec laquelle il entretient des rapports privilégiés.

Plusieurs membres de l’IHU ont en effet siégé ces dernières années au sein du comité éditorial de la revue qui a publié plus de 230 études signées par le Pr Raoult entre 2013 et 2020. Sur les quatorze signataires de l’étude pré-print, seulement cinq sont toujours signataires de l’étude définitive. Parmi eux, on trouve bien sur le Pr Raoult mais également le cardiologue américain Peter McCullough, connu pour avoir diffusé de fausses informations sur la prétendue dangerosité des vaccins contre la Covid-19.

L’ANSM a immédiatement réagi à cette publication ce mardi, indiquant avoir « bien connaissance de la nouvelle étude publiée dans la revue New Microbes and New Infections qui n’a pas obtenu les autorisations nécessaires et obligatoires pour garantir la sécurité des patients ». Le gendarme du médicament a donc annoncé avoir saisi le procureur pour lui signaler une violation de la réglementation sur les RIPH, comme elle l’avait déjà fait lors de la publication du pré-print. Les ministres de la Santé Aurélien Rousseau et de la Recherche Sylvie Retailleau ont quant à eux dénoncé « une nouvelle violation des règles éthiques ».

L’IHU est-il encore trop proche du Pr Raoult ?

Cette publication risque fort de compromettre la stratégie de normalisation menée par l’IHU et par son principal membre, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Depuis le départ du Pr Raoult, les deux institutions tentent en effet de se remettre dans les clous de la réglementation et de couper définitivement les ponts avec le sulfureux scientifique phocéen. Une stratégie qui avait pour le moment porté ses fruits : le 27 octobre dernier, l’ANSM avait accepté de lever partiellement la tutelle qu’elle exerçait depuis un an et demi sur l’IHU en l’autorisant de nouveau à mener des recherches.

Pour éviter que ces efforts ne soient remis en cause, l’AP-HM et l’IHU n’ont pas manqué de se désolidariser immédiatement de cette publication, l’AP-HM indiquant « avoir précédemment demandé aux auteurs de retirer ce pré-print, considérant cette étude comme contraire aux règles méthodologiques et éthiques », tandis que l’IHU disait plus timidement « s’associer à la réaction de l’AP-HM ».

Mais pour certains opposants au Pr Raoult, l’IHU continue d’entretenir des liens trop étroits avec le scientifique, qui empêchent que toute stratégie de normalisation soit menée à son terme. Le Pr Mathieu Molimard, président de la Société française de pharmacologie et auteur de plusieurs tribunes demandant des sanctions contre le Pr Raoult, note ainsi que le Pr Pierre-Edouard Fournier, actuel directeur de l’IHU, avait autorisé la réalisation de l’étude qui vient d’être publiée en mai 2021, en tant que membre du comité éthique de l’IHU (qui n’aurait cependant pas légalement le pouvoir d’autoriser cette étude). « Le Pr Fournier est d’une certaine manière complice, si on ne change pas la direction de l’IHU, rien ne changera » estime le Pr Molimard.

Quentin Haroche

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Vos réactions (37)

  • Farces et attrapes

    Le 08 novembre 2023

    On se demande bien, dans cette pantomime itérative, qui obtient le prix du plus grotesque, du facétieux ex savant qui ricane comme un sale gosse ou de la noble institution qui s'étrangle de rage.
    À cette dernière on pourrait conseiller de lâcher prise, ce qui diminuerait la jouissance du premier, les deux pouvant y gagner un peu de leur dignité perdue.
    Quant aux vautours qui planent, qui planent....
    Il y a sans doute d'autre tâche plus importante que de mener la guerre pour ou contre l'hydroxychloriquine, que le consensus des professionnels de la profession, de la science innocente sous son avatar des essais randomisés en double aveugle, des pouvoirs constitués et de l'industrie pharmaceutique nous enjoint de considérer comme inefficace, voire mortellement dangereuse dans le covid.
    Dont acte, message reçu, la messe est dite et l'affaire dans le sac.
    Par pitié, fichez nous la paix, tous, mais tous

    Dr G. Bouquerel

  • N'exagérons rien

    Le 09 novembre 2023

    La diabolisation de ce pauvre Raoult confine à une haine fanatique qui fait perdre de vue l'essentiel.
    Pour un esprit raisonnable, seuls comptent les faits. On devrait très être intéressé par la connaissance des données colligées à l'IHU, et consentir l'effort de vérifier leur réalité, d'analyser leur signification, de discuter leurs interprétations possibles, plutôt que se contenter de vouer aux gémonies celui qui se donne le mal de les faire connaître. La parabole du puits empoisonné devrait nous rappeler ce fâcheux travers qui consiste se simplifier la tâche en ne jugeant un avis qu'en fonction de celui qui le donne.
    Certes, les travaux de l'IHU ont été conduits d'une manière gravement répréhensible à de nombreux égards. Certes, les opinions personnelles de Raoult et consorts sont hautement critiquables. Certes, de nombreuses pratiques éditoriales sont manifestement fautives. Mais la culpabilité des individus concernés ne doit pas obscurcir notre esprit scientifique.
    Ne serait-il pas coupable de se désintéresser des observations cliniques de l'IHU ?

    Dr P. Rimbaud

  • Juger sans compétence

    Le 09 novembre 2023

    Je réponds en potentielle patiente. Je ne suis pas docteur en médecine mais je suis patiente et voir ces acharnement sur le Pr. Raoult aujourd'hui où la lumière se fait sur la gestion de l'épidémie Covid me semble inquiétant. Inquiétant sur le devenir de la science à la botte des laboratoires fabricants de médicaments et à la botte des politiques. Le Lancet et ses "études " pipées à perdu sa crédibilité. Restez objectifs,étudiez les chiffres bruts et résistez aux sirènes des plateaux de télévision M.Haroche. Pauvres patients !

    M. Balestié

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