Accès aux soins : les généralistes aussi n’obtiennent pas facilement un RDV de spécialiste

98 % des généralistes franciliens déclarent rencontrer des difficultés pour adresser leurs patients à un spécialiste selon une enquête de l’URPS.

Deux mois d’attente pour consulter un psychiatre, deux mois et dix jours pour un ORL, plus de trois mois pour un cardiologue… : comme l’avait révélé une enquête de la Fédération hospitalière de France (FHF) publiée en mars dernier, les Français ont de plus en plus de mal à consulter des médecins spécialistes, ce qui entraine d’importants renoncements aux soins. 73 % des personnes interrogées déclaraient ainsi avoir renoncé à se faire soigner au cours des cinq dernières années, dont 59 % citaient les délais de rendez-vous comme principale cause de leur renoncement.

Mais la difficulté à trouver un médecin spécialiste dans un délai raisonnable ne concerne pas que les profanes. Les médecins généralistes rapportent également avoir de plus en plus de mal à adresser leurs patients à un confrère spécialiste.

Dans une enquête menée par l’union régionale des professionnels de santé (URPS) d’Ile-de-France auprès de 300 généralistes franciliens et publiée ce mardi, 98 % des omnipraticiens interrogés déclarent être régulièrement confrontés à des difficultés d’adressage pour leurs patients. Parmi eux, les deux tiers (68 %) disent avoir du mal à trouver un spécialiste pour un patient plusieurs fois par semaine voire plusieurs fois par jour.

Parmi les spécialités pour lesquelles les difficultés d’adressage sont les plus fréquentes, on retrouve sans surprise la dermatologie et la psychiatrie, deux spécialités pour lesquelles la pénurie de professionnels est notoire : plus de la moitié des généralistes les citent parmi les trois spécialités pour lesquels les difficultés d’adressage sont les plus importantes. A l’inverse, les généralistes parviennent généralement sans trop de problèmes à obtenir des consultations de cardiologie ou de chirurgie pour leurs patients.

Plus de la moitié des spécialistes en secteur 2 

Si le généraliste parvient à trouver un rendez-vous chez un spécialiste dans un délai raisonnable pour un de ses malades, encore faut-il que ce spécialiste soit accessible financièrement pour le patient. Alors que, selon les derniers chiffres de l’Assurance Maladie, plus de la moitié (56 %) des spécialistes exercent en secteur 2, de nombreux généralistes font part de leur désarroi face à l’impossibilité de trouver des spécialistes exerçant en secteur 1 ou du moins qui pratiquent des honoraires raisonnables. « La question la plus pertinente sur notre territoire, c’est l’accès aux spécialistes sans dépassement d’honoraires qui conduisent à un renoncement aux soins » commente ainsi un généraliste. « Il y a un problème d’adressage en lien avec les dépassements d’honoraires qui est très gênant pour les patients précaires, surtout avec les radiologues » commente un autre. 

Certains généralistes se plaignent également de difficultés d’organisation et du manque de coopération de certains spécialistes. « L'autre problème récurrent est l'absence de coordination de la part des spécialistes : pas de lettre remise ou envoyée au patient, pas de remplissage du DMP, pas de réponse au courrier d'envoi du généraliste » commente un omnipraticien. Les outils modernes de prise de rendez-vous, comme Doctolib, n’auraient pas arrangé le problème, au contraire à en croire certains praticiens. « Avant, là où il nous suffisait d'appeler un secrétariat plus ou moins compréhensif, les agendas numériques et autres répondeurs automatiques ont déshumanisé le parcours de soins entre confrères » commente un généraliste (qu’on suspecte d’être un vétéran de la médecine).

Pour pallier cette pénurie de spécialistes, de plus en plus de généralistes ont recours à la télé-expertise : 63 % des répondants ont déjà utilisé ce système pour obtenir l’avis d’un spécialiste à distance. « La télé-expertise est souvent perçue comme indispensable pour pallier les difficultés d’accès aux spécialistes et les délais de rendez-vous » commente l’URPS. « Cependant, ses limites sont fréquemment soulignées par les répondants : outil parfois chronophage, organisation peu fluide, réponses incomplètes ou absentes, et inadaptation à certaines situations nécessitant un examen clinique ».

Ces difficultés à pouvoir obtenir rapidement un rendez-vous chez un spécialiste (surtout de secteur 1) ont un impact sur les pratiques des généralistes. Ce sont ainsi 63 % d’entre eux qui déclarent prescrire davantage d’examens complémentaires faute de spécialistes disponibles et 77 % à se montrer plus généreux dans la prescription d’arrêts de maladie.

Pour améliorer l’accès aux spécialistes, l’URPS recommande d’« adapter le nombre de médecins formés aux besoins réels des territoires, d’améliorer les conditions d’adressage entre médecins et de maintenir un accès équitable aux spécialistes » en les incitant à réaliser davantage d’actes à tarifs opposables. 

Reste la solution radicale que redoute nombre d’étudiants en médecine : encadrer la liberté d’installation pour favoriser l’implantation de spécialistes dans les déserts médicaux. Une idée qui figure dans la proposition de loi Garot qui sera examinée la semaine prochaine au Sénat.

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