A star is gone

Washington, le samedi 27 août 2022 – Le Dr Anthony Fauci, devenu le plus célèbre des chercheurs américains, a annoncé qu’il quitterait ses fonctions officielles en décembre prochain.
26 avril 2020.

Alors que les Etats-Unis sont touchés, comme le reste de la planète, par la première vague de Covid-19, la célèbre émission Saturday Night Live est diffusée à la télévision. Comme souvent, le programme s’ouvre par une parodie et c’est Brad Pitt qui s’en charge.

Cette fois l’acteur ne va pas caricaturer un homme politique ou une star de la chanson comme l’émission en a l’habitude mais un médecin, le Dr Anthony Fauci. Placé à la tête de la « task force » chargé de lutter contre la Covid-19 par le président Donald Trump, Fauci est devenue en quelque mois le premier immunologiste à être érigé en star.

Rien ne prédestinait Anthony Fauci à devenir une célébrité nationale et même internationale, adulée par les uns, détestée par les autres. Né en 1940 dans une famille d’immigrés italiens, il réalise de brillantes études de médecine (il est major de sa promotion à Cornell en 1966).

Il se tourne alors vers l’immunologie et fera presque l’intégralité de sa carrière au centre national des maladies infectieuses (NIAID), dans lequel il entre en 1968 et qu’il dirige depuis 1984.

Il mène alors d’importantes recherches sur les mécanismes permettant aux agents immunosuppresseurs de moduler la réponse immunitaire humaine et commence à se faire un nom dans le petit monde de l’immunologie.

De l’« idiot incompétent » au « véritable héros »

Le premier tournant de sa carrière a lieu avec l’apparition du SIDA au début des années 1980. « Ma carrière et mon identité ont véritablement été définis par le VIH » dira-t-il en 2020.

Lui et son équipe concurrent à d’importantes découvertes sur les mécanismes de la contamination par le VIH qui contribueront à l’élaboration des traitements. Il devient l’un des scientifiques les plus cités dans les revues scientifiques et un intervenant régulier des congrès SIDA qui jalonnent le monde.

Devenu en 1984 l’un des conseillers en santé publique de la Maison Blanche, le génie de l’immunologie se découvre alors des talents de communication. C’est lui qui parvient à apaiser les relations d’abord très tendues entre les homosexuels et le gouvernement fédéral, les premiers accusant le second de ne pas en faire assez pour combattre l’épidémie.

Larry Kramer, l’un des plus célèbres activistes homosexuels des années 1980, qui avait d’abord qualifié le Dr Fauci d’« idiot incompétent », finira par dire qu’il était « le seul véritable héros au sein de l’administration ».

Si l’épidémie de SIDA l’a fait connaitre dans le monde de la recherche et dans la communauté homosexuelle, c’est celle de Covid-19 qui le rendra célèbre aux yeux du grand public. Alors que les Américains s’inquiètent de la hausse du nombre de cas et surtout de morts, ses interventions télévisées quasi quotidiennes, dans lesquels il rappelle aux Américains l’importance des gestes barrières sans jamais perdre son calme olympien et sa bonhomie, rassure les citoyens.

Il forme alors un duo détonnant avec le Président Trump. Tout oppose les deux hommes, aussi bien dans le comportement que physiquement. Mais le chétif scientifique n’hésitera pas à recarder plusieurs fois en public l’imposant chef d’Etat, qui multiplie les élucubrations et les recommandations hasardeuses.

Pas prêt à prendre sa retraite

La Fauci mania s’empare alors des Américains. Sur des mugs, sur des t-shirts, en tatouage, le visage de l’immunologiste est partout. Mais il y a bien sur un revers de la médaille et le Dr Fauci devient alors la cible de critiques de la part des opposants aux mesures de restrictions sanitaires.

Le parti républicain demande sa tête et le Président Trump menace plusieurs fois de le renvoyer, sans jamais sauter le pas. Certains complotistes et antivaccins acharnés vont jusqu’à le menacer de mort et le paisible grand-père est obligé d’être mis sous protection policière permanente.

Sans doute le Dr Fauci n’est d’ailleurs pas exempt de toutes critiques dans sa gestion de l’épidémie, notamment en ce qu’il a d’abord réfuté l’utilité des masques et s’est obstiné à défendre coûte que coûte la fermeture des écoles, malgré les conséquences dommageables pour les enfants.

L’arrivée au pouvoir du plus conciliant Joe Biden et le recul de l’épidémie de Covid-19 vont permettre de calmer Fauci mania et Fauci bashing et redonner un peu de sérénité à l’action du scientifique.

Alors que le coronavirus n’est désormais plus au centre des préoccupations des Américains, le Dr Fauci a annoncé ce lundi qu’il allait quitter ses fonctions de directeur du NIAID et de conseiller à la Maison-Blanche, après 38 ans de bons et loyaux services.

Le président Biden l’a remercié pour son action, estimant que « les Etats-Unis sont plus forts, plus résilients et en meilleure santé grâce à lui ».

Mais à bientôt 82 ans, Anthony Fauci n’est pas encore prêt à prendre sa retraite et s’est dit impatient de « poursuivre la prochaine phase de ma carrière avec toute l’énergie et la passion qu’il me reste dans mon domaine ».

Quentin Haroche

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