Est-il possible de prédire la gravité des réactions d’allergie alimentaire ?

Si les accidents anaphylactiques d’évolution fatale sont rares, ils sont aussi imprévisibles. La majorité des personnes qui décèdent d’une anaphylaxie n’avaient jusqu’alors présenté que des réactions allergiques modérées. Cette incapacité à identifier les patients à plus haut risque de réactions graves fait que tous les patients allergiques sont considérés au même niveau de risque. Cela peut créer de l’anxiété, des restrictions alimentaires excessives et une altération de la qualité de vie. Idéalement, il faudrait que les praticiens puissent évaluer plus précisément le risque de réaction anaphylactique, pour proposer une prise en charge adaptée.

Un groupe d’expert européens a réalisé une revue bibliographique et analysé 88 publications (4 revues systématiques, 9 essais randomisés contrôlés, 75 études observationnelles). L’objectif était de synthétiser les données les plus récentes au sujet des facteurs de risque de réactions sévères chez les patients présentant une allergie alimentaire.

 

Les antécédents ne sont pas prédictifs du risque

Le premier constat est qu’un antécédent d’anaphylaxie n’est pas un marqueur de risque d’un autre accident anaphylactique, fatal ou non. Inversement, l’absence d’antécédent d’anaphylaxie ne doit pas non plus rassurer.

Si la présence d’asthme n’est pas non plus un facteur prédictif, plusieurs études suggèrent qu’un asthme mal contrôlé pourrait être associé à une augmentation du risque de réaction sévère.

La présence de taux élevés d’IgE peut être associée à une forte réactivité clinique, mais, en pratique, ne permet pas de prédire la sévérité de la réaction ni le risque d’anaphylaxie. Il se pourrait toutefois que l’allergologie moléculaire fournisse un supplément d’informations. Ainsi, pour l’allergie aux fruits à coque, la présence d’IgE contre l’albumine 2S pourrait être associée à une augmentation du risque d’anaphylaxie. Pour l’allergie aux arachides, la mono-sensibilisation à Ara h8 est associée à un risque plus faible et suppose souvent un syndrome pollen-aliment.

Quant au mode de fabrication des aliments et l’association de l’allergène avec d’autres ingrédients, les données sont limitées. Des personnes réagissant à de faibles doses d’allergènes ne sont pas obligatoirement à risque plus élevé de réactions sévères.

L’asthme mal équilibré et l’exercice, facteurs de risque d’anaphylaxie sévère

L’âge pourrait être un facteur de risque. Le risque de forme sévère semble plus élevé chez les adolescents et les jeunes adultes, ce qui est souvent mis, sans preuve formelle, sur le compte de conduites à risque.

En revanche, l’exercice est le co-facteur d’anaphylaxie alimentaire le mieux décrit, rapporté dans 10 à 20 % des cas. Il s’agit aussi du cofacteur le plus fréquent signalé lors des effets indésirables de l’immunothérapie. L’impact de la consommation d’alcool n’est pas démontré. En ce qui concerne les médicaments, les bêtabloquants et les inhibiteurs de l’enzyme de conversion peuvent aggraver la sévérité des réactions allergiques, mais semblent toutefois avoir un impact limité.

Le délai d’identification des symptômes et de traitement de l’anaphylaxie ont été associés à une évolution plus grave.

En conclusion, les auteurs estiment que les patients présentant une allergie alimentaire doivent savoir qu’ils peuvent présenter des réactions de gravité variable, y compris une anaphylaxie, même s’ils se considèrent à faible risque. Tous doivent être capables de reconnaître et de traiter une anaphylaxie. Ceci est vrai pour tous, mais particulièrement pour les personnes ayant des antécédents d’anaphylaxie, pour les adolescents et jeunes adultes. Ils doivent connaître les cofacteurs susceptibles d’aggraver la réaction, notamment l’exercice, et, en cas d’asthme associé, il est recommandé d’optimiser le contrôle de celui-ci.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Turner PJ et coll. : Global Allergy, Asthma European Network (GA2LEN) Food Allergy Guideline Group. Risk factors for severe reactions in food allergy: Rapid evidence review with meta-analysis. Allergy. 2022 Sep;77(9):2634-2652

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