La maladie mentale ce n’est (vraiment ?) pas du cinéma

Paris, le samedi 18 novembre 2023 - “Would we and our patients really be better off if films with a theme of mental illness were censored or banned?” (Nous et nos patients, serions-nous vraiment mieux lotis si les films ayant pour thème la maladie mentale étaient censurés ou interdits ?) [Peter Byrne][1]

 Le Residents’ Journal (supplément de l’American Journal of Psychiatry destiné aux jeunes psychiatres) explore la relation entre la psychiatrie et les médias visuels (cinéma, télévision). Depuis le premier film en 1895, et davantage que d’autres formes d’expression comme la peinture ou la photographie, le cinéma a « significativement influencé la psychiatrie, et vice versa. »

C’est pourquoi les représentations de la psychiatrie dans les médias visuels aident à comprendre « les perceptions préconçues que les patients peuvent apporter dans une séance thérapeutique. » Les auteurs rappellent que les cinéastes ont « rarement représenté de manière réaliste ou positive les psychopathologies, les traitements et les psychiatres », mais qu’au contraire les « nombreuses représentations négatives et stéréotypées de la maladie mentale, des psychiatres et des traitements psychiatriques » à l’écran propagent chez les spectateurs des idées reçues sur la psychiatrie et contribuent à alimenter le débat public sur la discipline. 

Comme par exemple, en 1975, le film de Miloš Forman, One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Vol au-dessus d’un nid de coucou), réquisitoire poignant contre la lobotomie. À propos de l’infirmière Ratched, personnage incarnant la brutalité de certaines pratiques psychiatriques, Miloš Forman disait : « elle croit aider les gens, on pense naturellement qu’elle est bonne, mais en découvrant le mal à l’œuvre, ça renforce l’élément dramatique. »

Parmi les films évoqués dans cet article, citons notamment : Dr. Dippy’s Sanitarium (film muet américain de 1906 évoquant un asile où le « stéréotype du psychiatre comique » ne propose comme unique traitement à ses patients que... des tartes !)[1] ; M (M le maudit de Fritz Lang, en 1931), inspiré par la folie meurtrière d’un serial killer, surnommé ‘‘Le vampire de Düsseldorf’’) ; le célèbre Psycho (Psychose) d’Alfred Hitchcock, inspiré aussi en 1960 de faits réels, liés à un autre tueur en série ; ou encore Trainspotting (film britannique de Danny Boyle évoquant en 1996 les addictions).

Liste arbitrairement succinte... Se déclarant « inquiets mais enthousiasmés » par « l’influence croissante des médias visuels sur la psychiatrie », les auteurs estiment essentiel « d’intégrer l’éducation aux médias visuels dans le programme des études de psychiatrie », en développant une collaboration entre résidents, psychiatres universitaires, directeurs de programmes et organisations comme l’American Psychiatric Association (la société savante éditrice de l’American Journal of Psychiatry et du DSM).

[1] https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/D04B1C24CB23E926B22BFAEE4B5BFF1A/S1355514600005836a.pdf/div-class-title-why-psychiatrists-should-watch-films-or-what-has-cinema-ever-done-for-psychiatry-div.pdf

Dr Alain Cohen

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