Ces dysfonctions s'intensifient avec l'âge et certaines comorbidités, particulièrement les pathologies urogénitales chez l'homme. Chez les femmes, des antécédents de violences sexuelles majorent le risque de 50 %
Les dysfonctions sexuelles regroupent un ensemble de troubles pouvant affecter le désir, le plaisir, l’excitation ou provoquer des douleurs lors des rapports sexuels. Longtemps peu documentées en population générale, elles font l’objet d’une analyse actualisée à partir des données de l’enquête Contexte des sexualités en France 2023 (CSF-2023), menée auprès de personnes âgées de 18 à 89 ans vivant en France hexagonale.
Une enquête nationale actualise les données françaises
Les données présentées reposent sur l’enquête CSF-2023, une vaste étude nationale consacrée aux parcours et pratiques sexuelles en France. L’analyse publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire s’intéresse spécifiquement aux personnes sexuellement actives au cours des 12 derniers mois.
Au total, 9 118 personnes âgées de 18 à 89 ans ont été incluses dans cette analyse. Les chercheurs ont évalué plusieurs dimensions des dysfonctions sexuelles : troubles du désir, manque de plaisir, douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie), sécheresse vaginale chez les femmes et troubles de l’érection chez les hommes.
Les auteurs soulignent que les outils standards évaluant les dysfonctions sexuelles, tels que le Female Sexual Function Index (FSFI) pour les femmes et l’International Index of Erectile Function (IIEF) pour les hommes, distinguent mal les troubles persistants des troubles transitoires et prennent insuffisamment en compte la détresse associée, pourtant essentielle pour apprécier l’impact des symptômes.
L’étude a ainsi retenu une définition intégrant à la fois la persistance des troubles pendant au moins 6 mois et leur retentissement sur la qualité de vie sexuelle, à travers 2 indicateurs : la présence d’un trouble sexuel persistant et l’existence d’un trouble vécu comme une source de détresse.
Pour explorer ces dysfonctions, les auteurs ont analysé différents facteurs sociodémographiques et psychosociaux, incluant notamment le sexe, l’âge, le niveau d’éducation, la présence d’une maladie chronique, d’une incapacité fonctionnelle ou d’une maladie urogénitale, ainsi que les antécédents de violences sexuelles.
Des troubles fréquents, particulièrement chez les femmes
Les résultats montrent que les dysfonctions sexuelles persistantes concernent une part importante des personnes sexuellement actives en France. Au total, 36,4 % des femmes déclarent au moins un trouble persistant contre 18,9 % des hommes.
Les troubles associés à une détresse ou à une altération de la qualité de vie sexuelle concernent 21,2 % des femmes et 10,9 % des hommes.
Les troubles les plus fréquemment rapportés chez les femmes et les hommes âgés de moins de 30 ans concernent aussi bien l’insuffisance du désir que les difficultés à atteindre l’orgasme. Après 60 ans, la nature des troubles diffère selon le sexe, avec une prédominance de la sécheresse vaginale chez les femmes et des troubles de l’érection chez les hommes.
Des facteurs associés différents selon le sexe et l’âge
L’analyse multivariée met en évidence plusieurs facteurs associés à une augmentation significative du risque de dysfonctions sexuelles :
- L’avancée en âge dans les deux sexes, en particulier chez les hommes, avec, par exemple, un risque de dysfonction sexuelle multiplié par 4,7 chez les 70-79 ans (odds ratio OR 4,7 [2,2-10,2]) ;
- Un niveau d’études élevé chez les femmes, associé à une augmentation d’environ 40 % du risque de dysfonction sexuelle chez celles ayant un niveau supérieur à Bac +2 (OR 1,4 [1,0-2,0]) ;
- Une incapacité fonctionnelle, associée à un risque de dysfonction sexuelle doublé chez les hommes ([1,2-3,2]) et multiplié par 1,6 chez les femmes ([1,2-2,2]) ;
- Les antécédents de pathologie urogénitale chez les hommes, fortement associés au risque de dysfonction sexuelle (OR 5,0 [2,1-11,6]) ;
- Les antécédents de violences sexuelles chez les femmes, associés à une augmentation d’environ 50 % du risque de dysfonction sexuelle, qu’il s’agisse d’attouchements (OR 1,5 [1,0-2,2]), de tentatives de viol ou de viol (OR 1,5 [1,1-2,0]).
Des résultats qui soulignent les liens entre santé sexuelle et santé globale
Les auteurs rappellent que les dysfonctions sexuelles restent peu étudiées dans les grandes enquêtes en population générale, en particulier lorsqu’elles prennent en compte à la fois la durée des symptômes et leur retentissement sur la qualité de vie sexuelle.
Ces dysfonctions soulèvent plusieurs enjeux encore insuffisamment pris en compte en santé publique et en pratique clinique, notamment la sexualité des personnes âgées, celle des personnes en situation de handicap, ainsi que les conséquences intimes des violences sexuelles. Les auteurs soulignent également l’importance de formations spécifiques afin de permettre une prise en charge plus adaptée de ces questions en consultation.
Enfin, ces données soulignent la nécessité d’intégrer les dysfonctions sexuelles dans une approche globale de la santé, compte tenu des liens observés entre santé sexuelle et santé générale, conformément à la définition de la santé sexuelle proposée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Cet article a d’abord été publié sur univadis.fr qui, comme JIM, fait partie du réseau professionnel Medscape.
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