Tout ce que vous voulez savoir sur le vaccin ARN messager

Durant notre vie nous sommes soumis des centaines de fois à des infections par des agents pathogènes, bactéries et virus qui sont les éléments du « vivant » les plus abondants sur Terre. L’actuelle épidémie de Coronavirus SARS-CoV-2 en est un exemple. Lors du processus infectieux qui se généralise, notre corps se défend grâce à plusieurs stratégies.

Il est opportun de rappeler ici cette maxime fort connue « un esprit sain dans un corps sain » et d’y ajouter « dans un environnement sain ». Le milieu dans lequel nous vivons, et que nous respirons peut véhiculer et disséminer le SARS-CoV-2, et d’autres virus comme celui de la grippe, du rhume, et des bactéries telles que les pneumocoques, à l’état de nanoparticules invisibles. Cet air indispensable à la vie contient aussi des nanoparticules polluantes issues de la circulation des véhicules, du chauffage et des activités industrielles (1).


Quelles défenses contre les virus ?

Chaque jour nous sommes face à ces milliards de particules et la peau est aux avant postes pour stopper ces particules, virus compris, à condition toutefois de se laver régulièrement. La bouche et le nez, directement et indirectement les yeux, les oreilles et les cheveux, par le toucher, sont des portes d’entrée des virus dans notre corps ; les particules de CoV-2 véhiculées par l’air et ses brouillards entrent dans le système respiratoire où les cellules, au nombre d’environ 2x1011 couvrant une surface de 100 m2, sont susceptibles d’être infectées.

Les épithéliums couverts d’une double couche de mucus contenant des mucines représentent la première ligne de défense antivirale. Les virus s’y collent et sont éliminés par le renouvellement constant et rapide du mucus qui contient aussi des familles de peptides ayant une activité antimicrobienne. Cette ligne de défense agit de concert avec la réponse immune innée, menée par les cellules épithéliales qui sont les guetteurs de particules et antigènes indésirables via des familles de récepteurs. Cela leur permet d’avertir neutrophiles, macrophages alvéolaires, cellules lymphoïdes et T qui produisent des molécules ayant une forte activité antivirale comme les interférons et des nucléases qui bloquent la multiplication du virus.

L’activation de la réponse innée conduit à une réponse immune adaptative, spécifique d’un virus, en l’occurrence contre le SARS-CoV-2 dans le but d’éliminer les virus circulants en produisant des anticorps neutralisants (Ac, réponse humorale) et les cellules infectées par les macrophages et cellules T cytotoxiques (réponse cellulaire).

L’élaboration du vaccin anti SARS-CoV-2 utilisant l’ARN messager

L’approche vaccinale utilisant un ARN messager est le résultat d’une accumulation considérable de nos connaissances en biologie moléculaire, en particulier concernant les fonctions et structures des macromolécules biologiques que sont les acides nucléiques ADN et ARN, les protéines et enzymes et les lipides, ainsi qu’en génétique moléculaire concernant la structure et l’expression des gènes. C’est aussi le résultat de technologies novatrices comme le séquençage à haut flux d’ADN, la synthèse chimique de longs fragments d’ADN et leur manipulation pour fabriquer des gènes entièrement synthétiques, leur analyse fonctionnelle et l’analyse fine des résultats par des moyens informatiques. Les avancées fondamentales concernent aussi les mécanismes présidant à la synthèse de l’ARN messager et à son décodage en protéines par la machinerie extrêmement complexe de traduction formée par les ribosomes et les facteurs de traduction.

Le but de la vaccination ARN messager CoV-2 est d’ « éduquer » volontairement le système immunitaire (SI) pour lutter de façon la plus efficace possible contre l’infection à SARS-CoV-2, grâce à la production d’anticorps neutralisant le virus, (réponse humorale), et à celle de cellules T cytotoxiques anti CoV-2.

