Des arguments pour la poursuite de la vaccination Covid-19 en cas de MICI sous biothérapie

Les traitements anti-TNF sont associés à des réponses anticorps atténuées après la vaccination contre le SARS-CoV-2. Liu et Coll. ont cherché à déterminer comment l’anti-TNF infliximab et l’anti-intégrine vedolizumab affectent les anticorps neutralisants (qui préviennent l’infection en bloquant l’entrée du virus dans les cellules cibles) induits par le vaccin contre la souche sauvage initiale mais aussi contre les variants omicron dominants, hautement transmissibles, à l'origine des vagues d'infection actuelles.

Une analyse de sous-groupe de l’étude CLARITY IBD

CLARITY IBD est une étude de cohorte prospective, multicentrique, observationnelle portant sur le rôle de l'infliximab et du vedolizumab sur l'infection par le SARS-CoV-2 et la vaccination chez les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Des patients âgés de 5 ans et plus avec un diagnostic de MICI, traités par un de ces agents biologiques pendant au moins 6 semaines ont été recrutés dans 92 hôpitaux au Royaume-Uni. Le principal critère de jugement était la neutralisation des réponses anticorps contre le type sauvage et les sous variants omicron BA.1 et BA.4/5 après trois doses de vaccin contre le SARS-CoV-2.

Entre le 22 septembre et le 23 décembre 2020, 7224 patients ont été recrutés. Parmi eux, les 1288 sujets qui n'avaient pas d’infection antérieure par le SARS-CoV-2 après trois doses de vaccin ont été inclus dans cette analyse de sous-groupe (infliximab n=871, vedolizumab n=417 ; âge médian 46,1 ans [IQR 33,6-58,2]).

Des anticorps neutralisants moins puissants

Après trois doses de vaccin, les titres neutralisants à 50 % (NT50) étaient significativement plus faibles (p<0.0001) chez les patients traités par infliximab que chez ceux traités par vedolizumab, concernant le type sauvage (moyenne géométrique 2062 vs 3440), le variant BA.1 (107,3 vs 648,9) et les variants BA.4/5 (40,63 vs 223,0). Les échappements viraux étaient significativement plus fréquents chez les patients traités par infliximab  (119 [13,7 %] sur 871)  que chez ceux traités par vedolizumab (29 [7,0 %] sur 417 ; p=0·0004). L’infliximab était associé à un risque plus élevé d’infection Covid-19 que le vedolizumab (RR 1,71 ; p=0·022). Parmi les participants qui ont eu un échappement vaccinal, les titres d'anticorps neutralisants plus élevés contre BA.4/5 étaient associés à un risque d’infection plus faible et, par conséquent, à un délai plus long avant le développement d’une infection par les nouveaux variants du SARS-CoV-2 (HR 0,87; p=0.0028).

Peu de formes graves chez les sujets vaccinés

Après BA1 et BA2, la France subit depuis juin 2022 une progression des variants BA.4/5 responsables d'un rebond épidémique. Plus d'une centaine de sous-lignages de BA.5 circulent en France dont le variant BQ.1.1, plus contagieux, testé dans cette étude. Identifié depuis octobre 2022, ce dernier semble résister aux anticorps produits par la vaccination ou par une infection antérieure ainsi qu’aux anticorps monoclonaux thérapeutiques ; mais sa présentation clinique et sa sévérité ne sont pas différentes de la souche sauvage d’Omicron. Dans cette étude, Liu et Coll. montrent que les patients traités par infliximab présentent des taux d’anticorps neutralisants significativement plus faibles que ceux traités par vedolizumab, et moins puissants, contre tous les variants du SARS-CoV-2, quel que soit le schéma de primo-vaccination. Malgré l’absence de groupe témoin, ces résultats ont persisté après ajustement pour tenir compte des caractéristiques potentiellement confondantes des patients (âge, prise concomitante d'immunomodulateurs et de corticostéroïdes, comorbidités).

Le développement de la Covid-19 chez un organisme protégé (ou échappement vaccinal) est défini comme un test positif au SARS-CoV-2 plus de 14 jours après avoir terminé la série primaire de vaccination. Fait rassurant, bien que le traitement par infliiximab soit associé à un risque accru d’infection, les symptômes de la Covid-19 étaient légers et les maladies graves responsables d’hospitalisations et de décès  restaient peu fréquentes dans cette étude. A titre de comparaison, le Département de la santé de l'État de New York a recensé au 5 décembre 2022, 2 467 765 cas (soit 18.4 %) de cas confirmés et 92 074 hospitalisations (soit 0.69 %) avec Covid-19 parmi les personnes entièrement vaccinées dans cet état. Ces chiffres reflètent non seulement l'efficacité des vaccins, mais aussi les changements au fil du temps dans l'intensité de l'épidémie, la virulence réduite des variants BA. 4/5 préoccupants, les comportements de protection (masques, distanciation sociale), ainsi que le nombre croissant de sujets entièrement vaccinés.

