Pasteur, la rage de vaincre

Paris, le samedi 24 décembre 2022 – La France célébrera mardi prochain le bicentenaire de l’un de ses plus grands scientifiques, Louis Pasteur.

Le « pays de Pasteur ». La périphrase est souvent utilisée pour souligner l’importance de la France dans l’histoire de la médecine et des sciences et sans doute aussi pour regretter que, avec les années, notre pays ait perdu sa place centrale au profit d’autres nations. Plus que tout autre scientifique, Louis Pasteur représente l’excellence scientifique française, dans notre pays bien sur où plus de 2 000 rues, avenues et boulevards portent son nom mais aussi dans le reste du monde, puisque l’Institut éponyme comporte 31 antennes différentes à travers la planète.

Né il y a donc tout juste 200 ans dans le Jura, le 27 décembre 1822, ce fils de tanneur était au départ pourtant bien éloigné des débats médicaux. Chimiste passé par l’Ecole normale supérieure, il se consacre au départ à la chiralité moléculaire. Mais à une époque où les scientifiques sont souvent des touche à tout, ses premiers travaux l’amènent à s’intéresser à la fermentation. En 1865, il dépose un brevet sur la conservation du vin par chauffage modéré à l’abri de l’air (procédé désormais connu sous le nom de pasteurisation) qui sera suivi d’un brevet sur la fabrication de la bière en 1871.

« Le hasard ne favorise que les esprits préparés »

Il s’engage alors de plein pied dans la controverse qui oppose alors les scientifiques entre partisans de la génération spontanée, théorie « officielle » selon laquelle les êtres vivants tout comme les maladies naissent de la matière inanimée et ceux de la théorie microbienne de l’origine des maladies. Par ses travaux, Pasteur fera triompher cette deuxième hypothèse. Une rivalité accentuée par la récente guerre de 1870 l’opposera alors au plus grand médecin allemand de son temps, le Dr Robert Koch, qui découvre le bacille à l’origine de la tuberculose en 1882.

Si Pasteur est considéré comme le père de la microbiologie, ce sont ses travaux sur les vaccins qui le feront entrer dans la postérité. A l’époque, la seule méthode de vaccination usitée chez l’humain est l’inoculation de la vaccine pour protéger contre la variole, technique mise au point par l’Anglais Edward Jenner en 1796. Selon la légende, c’est en reprenant de vieilles cultures oubliées que Pasteur comprend que les animaux exposés à des souches atténuées de choléra des poules sont immunisées contre la maladie. Si la découverte de la vaccination a donc eu une part de sérendipité, « dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés » comme le disait Pasteur.

L’élaboration d’un vaccin contre la maladie du charbon en 1880 puis d’un autre contre le rouget des porcs en 1882 feront de Pasteur le héros des éleveurs de toute la France, à tel point qu’il envisage alors de se lancer en politique. Mais c’est bien sûr l’élaboration du vaccin contre la rage qui fera de Pasteur un héros national de son vivant. Pasteur « créé » son virus atténué en exposant de la moelle épinière de lapin rabique desséché à de l’air sec, une méthode quelque peu artisanale qui n’aurait sans doute pas l’AMM aujourd’hui !

Des méthodes éthiquement discutables

L’histoire retiendra que le premier patient que Pasteur sauvera de la rage est un enfant alsacien de 9 ans, Joseph Meister, mordu par un chien enragé et vacciné le 6 juillet 1885 (qui deviendra gardien de l’institut Pasteur et se suicidera à l’arrivée des Allemands à Paris en 1940). En réalité, Pasteur avait déjà essayé son vaccin sur deux autres personnes sur lesquels il n’avait rien publié, l’un parce que le diagnostic de rage était erroné, l’autre parce que le patient n’avait pas survécu.

Il est vrai que Pasteur n’avait pas toujours un grand respect pour les règles de l’éthique médicale. En 1884, il avait ainsi écrit à l’Empereur du Brésil pour qu’il lui fournisse des condamnés à mort, afin d’expérimenter son vaccin. Et après avoir vacciné le petit Meister, le scientifique n’a pas hésité à lui inoculer un virus de la rage non atténué pour contrôler l’efficacité de la vaccination, risquant ainsi de le tuer. « Les conditions dans lesquelles ont été expérimentés le vaccin contre la rage feraient frémir respectivement nos modernes comités d’éthique » dira en 110 ans plus tard le directeur de l’Institut Pasteur Maxime Schwartz.

Un génie…de la synthèse

Ces considérations morales n’entachent pas la gloire de Pasteur. De toute la France, des personnes mordus par des animaux enragés viennent se faire vacciner par l’illustre scientifique, avec des résultats plus ou moins concluants (deux enfants mourront, créant un début de scandale). Une souscription nationale permet la création de l’Institut Pasteur en 1888 et le gouvernement lui offre des célébrations grandioses pour ses 70 ans en 1892. Il meurt dans la gloire en 1895 et est enterré à l’Institut qui porte son nom.

200 ans après la naissance de Pasteur, le temps des hagiographies est passé. Beaucoup rappellent que le vaccin de Pasteur contre la rage sera remplacé par celui de l’Italien Claudio Fermi, beaucoup plus efficace, dès les années 1910. Certains biographes, comme le Dr Patrice Debré, considère que le génie de Pasteur réside surtout dans son esprit de synthèse et sa capacité à organiser des théories jusque là disparate, telle celle de l’origine microbienne des maladies.

Impossible de nier toutefois l’apport essentiel de Louis Pasteur à l’élaboration des vaccins qui, n’en déplaisent aux antivaccins, auront sauvé des centaines de millions de vies et qui, plus de 150 ans après les travaux de Pasteur, continuent, comme l’épidémie de Covid-19 nous l’a rappelé, d’être au cœur des questions de santé publique.

Quentin Haroche

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