Voyons les différentes étapes de l’élaboration de ce vaccin :

Production d’un gène synthétique codant la protéine de surface S du SARS-CoV-2 (2-3)

  1. Informatique et synthons : grâce à l’informatique on définit la séquence exacte de chaque fragment d’ADN à synthétiser par une voie chimique sur la base de la séquence codante du gène S. Des séquences en 5’ (début) et 3’ (fin) du gène doivent être ajoutées, correspondant aux signaux nécessaires à la synthèse ultérieure de l’ARN puis de la protéine S.
  2. Synthons et gène synthétique : une fois les fragments d’ADN obtenus par synthèse chimique, ils sont assemblés en synthons, qui sont ligaturés entre eux pour obtenir le gène synthétique. Il est amplifié au moyen d’une ADN polymérase et contrôlé parséquençage. Enfin son activité est analysée en système cellulaire.
  3. Optimisation du gène et mutations. Dans le cas du gène codant la spicule du SARS-CoV-2, le gène S, des mutations ont été introduites pour stabiliser l’ARNm et pour optimiser la production de la S par l’appareil de traduction. Des mutations ont aussi été introduites dans la séquence codant S pour la stabiliser et prévenir une coupure par une enzyme cellulaire appelée Furine.

Production de l’ARNm codant S du SARS-CoV-2

  1. Production en grandes quantités de l’ADN synthétique dit ADN matrice, et purification pour obtenir un ADN pur.
  2. Production de l’ARNm S en très grandes quantités in vitro par transcription de l’ADN synthétique, élimination de l’ADN matrice et purification de l’ARNm pour éliminer les produits de dégradation de l’ADN qui pourraient subsister, et des nucléotides triphosphates non utilisés (5).

Production du vaccin SARS-CoV-2 sous forme de nanoparticules lipidiques

L’ARNm préparé à l’état très pur sans contaminants nucléotidiques est mélangé à un complexe de lipides et phospholipides pour former des nanoparticules stériles. La teneur en ARNm dans les nanoparticules est en général de 1 mg/ml avec conservation entre -80°C et -20°C (5,6).

Après administration du vaccin en ID ou IM, la protéine S exprimée est localisée à la surface des cellules et y demeure car la mutation du site de la Furine empêche son internalisation et son recyclage. Ce mode de présentation de l’antigène S induit une réponse immune de type T et B, et mémoire

De nombreux types de vaccins anti-SARS-CoV-2 différents sont en cours de développement : citons des vaccins vivants atténués, ceux comprenant une fraction des antigènes viraux, et ceux utilisant des adénovirus recombinants de chimpanzé.

Concernant le vaccin constitué de nanoparticules ARNm anti-SARS-CoV-2 COV2, les données publiées sur un modèle de souris montrent qu’il génère une réponse TCD4+ et TCD8+ ainsi que la production d’anticorps neutralisants, et une réponse mémoire des
cellules B de bon niveau.

Les questions qui se posent

Ce tableau semble presque idéal mais une série de questions se pose :

Le niveau d’anticorps produits est-il très variable d’une personne à une autre ? Varie-t-il en fonction de l’âge ?

De la consommation d’alcools et de tabac et d’obésité ? Combien de temps persiste la réponse mémoire ?

Enfin sachant qu’une grande quantité d’ARN est injectée, une réponse anti-ARN et anti-RNP (Anti-RO/La) (7) est-elle à craindre avec la survenue d’effets indésirables liés à ces anticorps ?

On assiste à un vieillissement notable de la population mondiale, en particulier en Europe et en Amérique du Nord. En effet les personnes âgées de 60 ans et plus vont représenter à terme 25 % de la population (4). Le vieillissement s’accompagne d’une immuno-senescence qui s‘aggrave notablement au-delà de 70 ans, ce qui a pour effet direct une réponse immune plus faible en quantité et en qualité lors d’une infection virale et d’une vaccination. Cet impact touche l’immunité innée comme l’adaptative lors d’infections virales, et de vaccination.

Effectivement les réponses B humorale, et T cytotoxique s’affaiblissent, y compris la réponse mémoire. La production d’anticorps à la suite d’une vaccination est impactée en quantité d’anticorps produits comme dans leur qualité. L’immuno-senescence s’accompagne aussi d’un dysfonctionnement résultant en un état inflammatoire chronique qui pourrait être aggravé par la vaccination.

Enfin la consommation de tabac en plus du vieillissement a un fort impact négatif sur l’immunité innée, adaptative et mémoire.

En guise de conclusion, la même maxime s’applique pour les individus et la société : « Un esprit sain dans un corps sain » et « un environnement sain ».

