Médecins et patients s’unissent face au défi de la dépression résistante

Un collectif d’associations (France Dépression, Unafam) et de trois psychiatres ont décidé de s’unir pour proposer un plan d’actions contre la dépression résistante, définie comme « l’une des formes les plus complexes et les plus invalidantes de la maladie dépressive ». 

Celle-ci se caractérise par « la persistance de l’épisode dépressif malgré au moins deux traitements antidépresseurs successifs bien conduits ou qui n’évolue pas suffisamment favorablement ». 

Elle est associée à un risque suicidaire majeur, à une mortalité prématurée et une surmortalité somatique (cardiovasculaire, métabolique, cancéreuse) ainsi qu’un retentissement cognitif et fonctionnel durable (mémoire, attention, flexibilité cognitive). Par ailleurs, la dépression résistante s’accompagne très fréquemment d’autres troubles psychiatriques, comme les comorbidités anxieuses ou les conduites addictives. 

Un enchevêtrement de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux

« La résistance thérapeutique de la dépression traduit une complexité clinique : un enchevêtrement de facteurs biologiques (dérèglements hormonaux, comorbidités somatiques, maladies chroniques, déséquilibres métaboliques ou inflammatoires), psychologiques (psychotraumatismes, maltraitance dans l’enfance, deuils, ruptures ou événements de vie douloureux) et sociaux (précarité, perte d’emploi, isolement, charge d’aidant, manque de soutien familial), qui interagissent et s’aggravent mutuellement », poursuit le collectif qui comprend les Prs Olivier Bonnot, président du Conseil national des universitaires de psychiatrie, Antoine Pelissolo, chef de service au CHU Henri‑Mondor, et Amine Benyamina, chef de service de psychiatrie et d’addictologie, AP‑HP, Paul‑Brousse. 

Le collectif souligne que certaines résistances apparentes peuvent en réalité traduire un mauvais diagnostic, notamment dans les formes bipolaires atténuées. En France, le poids total pour le système de santé et la société de la dépression résistante est estimé à 14 milliards d’euros (OCDE, 2018). 

Chez les patients en échec thérapeutique, la fréquence des hospitalisations et la multiplication des traitements augmentent sensiblement la charge financière. Il faut y ajouter des coûts indirects associés (absentéisme, présentéisme et perte de productivité) particulièrement élevés chez les patients atteints de dépression résistante. Ainsi, « le nombre de jours perdus est quasiment doublé chez les patients résistants par rapport aux non-résistants ». 

Une approche trop souvent ponctuelle et fragmentée

« La prévention de l’aggravation des troubles dépressifs et du risque suicidaire reste marquée par une approche ponctuelle, souvent limitée à des campagnes de communication, sans continuité ni articulation avec les dispositifs de soins », se désole le collectif, alors même que la prise en charge de la dépression résistante fait l’objet de recommandations au niveau international et national. 

Qui plus est l’organisation des soins est fragmentée : la majorité des patients atteints de dépression résistante sont pris en charge par des médecins généralistes ou des psychiatres, sans lien avec des niveaux de recours plus spécialisés. Il n’existe pas non plus en France de graduation formelle des soins, et des patients en échec thérapeutique restent souvent suivis uniquement par des médecins généralistes, « tandis que d’autres accèdent à des structures hospitalières sans véritable évaluation pluridisciplinaire préalable ». 

Cette absence de graduation conduit à des retards d’orientation, à des hospitalisations évitables et à des pertes de chance pour les personnes concernées. 

Des filières de prise en charge étanches

« Les comorbidités somatiques (maladies chroniques, troubles hormonaux, désordres métaboliques) et addictives (alcool, cannabis, médicaments, comportements de dépendance) sont fréquentes chez les personnes souffrant de dépression résistante », mais les filières de prise en charge demeurent étanches : « Cette fragmentation aboutit à des situations de double parcours : un suivi psychiatrique d’un côté, une prise en charge addictologique de l’autre. Ce manque de coordination favorise les prescriptions contradictoires et parfois une méconnaissance globale du cas clinique. »

Pourtant, des traitements spécialisés contre la dépression résistante ont fait leurs preuves, tels l’électroconvulsivothérapie (ECT), la stimulation magnétique transcrânienne (TMS), les traitements à base d’eskétamine, les soins de réhabilitation psychosociale et les psychothérapies. Toutefois, ces thérapies ne sont pas accessibles sur tout le territoire, du fait de l’absence, en psychiatrie, d’une prise en charge des traitements onéreux. 

« Par ailleurs, certaines molécules recommandées dans les stratégies internationales de prise en charge de la dépression résistante restent peu accessibles en France », ajoute le collectif. Enfin, les évolutions rapides des connaissances dans le domaine ne sont pas toujours accompagnées d’une mise à jour des connaissances des médecins généralistes, des psychiatres libéraux et des équipes hospitalières. 

Cinq propositions 

Pour une meilleure prise en charge de la dépression résistante, le collectif émet une série de propositions classées en cinq axes : 

  • renforcer la formation des professionnels de santé au repérage et à la prise en charge de la dépression résistante ;
  • déployer une campagne nationale de sensibilisation des professionnels de santé au repérage et à l’orientation des patients ;
  • structurer un parcours de soins gradué ;
  • garantir un accès équitable aux approches thérapeutiques en psychiatrie ;
  • et renforcer l’harmonisation des prises en charge de la dépression résistante.


Cet article a été initialement publié sur Medscape qui comme le JIM fait partie du Réseau professionnel Medscape 

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