La corticothérapie anténatale a amélioré le pronostic de la prématurité. L’essai de Liggins et Howie (bétaméthasone versus placebo), mené de 1969 à 1974 en Nouvelle-Zélande, a été le premier à démontrer une réduction de la maladie des membranes hyalines après une corticothérapie anténatale (1,2). D’autres progrès ont suivi. A présent, plus de 90 % des individus nés avant 37 semaines d’âge gestationnel atteignent l’âge adulte.
Cependant, ils souffriraient, en dehors des séquelles des complications néonatales, de plus de morbidités que les personnes nées à terme. En particulier, ils présenteraient un risque cardio-métabolique accru.
Avec un recul de 50 ans, Walters et coll. ont pu préciser, grâce à un questionnaire médical et/ou à l’aide des données des bases médico-administratives, l’état de santé de 470 des individus nés dans l’essai princeps de la corticothérapie anténatale, et ayant survécu au moins jusqu’à l’âge de 1 an (3). Plus précisément, les participants décédés avant le suivi ont été évalués uniquement à partir des données administratives. Le critère d'évaluation principal était un critère composite associant : diabète de type 2, prédiabète, hypertension traitée, dyslipidémie traitée ou événement cardiovasculaire majeur antérieur.
Le risque cardio-métabolique des individus nés prématurément ne semble pas globalement accru
Dans l'essai princeps, 1121 nourrissons sont nés vivants de 1025 femmes et 964 ont survécu jusqu'à l'âge d'un an. Parmi les 470 participants inclus, 424 ont été évalués à l'âge moyen de 49,3 ans et 46 sont décédés après la petite enfance. Au total, 326 sujets étaient nés prématurément, à l’âge gestationnel médian de 34 semaines. Parmi eux, 25 étaient décédés avant l’âge de 50 ans, et 301 étaient toujours vivants à 50 ans. Parmi les 144 participants finalement nés à terme après la menace d’accouchement prématuré, 21 étaient décédés avant l’âge de 50 ans.
Comparés aux sujets nés à terme, les anciens prématurés ont un taux d’évènements majeurs (≥1 hospitalisation pour infarctus du myocarde, revascularisation coronaire, AVC, maladie vasculaire périphérique, insuffisance cardiaque ; décès de cause cardiovasculaire) et/ou de facteurs de risque (diabète / pré-diabète, hypertension artérielle traitée, dyslipidémie traitée) un peu plus élevé (34,5 % versus 29,9 %), mais le risque relatif ajusté (RRa) n’est pas significativement augmenté (RRa : 1,14 ; [IC 95 % : 0,85-1,54] ; p >>0,05).
Dans le détail, les évènements cardiovasculaires sont moins fréquents chez les anciens prématurés que chez les individus nés à terme (2,8 % vs 6,9 % ; RRa : 0,33, IC 95% : 0,14-0,79), alors que les facteurs de risque cardio-vasculaire ne différent pas entre les deux groupes. Toutefois, alors qu’ils ne sont pas traités plus souvent pour hypertension artérielle, les anciens prématurés signalent relativement plus d’hypertensions artérielles (34,7% vs 19,8% ; RRa : 1,74 ; [1,16-2,61]).
Le surpoids et l’obésité, l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’insuffisance rénale chronique ont des prévalences similaires chez les anciens prématurés et les individus nés à terme. Les troubles mentaux sont plus rares chez les anciens prématurés.
Si, entre le moment de la randomisation pour recevoir soit la bétaméthasone soit le placebo et l’âge de 50 ans, la mortalité a été deux fois plus importante chez les anciens prématurés que chez les individus nés à terme (22,4 % vs 9,9 %), après l’âge de 1 an il n’y avait plus de différence significative.
Un optimisme de bon aloi
Ainsi, les anciens prématurés âgés de 50 ans ont un risque cardio-métabolique globalement similaire à celui des individus nés à terme. Dans le détail, leur risque d’évènements cardiovasculaires majeurs est moindre ; en revanche le risque d’hypertension artérielle semble plus élevé.
La vision optimiste que cette étude donne de la santé des prématurés parvenus à l’âge adulte est en contradiction avec les conclusions de grandes cohortes de suivi. Il faut néanmoins noter que la population de cette étude est de petite taille, peu prématurée, et n’inclut que 46 % des individus de l’étude princeps présumés vivants à l’âge 50 ans, en raison des perdus de vue et des refus de participation.
Cependant, en dehors de son aspect historique, l’étude présente un double intérêt, comme cela est souligné dans l’éditorial qui accompagne l’article (4). Elle illustre deux des difficultés des études de suivi à très long terme des prématurés : l’attrition de la population d’origine et l’effet de censure de la mortalité. Elle ébranle l’hypothèse d’une détermination de la morbidité à l’âge adulte uniquement par l’âge gestationnel et/ou le poids de naissance des prématurés en l’absence de séquelles de complications néonatales.