Dr Jean-Luc Darlix, DRE Emérite INSERM

Références
1-Mechanistic impact of outdoor air pollution on asthma and allergic diseases Shau-Ku Huang 1 , Qingling Zhang 1 , Zhiming Qiu 1 , Kian Fan Chung 1 J. Thorac Dis PMID: 25694815 PMCID: PMC43
2-Synthetic DNA Synthesis and Assembly: Putting the Synthetic in Synthetic Biology. Hughes RA, Ellington AD. Cold Spring Harb Perspect Biol. 2017 Jan 3;9(1):a023812. doi: 10.1101/cshperspect.a023812. PMID: 28049645
3-A Single Immunization with Nucleoside-Modified mRNA Vaccines Elicits Strong Cellular and Humoral Immune Responses against SARS-CoV-2 in Mice. Laczkó D, Hogan MJ, Toulmin SA, Hicks P LC, Weissman D, Krammer F, Bates P, Allman D, Locci M, Pardi N. Immunity. 2020 Oct 13;53(4):724-732.e7. doi: 10.1016/j.immuni.2020.07.019. Epub 2020 Jul 30. PMID: 32783919
4-Immunosenescence and human vaccine immune responses Stephen N Crooke 1 , Inna G Ovsyannikova 1 , Gregory A Poland 1 , Richard B Kennedy PMID: 31528180 PMCID: PMC6743147 DOI: 10.1186/s12979-019-0164-9
5-A Multi-Targeting, Nucleoside-Modified mRNA Influenza Virus Vaccine Provides Broad Protection in Mice. Freyn AW, Ramos da Silva J, Rosado VC, et al.. Mol Ther. 2020 Jul 8;28(7):1569-1584. doi:10.1016/j.ymthe.2020.04.018. Epub 2020 Apr 19. PMID: 32359470
6-Lipid Nanoparticle Systems for Enabling Gene Therapies. Cullis PR, Hope MJ. Mol Ther. 2017 Jul 5;25(7):1467-1475. doi: 10.1016/j.ymthe.2. PMID: 28412170
7- Anti-RO/SSA and anti-La/SSB antibodies: Association with mild lupus manifestations in 645 childhood-onset systemic lupus erythematosus. Novak GV, Marques M, Balbi V, Gormezano NW, Kozu K, Sakamoto AP, et al. Autoimmun Rev. 2017 Feb;16(2):132-135. doi: 10.1016/j.autrev.2016.12.004. Epub 2016 Dec 14. PMID: 27988434

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (5)

  • Réaction allergique

    Le 27 décembre 2020

    Ce qui est vu c'est une allergie à un composé pas évoqué :
    https://flutrackers.com/forum/forum/welcome-to-the-scientific-library/vaccines-aa/902372-j-allergy-cip-immediate-hypersensitivity-to-polyethylene-glycols-and-polysorbates-more-common-than-we-have-recognized

    qui semble présent ailleurs :

    "Thousands of medications contain either PEGs or structurally similar polysorbates.Our ..."

    C'est marqué sur les étiquettes , ou c'est comme au loto ?

    Dr Bertrand Carlier

  • Bla bla bla et on pique....

    Le 28 décembre 2020

    Dans cette article, tout va bien dans le meilleur des mondes…
    J'espère que l'auteur donnera l'exemple et ira donc se faire vacciner !
    "En guise de conclusion, la même maxime s’applique pour les individus et la société : « Un esprit sain dans un corps sain » et « un environnement sain »."
    Franchement, votre conclusion ne veut rien dire ! Sans doute n'aviez vous pas "l'esprit sain" au moment de conclure votre éloge "funeste" sur une thérapie génique (et non un vaccin) qui aura des conséquences peu glorieuses sur l'avenir de notre humanité ! Ce produit est d'ailleurs tellement "Safe et sécure" que notre gouvernement invite les EHPAD à se fournir en adrénaline pour les réactions post vaccinale de nos pauvres personnes âgées !
    Oublié le serment d'Hippocrate….

    Zahia Chardin

  • Nous sommes dans l'incertitude nous aussi

    Le 31 décembre 2020

    https://criigen.org/covid-19-les-technologies-vaccinales-a-la-loupe-video/

Voir toutes les réactions (5)

Réagir à cet article