La physiothérapie d’abord pour la gonarthrose symptomatique

Face à une gonarthrose devenue symptomatique, l’objectif primordial est le contrôle de la gonalgie…tant que l’heure de l’arthroplastie totale n’a pas encore sonné. Cependant les moyens thérapeutiques sont limités si l’on veut éviter le recours immodéré ou prolongé aux antalgiques. Or il est possible et même souhaitable de leur préférer la physiothérapie avec des exercices musculaires adaptés et encadrés. Une revue de la littérature internationale couplée à une méta-analyse en réseau permet de comparer entre elles certaines de ces différentes approches, en l’occurrence les opioïdes, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et la physiothérapie.

La revue bibliographique a reposé sur les bases de données électroniques MEDLINE, EMBASE et Cochrane Central Register of Controlled Trials de leur création au 15 avril 2021. Le Web of Science a été également utilisé pour le suivi des citations. N’ont été jugés éligibles que les essais randomisés comparant les trois stratégies précédentes entre elles ou versus placebo dans le traitement des gonalgies en rapport avec une arthrose évolutive. Des essais supplémentaires provenant de revues précédentes ont été inclus pour assurer une comparaison plus exhaustive par rapport à des groupes témoins ou affectés à la prise d’un placebo.

Cette recherche a abouti à la sélection de 13 essais regroupant au total 1398 patients, l’analyse étant complétée par l’inclusion de données provenant d’une centaine d’études supplémentaires incluses dans des revues ou des méta-analyses antérieures.

Sans grande certitude


Un des premiers enseignements de cette méta-analyse est l’équivalence entre AINS et opioïdes (différence moyenne normalisée [DMN], 0,02 ; intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 0,14 à 0,18), quant au contrôle de la douleur : cependant, si l’on estime ce résultat à l’aune des recommandations de GRADE (Grading of Recommendations, Assessment, Development and Evaluations), force est de constater que le niveau de certitude est plutôt faible.

Autre enseignement : la physiothérapie basée sur les exercices physiques adaptés fait preuve d’un effet symptomatique plus important que les AINS (DMN, 0,54 ; IC  95%, 0,19 à 0,89), mais dans cas, le niveau de certitude selon GRADE est très pauvre. Aucune comparaison entre physiothérapie et opioïdes ne s’avère possible par manque d’études. Finalement c’est la pratique régulière d’exercices physiques qui l’emporte dans la méta-analyse, devant les AINS, les opioïdes et le placebo, toujours sans véritable certitude.

Cette méta-analyse n’est ni la première ni la seule menée sur ce thème et ses conclusions sont voisines. Face à une gonarthrose symptomatique, il semble raisonnable de privilégier la physiothérapie au détriment de la pharmacothérapie, les opioïdes étant à proscrire du fait de leurs effets indésirables clairement rédhibitoires. Les AINS à titre temporaire peuvent être envisagés, en sachant que leur efficacité apparaît bien limitée, leur prescription au long cours n’étant guère concevable dans cette indication.

Dr Philippe Tellier

Référence
Thorlund JB et coll. : Similar Effects of Exercise Therapy, Nonsteroidal Anti-inflammatory Drugs, and Opioids for Knee Osteoarthritis Pain: A Systematic Review with Network Meta-analysis. J Orthop Sports Phys Ther. 2022;52(4):207-216. doi: 10.2519/jospt.2022.10490.

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Vos réactions (2)

  • Le mythe médicamenteux

    Le 06 décembre 2022

    Les traitements pharmacologiques de la gonarthrose sont totalement inutiles, et la plupart sont nocifs. Même le bénéfice de la prise d'antalgique est douteux, en tous cas très largement insuffisant au regard de sa nocivité potentielle.
    L'hygiène de vie est absolument essentielle et apporte des bénéfices majeurs. Hormis cela, seule la chirurgie, pratiquée à bon escient, présente un véritable intérêt thérapeutique.
    Le problème est que tout ça ne fait pas les affaires des rhumatologues.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Gonarthrose symptomatique et exercice (s ?) : step by step

    Le 12 décembre 2022

    Tout à fait d'accord quant à l'hygiène de vie qui comprend à mon avis les conseils du rééducateur (terme préféré à physiothérapeute plus en vogue ailleurs) lorsque des soins sont prescrits. Certaines activités physiques, non traumatisantes sont bénéfiques !
    On ne revient pas sur les injections d'acide hyaluronique qui n'ont pas vraiment fait leurs preuves (voir le bon article assez récent du JIM).
    Mon dada : le surpoids trop rarement évoqué, c'est aussi de l'hygiène de vie.

    J-P Olu, MK retraité

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