L’artérite à cellules géantes ou maladie de Horton consiste en une inflammation chronique des artères de la tête, du cou et du tronc. Les artères temporales, qui irriguent une partie du cuir chevelu, les muscles de la mâchoire et les nerfs optiques, sont généralement touchées.
Artérite à cellules géantes : le déficit visuel, un risque majeur
L’une de ses complications les plus redoutées est la perte progressive de l’acuité visuelle en rapport avec une véritable neuropathie optique d’origine ischémique. Avant le recours croissant à la corticothérapie systémique à doses élevées en tant que traitement de fond, cette complication survenait dans 35 % à 60 % des cas.
Cette stratégie préventive qui n’est pas dénuée d’effets indésirables lourds en termes de morbidité a changé la donne, mais il n’en reste pas moins que la détection précoce des patients à risque perte de la vision reste à l’ordre du jour. L’objectif est de réserver la corticothérapie agressive à ces derniers, plutôt qu’en faire l’un des piliers du traitement.
L’IRM avancée, du fait de sa haute résolution spatiale, permet d’explorer finement la structure de la paroi artérielle, au point de donner accès aux caractéristiques des plaques d’athérome et d’évaluer leur vulnérabilité. De facto, elle ouvre la porte au diagnostic des vasculites touchant les artères crâniennes, la captation du gadolinium par leur paroi plus perméable qu’il ne le faut signant la présence d’un processus inflammatoire évolutif.
Au cours de l’artérite à cellules géantes, le signal au lieu d’être localisé comme dans une plaque d’athérome, tend à être plus diffus au sein des artères temporales et occipitales, ce qui lui confère une certaine spécificité. L’IRM dite avancée permet d’explorer les artères ophtalmiques et c’est là qu’elle pourrait devenir précieuse en permettant d’identifier les formes infracliniques de l’atteinte oculaire. Quelle est la prévalence de cette sémiologie au cours de cette maladie sous l’effet du traitement ? Quelle est son évolution ?
Une petite étude : 25 cas d’artérite à cellules géantes
Deux questions auxquelles répond une petite étude dans laquelle ont été initialement inclus 64 patients possiblement atteints d’une artérite à cellules géantes. Chez 25 d’entre eux, le diagnostic s’est avéré quasiment certain, alors qu’une atteinte monoculaire en rapport avec la maladie apparaissait hautement probable sur la base de l’examen ophtalmologique près d’une fois sur deux (12/25).
Les 64 participants ont bénéficié d’une IRM des artères crâniennes et orbitales avec injection de produit de contraste. L’examen a été répété dans les 12 mois qui ont suivi, alors qu’un traitement de fond comportant une corticothérapie était instauré. Un examen clinique et un bilan ophtalmologique ont complété cette évaluation initiale et répétée. Un radiologue a évalué de manière semi-quantitative les données de l’IRM sans connaître l’évolution clinique.
Une prise de l’agent de contraste au niveau de la paroi des artères orbitales a été mise en évidence dans la majorité des cas (83 %) d’atteinte oculaire imputables à l’artérite à cellules géantes et cliniquement patente. Cette éventualité a concerné 38 % des patients atteints de cette maladie, dont l’examen oculaire était normal (versus 5 % dans le groupe caractérisé par un autre diagnostic que celui d’artérite à cellules géantes).
Les performances diagnostiques de l’IRM sont apparues élevées dans le bilan de la maladie et de ses manifestations oculaires. La combinaison de ses résultats et de ceux du bilan oculaire ont conduit à une sensibilité de 100 %. Sous l’effet du traitement, l’étude semi-quantitative de la captation pariétale du gadolinium permettait de mettre en évidence une diminution de celle-ci de manière significative (p< 0,01).
Cette petite étude plaide en faveur de l’intérêt diagnostique et pronostique de l’IRM dans le bilan oculaire de l’artérite à cellules géantes. La prise de contraste pariétale au niveau des artères orbitaires chez des patients symptomatiques ou non (sur le plan oculaire) pourrait conduire à une stratification du risque afférent et à une utilisation plus sélective de la corticothérapie systémique à hautes doses.
Des résultats à confirmer sur une plus grande échelle, de préférence dans des études multicentriques avant d’envisager des applications dans la pratique courante, l’évaluation coût-efficacité étant également à prendre en compte.

