Une étude révèle que l'exercice régulier peut améliorer la dysfonction érectile après traitement pour un cancer prostatique, soulignant l'importance de l'activité physique dans la réhabilitation sexuelle, en particulier chez les hommes ayant reçu une radiothérapie ou un traitement anti-androgène.
Une dysfonction sexuelle est très souvent présente après traitement d’un cancer de la prostate. La fonction érectile décline progressivement jusqu’à 15 ans après une prostatectomie et une radiothérapie prostatique, souvent associée une baisse de la libido, une altération de la fonction éjaculatoire et orgasmique et des modifications des relations avec son partenaire sexuel.
La pathogénie de ces troubles est complexe, physique mais également psychologique et iatrogène. Or, la plupart des hommes concernés ne bénéficient pas d’intervention ciblant la dysfonction sexuelle après un cancer de la prostate.
La pratique d’une activité physique est un des traitements potentiels par ses effets somatiques qui contrent la féminisation corporelle et la fonte musculaire associés aux traitements de privation androgénique, mais aussi par ses effets psychologiques (préservation de la libido et amélioration du sentiment de masculinité).
Un essai randomisé auprès de 112 hommes
D. Galvao et Coll. ont étudié les effets d’exercices physiques, à la fois contre résistance et aérobies, couplés ou non à une brève intervention d’éducation psychosexuelle et d’autogestion (PESM), comparés à ceux de soins standard. Ils ont mené un essai monocentrique, randomisé, à groupes parallèles, comportant 3 bras. Le recrutement des patients a été effectué à Perth (Australie) entre juillet 2014 et décembre 2018.
Les participants, atteints d’un cancer de la prostate, devaient : présenter une dysfonction sexuelle avec un indice de satisfaction globale inférieur à 8 sur l’échelle IIEF allant de 2 à 10 ; avoir eu un traitement par radiothérapie, prostatectomie ou anti-androgène ; consentement du médecin.
Ont été exclus les patients dont la prostatectomie n’avait pas préservé les nerfs pelviens, dont le délai avec la fin du traitement oncologique était supérieur à 12 mois, ceux qui pratiquaient déjà régulièrement une activité physique.
Parmi 394 patients éligibles, 112 (âge moyen 66,3 [SD 7,1] ans) furent répartis aléatoirement en 3 groupes dans un rapport 1 :1 :1, avec stratification en fonction de l’âge, de l’activité sexuelle résiduelle et du type de traitement à visée oncologique : (i) exercices physiques (n = 39), (ii) exercices couplés à une PESM (n = 36), (iii), un groupe témoin (n = 37).
Les exercices, aérobies et contre résistance, étaient pratiqués 3 fois par semaine durant 6 mois, sous contrôle strict, par groupe de 10 à 12 personnes. Ils incluaient 20 à 30 minutes d’exercice cardiovasculaire à 60 à 85 % de la fréquence cardiaque maximale, et, si possible, la pratique d’exercices à domicile jusqu’à 150 minutes hebdomadaires.
Les participants du groupe PESM bénéficiaient, en outre, d’une intervention pour la gestion du stress, d’une aide à la résolution des problèmes liés aux traitements reçus et définissaient leurs objectifs en matière de réhabilitation sexuelle. Enfin, les patients du groupe contrôle ont maintenu leur activité physique habituelle durant les 6 mois de l’essai.
Le critère d’évaluation principal a été l’appréciation de la fonction sexuelle, grâce au calcul de l’index de dysfonction érectile (IIEF). Les critères secondaires étaient les variations de la composition corporelle, de l’activité physique et de la force musculaire. Parallèlement furent dosés le PSA, la testostéronémie et la CRP. Toutes les analyses furent réalisées en intention de traiter.
Une nette amélioration de la dysfonction érectile
Aucun effet secondaire notable lié à la pratique des exercices physiques ne fut à déplorer. La différence moyenne ajustée du score IIEF à 6 mois entre le groupe exercices physiques et celui des soins standard a été de l’ordre de 3,5 points (IC à 95 % : 0 ,3 à 6,6 ; p = 0,04).
En revanche, le programme PESM n’a pas semblé apporter de bénéfice supplémentaire, la différence étant calculée à -0,2 (IC à 95 % : - 2,1 à 1,6 ; p = 0,60).
En comparaison aux soins standard, la pratique d’exercices physiques a été associée à une amélioration significative de la masse grasse (différence ajustée moyenne de -0,9 kg ; IC à 95 % : -1,8 à -0,1 ; p = 0,02) et des performances pour se lever d’une chaise (différence ajustée : -1,8 ; IC à 95 % : -3,2 à -0,5 ; p = 0,002). On nota également un gain de force musculaire, tant de la partie supérieure que de la partie inférieure du corps.
En analyse de sous-groupe, le bénéfice d’exercices musculaires durant 6 mois sur la fonction érectile a été plus marqué chez les patients radiothérapés (différence moyenne = 4,2 points ; [IC à 95 % 0,4 à 8,0] ; p= 0,01) et chez ceux traités par anti-androgènes (différence moyenne = 4,4 [0,2 à 8,7] ; p= 0,08), en comparaison avec le sous-groupe prostatectomie (différence = 1,6 [-2,5 à 5,7] ; p = 0,36).
En analysant les variations de l’IIEF par terciles, les patients avec les valeurs de tercile les plus basses avant essai étaient ceux qui bénéficièrent le plus des exercices, tant dans l’amélioration de la libido que dans la satisfaction globale.
Au total, cet essai randomisé confirme l’intérêt d’un programme d’exercices musculaires sur la fonction sexuelle dans les 12 mois d’un traitement pour cancer de la prostate, sans gain complémentaire d’un programme bref d’éducation psychosexuelle et d’autogestion.
Il faut toutefois signaler que l’impact de telles mesures a été moindre après prostatectomie radicale et chez les patients souffrant d’un cancer à un stade avancé. De plus, la pratique d’exercices physiques réguliers a contribué à améliorer la propre perception de l’image corporelle des patients, avec un effet potentiellement bénéfique sur leur fonction sexuelle.
Les points forts de ce travail tiennent en ses résultats très significatifs concernant la fonction sexuelle, et en une très bonne adhésion des participants. A contrario, on peut regretter qu’il s’agisse d’un essai monocentrique, dont le recrutement a été difficile, qui n’a inclus que 112 patients, par nécessairement représentatifs de l’ensemble des hommes traités pour cancer de la prostate.
Ainsi, la pratique d’exercices physiques doit être considérée comme partie intégrante des mesures thérapeutiques visant à améliorer la fonction sexuelle après traitement d’un cancer prostatique.