Priorité aux patients sous anti-TNF pour les rappels

L'association entre le développement du SARS-CoV-2 chez les patients correctement vaccinés atteints de MICI traités par l'infliximab et la réduction des titres d'anticorps neutralisants contre BA.4/5 et l’atténuation de leur réponse, soulignent l'importance de poursuivre les programmes de vaccination en particulier dans les sous-groupes de patients où l'immunogénicité et l'efficacité des vaccins sont réduites, et soutiennent la priorisation de la vaccination de rappel chez ces patients. Ces vaccins sont soit bivalents de deuxième génération, soit l’un des nouveaux vaccins non ARNm récemment validés par la HAS. Ils sont actifs contre les variants d’Omicron et peuvent être utilisés comme injection de rappel dès 3 mois après la dernière infection ou injection.

D'autres agents immunosuppresseurs comme le méthotrexate, l’azathioprine et les inhibiteurs de JAK seraient également susceptibles d'affecter l'immunité induite par le vaccin contre la Covid-19 et mériteraient d’être étudiés dans l’avenir.

Dr Sylvain Beorchia

Référence
Liu Z, Le K, Zhou X, et al ; CLARITY study investigators. Neutralising antibody potency against SARS-CoV-2 wild-type and omicron BA.1 and BA.4/5 variants in patients with inflammatory bowel disease treated with infliximab and vedolizumab after three doses of COVID-19 vaccine (CLARITY IBD): an analysis of a prospective multicentre cohort study. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2022 Dec 5:S2468-1253(22)00389-2. doi: 10.1016/S2468-1253(22)00389-2. Epub ahead of print. PMID: 36481043; PMCID: PMC9757903

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Vos réactions (2)

  • Article de niche

    Le 29 décembre 2022

    Vous pouvez continuer à sortir de petits articles de ci de là, sur "il faut vacciner les femmes enceintes", "il faut vacciner les nourrissons", "on peut continuer à vacciner le fibromyalgique qui a chopé une bléno", mais le grand article prospectif en double aveugle randomisé (ou même observationnel tout aussi efficace pour ce type de démonstration) sur l'avantage démontré du groupe vacciné sur le groupe non vacciné vous ne l'aurez pas. J'en veux pour preuve dans la vie réelle, l'impossibilité d'obtenir de la part des instances le fameux chiffre de la mortalité toute cause en fonction du statut vaccinal et si possible en fonction de la date de vaccination. Vous, les idolâtres de la vaccination, vous devriez supplier les instances de donner ce chiffres qui pourrait mettre un terme définitif à ce débat en démontrant de manière ostentatoire la supériorité du dieu vaccin sur ces loqueteux de non vaccinés. Ce chiffre actuellement demandé par voie judiciaire, n'existe pas selon l'administration (CADA). Deux possibilités : soit il est caché (donc non favorable, hypothèse complotiste) soit effectivement il n'existe pas (donc impossibilité de démontrer l'efficacité du vaccin sur les formes graves dans la vie réelle) CQFD.
    Joyeuse fêtes

    Dr V Bentolila

  • En accord avec Dr Bentolila

    Le 29 décembre 2022

    Comme l'écrivait jadis Honoré de Balzac: "Il y a deux histoires : l'histoire officielle, menteuse, puis l'histoire secrète où sont les véritables causes des évènements". L'emprise mondialiste n'a fait que majorer ce que nous vivons aujourd'hui. Les vrais chiffres existent mais nous n'en aurons officiellement connaissance que dans cinquante ans. Croyez-vous que c'est par pur hasard que toutes les décisions sont prises depuis le début dans le cadre de la Commission de la Défense Nationale ?
    Ceci explique aussi le "Nous sommes en guerre". En fait tout est ficelé depuis le début. Vous n'y pouvez rien, je n'y peux rien, beaucoup n'y peuvent rien. "Ils savent qu'ils mentent, ils savent que nous savons qu'ils mentent, nous savons aussi qu'ils savent que nous savons qu'ils mentent et pourtant ils continuent à mentir." Quant à ceux de nos confrères qui disent ne pas savoir ou qui cautionnent, ce sont ceux qui sont dans le déni administratif, dans l'incompétence ou très loin du primum non nocere par intérêt personnel. On vous traitera d'antivax. Il faudra répondre : un vaccin qui ne protège pas de la contagion, de la transmission et qui nécessite des rappels tous les six mois pour une pseudo protection n'est pas un vrai vaccin. La mémoire immunitaire post-vaccinale n'a jamais eu de date de péremption de quatre à six mois maximum. Depuis toujours, le propre d'un vrai vaccin est d'induire une réponse immunitaire durable. Sinon lesdits vaccins n'ont aucune raison d'être sauf celle d'enrichir ceux qui le produisent et ceux qui cautionnent. CQFD.

    Dr P Mongeard

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